ACTUS LOCALESJUSTICE Accusé de tentative de viol, il joue l’amnésie mais n’exclut pas les faits Pascal Bastianaggi 2026-02-17 17 Fév 2026 Pascal Bastianaggi Un homme de 42 ans, comparait depuis ce mardi aux assises pour tentative de viol sur mineure de 17 ans. Des faits qui se sont déroulés aux Marquises en septembre 2023, moins d’un an après la sortie de prison de l’accusé. L’homme avait en effet déjà été condamné pour viols, tentative de viol et agression sexuelle en 2016 sur trois enfants de six à 10 ans. Souffrant de troubles psychotiques, il avait déjà été qualifié par les experts comme présentant un risque de récidive avéré. Aujourd’hui, il indique ne pas se souvenir des faits d’il y a trois ans, mais n’exclut pas les avoir commis. En état de récidive, il encourt trente ans de réclusion. C’est un accusé au profil détonant et inquiétant qui se présente dans le box des accusés. Visage massif comme posé sur un corps rondouillard, Rodrigue, possède un passé judiciaire qui fait froid dans le dos, à l’instar de son profil psychiatrique. Condamné en 2016 à 12 ans de réclusion pour viol, tentative de viol et agression sexuelle sur mineure, il sort de détention en 2022. Sur les 12 ans, il en aura purgé neuf en tenant compte de la détention provisoire et de ses remises de peines. Moins d’un an après, il récidive. « Laisse-toi aller » Les faits se sont déroulés en septembre 2023 aux Marquises. La victime, jeune fille de 17 ans, regagne dans l’après-midi le domicile familial. Sur la terrasse elle aperçoit son père en compagnie d’une vague connaissance. Bouteilles de rhum et bières sont de la partie. Elle vaque à ses occupations puis dans la soirée, elle regagne sa chambre. Dans la nuit elle se réveille soudainement. Elle a senti « quelque chose en moi », confie la jeune femme désormais âgée de 20 ans, appelée ce mardi à la barre. Elle a du mal à contenir son émotion et éclate en sanglot à l’évocation de cette nuit. Elle se remémore, que lorsqu’elle s’éveille, elle s’aperçoit qu’on lui a retiré culotte et soutien-gorge, et voit au dessus d’elle, Rodrigue, short baissé et sexe en érection. Aussitôt il lui plaque la main sur la bouche et lui dit, « laisse toi aller ». Elle le repousse et Rodrigue, heureusement ivre mort, tombe du lit. Elle appelle son père, il n’entend rien, sa mère est absente du domicile. Elle s’empare d’un couteau et l’agresseur s’en va. Avant de partir il lui lance, « ne dis rien, sinon je vais faire quelque chose à ton petit frère. » Elle prend la menace au sérieux. Si elle en parle à ses parents le lendemain, ceux-ci sont peu enclins à déposer plainte : le père a été condamné à du sursis dans des affaires de violences conjugales et s’était engagé à rester sobre. La jeune fille, toujours inquiète des menaces de son agresseur, attendra trois semaines avant d’en reparler, à une infirmière scolaire. C’est elle qui la persuade de se rendre à la gendarmerie. Un examen médical est effectué. Il en ressort que l’hymen est intact, ce qui pour autant n’exclut pas qu’il y ait eu un début de pénétration. Rodrigue placé alors en en garde à vue, ne se rappelle de rien, mais n’exclut pas les faits. Il se déclare prêt à les assumer s’ils sont avérés. Devant le juge d’instruction, il explique qu’il est traité pour sa schizophrénie car il entend des voix qui le menacent de mort, mais qu’il a interrompu le traitement car il était devenu « impuissant au niveau du sexe. » Il avouera se masturber au moins une fois par jour en regardant du porno. Dans son historique de recherche sur son smartphone, les enquêteurs trouveront des requêtes portant sur des « perversions père-fille » mais aussi sur « viol sur fille endormie ». Des recherches qu’il a effectuées le jour des faits. Obligations du sursis probatoire pas respectées Lors de sa première condamnation aux assises, en 2016, les experts psychiatres et les psychologues avaient rendus un rapport plus qu’inquiétant. Ils avaient estimé qu’il présentait : une immaturité psycho-affective, des troubles psychotiques et un trouble de la sexualité avec tendance pédophilique. Pour autant selon eux, rien n’indiquait une altération du discernement lors de la commission des faits, mais tous faisaient part d‘un risque de récidive avéré. Dans cette première affaire, il avait violé l’une de ses nièces, puis agressé sexuellement une autre nièce ainsi qu’une troisième enfant. Elles avaient entre six et dix ans. À la barre, il avait expliqué que l’une d’entre elles lui avait mis dans son plat « une crotte de poulet ». « J’étais énervé, je voulais la tuer, mais je l’ai baisé. » Il sera condamné à 12 ans de prison avec un sursis probatoire dans lequel était précisé qu’il ne devait pas quitter Tahiti, qu’il avait obligation de suivre son traitement et surtout une interdiction de rentrer en contact avec des mineurs. Des obligations dont il n’a eu cure puisqu’il les a bravé toutes les trois. De fait, sans adresse de l’accusé aux Marquises, difficile, voire impossible pour le Juge de l’Application des Peines (JAP) et le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) de suivre l’accusé. Un manquement dont une jeune fille fera donc les frais en 2023. À seize ans, il entend des voix qui le menacent de mort Dans le box, Rodrigue qui s’exprime en marquisien avec parfois quelques mots de français, revient sur son enfance à la demande de la présidente de la Cour d’assises. On apprend qu’il est issue d’une fratrie de neuf enfants, qu’il a grandi dans un climat de violences et qu’à l’âge de huit ans, il avait commencé à user et abuser du paka, puis à 14 ans de l’alcool. S’il a arrêté le cannabis, l’alcool constitue son quotidien, « jusqu’à cinq litres les week-end » avoue-t-il. Durant sa scolarité aux Marquises, il se fera renvoyer du collège pour avoir enfermé une collégienne dans les toilettes et avoir tenté de la violer. « C’était ma petite amie et je voulais un bisou » confie t-il d’une petite voix comme celle d’un gamin pris en faute. À seize ans, il commence à entendre des voix qui le menacent de mort. Des voix qui le hanteront jusqu’à l’âge de 20 ans, âge auquel il arrête le paka. Entre temps, il tente le RSMA, mais au bout de quatre mois jette l’éponge car, « trop de discipline, j’aime pas ça. » Plus tard, suite à ses problèmes psychotiques, il sera admis au régime de la Cotorep, sans pour autant être mis sous tutelle. Le procès se poursuivra demain et le verdict rendu en fin de journée.