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Ice à Moorea : cinq hommes condamnés jusqu’à 7 ans et demi de prison

Les cinq hommes interpellés, en octobre dernier, à Moorea et Faa’a pour avoir mis en place un trafic d’ice, blanchi l’argent via l’achat de plusieurs véhicules, et envisagé, pour certains, l’importation de cette drogue via les Etats-Unis, ont été jugés ce jeudi. Le tribunal a prononcé des peines de 3 ans de sursis, 3 ans ferme, 5 ans, et 7 ans et demi d’emprisonnement contre le fournisseur principal en état de récidive. Tous ont reconnu les faits, sauf un, qui nie toute implication malgré une lettre interceptée en prison le mettant en cause.

Âgés de 21 à 37 ans, ces hommes – dont les compagnes ont été mises hors de cause – ont monté un réseau de revente d’ice « structuré, solidement implanté » sur Moorea. Lors de leur arrestation, en plus des véhicules et de la drogue, les gendarmes avaient aussi saisi 11 millions de francs et 15 000 dollars en liquide. Tous sans travail fixe, sans antécédents judiciaire pour stupéfiants, à l’exception d’un, et non consommateurs d’ice, les cinq hommes ont été jugés ce jeudi au tribunal de première instance.

Il devait servir de mule pour importer 3 kilos d’ice

M., 21 ans, explique être « tombé dedans pour l’argent ». « Je n’ai pas réussi à trouver du travail, j’ai choisi la facilité », reconnaît-il. Qualifié de « petite main » par son avocat, il raconte avoir d’abord effectué des petits travaux de jardinage pour R., avant que celui-ci ne lui propose de « travailler pour lui ». Presque employé régulier, M. passait ses journées chez R. et percevait 25 000 francs par semaine.

Le jeune homme admet entièrement les faits. Poursuivi pour participation à une association de malfaiteurs, il devait servir de mule dans un projet d’importation de 3 kilos d’ice depuis les États-Unis. En cas de réussite, il devait toucher 10 millions de francs, et 5 millions s’il se faisait arrêter. « J’ai eu peur », explique le trafiquant pour justifier l’abandon de la mission. Les billets d’avion ayant déjà été réservés et payés par R., les deux hommes sont tout de même partis « mais pour des vacances », précise-t-il. Il confirme également que R. était fourni par V.

Lors de l’audience du mois dernier, M. avait été le seul à ressortir sous contrôle judiciaire. Il affirme qu’à son retour dans son quartier, il a été menacé par « des collègues » de V., qui voulaient le contraindre à modifier sa version des faits. Il écope aujourd’hui de trois ans d’emprisonnement assorti d’un sursis probatoire de deux ans.

Son trafic lui aurait rapporté entre 10 et 12 millions de francs

Le deuxième prévenu, également trafiquant, a reconnu être fourni par R., mais exercer « à son compte ». Mécanicien patenté, il a commencé à dealer en janvier de cette année. En vendant 2 à 3 grammes par semaine, il gagnait près de 500 000 francs par mois, ce qui lui a permis d’acheter deux roulottes en cash pour 1,8 million, ainsi qu’une moto électrique, un scooter et divers biens, avec un trafic total estimé à environ 2,6 millions de francs. Il est condamné à 3 ans de prison, dont 6 mois avec sursis, ainsi qu’à 500 000 francs d’amende.

R., de son côté, a débuté dans le trafic de paka en 2023 avant de passer à l’ice cette année. « Je ne gagnais pas assez avec mon travail », justifie-t-il. Jugé pour blanchiment pour l’achat de plusieurs véhicules, dont une Ford Ranger à 2 millions, mais aussi un jet ski, un billard et deux montres Rolex, son trafic lui aurait rapporté entre 10 et 12 millions de francs. Déjà condamné pour violences et conduite sans permis, il n’avait jusqu’ici aucun antécédent en matière de stupéfiants. Père de famille, il reconnaît la plupart des faits mais nie avoir participé au projet d’importation depuis les États-Unis : « C’est M. dans son ivresse qui a parlé de ça », affirme-t-il. Un argument que le parquet a balayé, rappelant qu’il avait lui-même financé les billets d’avion. R. confirme également être fourni par V. Il a été condamné à 5 ans de prison et 1 million de francs d’amende.

Le quatrième prévenu, lui aussi sans emploi, aurait vendu près de 140 grammes d’ice entre août 2024 et octobre 2025, pour un total avoisinant 18 millions de francs, blanchis en partie dans l’achat de véhicules, dont une Volkswagen. Il se fournissait lui aussi auprès de V. Il a écopé de 5 ans de prison et 1 million de francs d’amende.

« Je ne sais pas ce que je fais là »

Enfin, V., originaire de Faa’a, seul trafiquant basé à Tahiti, est également le seul récidiviste pour trafic de stupéfiants après une condamnation en 2023. Unique mis en cause à nier totalement les faits, il déclare : « Je ne sais pas ce que je fais là ». Selon lui, toute l’affaire serait un complot, et R. l’accuserait « pour sauver sa peau », par peur de « représailles de son  vrai fournisseur ». Une ligne de défense affaiblie lorsque le parquet révèle qu’une lettre interceptée en prison demandait à R. de changer sa version pour l’audience et d’assurer que V. n’était pas son fournisseur. Bien que l’auteur du message n’est pas été dévoilé, ça reste une preuve accablante pour l’homme sorti de prison il y a seulement un an, en août 2024. Il est condamné à 6 ans de prison, auxquels s’ajoutent les 18 mois de sursis de sa précédente condamnation : soit 7 ans et demi ferme et 2 millions de francs d’amende.

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