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Tony Géros : « Toute la journée, je suis dans ma commune »

Élu tavana en 2020 après cinq tentatives, le vice-président du Tavini est bien décidé à garder son siège à Paea. Tony Géros assure avoir rempli « 80% » de ses engagements, et pointe vers les années Covid pour expliquer les chantiers qui ont pris du retard, notamment sur la fourniture d’eau potable. Il prévoit al poursuite des travaux dans ce domaine, et détaille des projets sur l’assainissement ou les déchets. Le président de l’assemblée, toujours opposé à une route du Sud, répond aussi aux accusations d’absence et de « déconnexion » : il assure avoir été disponible pour les administrés, et avoir mené tous ses conseils municipaux lui-même… Là où d’autres, côté opposition, ont eu une présence plus irrégulière. 

C’est tout récemment que le maire sortant a officialisé sa candidature à sa succession, toujours à la tête de la liste Na manu ‘ura e rua, te hono I te Tumu Nui. Mais Tony Géros n’avait jamais fait de mystère sur ses intentions de se représenter. Il faut dire que le vice-président du Tavini n’avait été élu qu’en 2020, au terme de cinq candidatures aux municipales. Il avait fini par conquérir la commune avec une liste d’union qui comptait des militants bleu ciel, orange, et des personnes sans étiquette politique. Un scrutin qui avait été marqué non seulement par la crise sanitaire mais surtout par le décès du tavana historique de la commune Jacquie Graffe entre les deux tours. C’est Tepuaraurii Teriitahi qui avait repris son flambeau, et qui mène aujourd’hui, avec A poihere ia Paea une liste d’union autonomiste dont fait partie Jean-Claude Hapairai, dont le maintien au second tour lui avait coûté la victoire en 2020. Tony Géros, comme beaucoup d’observateurs, s’attend donc à un combat serré les 15 et 22 mars, mais dit voir des signes encourageants lors de ses premières réunions de quartier.

« Enrayer le gaspillage » de l’eau

Et c’est bien sûr avant tout de son bilan que parle le maire sortant lors des rencontres avec les administrés. En insistant sur l’idée que la  crise sanitaire de 2020 et 2021, a pesé sur les projets promis à Paea. Deux années ont été « perdues » avec « l’arrêt de l’économie » du fenua, ce qui auraient empêché de réaliser la totalité du programme du tavana. Aujourd’hui, Tony Géros revendique tout de même être arrivé à « 80% » d’engagements réalisés. « Mais je suis sûr que si on avait eu ces deux années supplémentaires, on aurait pu réaliser la totalité » :

Dans ces 20% restants, il y a une partie de ses engagements sur l’eau. Conscient que la commune était loin de ses obligations légales en la matière, le candidat de 2020 s’était montré très optimiste, promettant de l’eau potable pour tout le monde en quelques mois. « Pas une promesse » rectifie le maire, mais une annonce, qui n’a pas pu aboutir pour deux raisons. Les entreprises, d’abord, qui n’ont pas pu répondre – pas celles qui « sont spécialisées », ou celle qu’il visait en tout cas – à cause de la crise sanitaire, à ses appels d’offres sur les nouveaux forages. Et les résultats d’une étude lancée sur les infrastructures hydrauliques de Paea qui ont conclu dès le début de mandat à une extrême vétusté du réseau. « On distribue 21 000 m3 d’eau (par jour, ndr) mais on en consomme 8 000. 13 000 m3 disparaissent dans la nature », explique-t-il. Les chiffres prêtent à caution puisque Paea ne facture pas au volume et ne peut donc pas calculer précisément la consommation de ses habitants. Quoiqu’il en soit, la priorité est désormais à la rénovation du réseau et de l’ensemble des conduites, un chantier estimé à 4 milliards de francs. Impossible de faire ça d’un coup, des travaux ont donc été étalés sur plusieurs années pour « enrayer ce gaspillage ».

Malgré tout il assure que les administrés ont vu de l’amélioration durant la mandature : pas d’eau potable partout, mais « plus d’eau chocolat ». Ce que contestent déjà certains administrés et concurrents de campagne.


Toujours pas de « route du Sud »

Il a aussi fallu entreprendre des travaux d’urgence de la station d’épuration de Tiapa. La chambre territoriale des comptes avait sonné l’alerte en 2019 et l’association La Planète brûle avait porté l’affaire en justice. « Tous ces problèmes auraient dû être réglés par l’équipe précédente, mais malheureusement, ça n’a pas été fait », dit-il. Il promet de continuer à travailler sur ce sujet durant son prochain mandat.

Concernant son opposition à la route du Sud, un point central de sa campagne de 2020, il n’a pas changé d’avis. Le ministre Jordy Chan, invité par le tavana, est venu expliquer son projet devant les élus de Paea, « qui sont restés de marbre » selon Tony Géros. Leur inquiétude porte sur « les 650 familles qu’il faudra reloger ». Estimant que les embouteillages de la côte Ouest ne peuvent pas être gérés par les mairies, le tavana sortant parle d’accélérer la décentralisation, qui fait l’objet d’un important effort du gouvernement Brotherson… Et plaide aussi pour une « route traversière », un projet mis sur la table dès 2004, et qui est très fréquemment revenu sur la table, sans jamais réellement entrer dans le concret.

Le tavana a d’autres projets, notamment la création d’un site de traitement des déchets verts au fond de la vallée d’Orofero, nécessaire pour que les prestataires exercent leur activité dans le cadre réglementaire. Un terrain de 6000 mètres carrés a été acheté pour installer ce projet « public-privé », ce qui inquiète certains habitants de l’étroite vallée. « Si il y a des bonnes intentions qui se révèlent pour un autre site, je veux bien prendre », lance le tavana sortant. Mais le débat vient aussi d’un projet privé d’usine de valorisation de déchets à qui le maire entend vendre un terrain communal. La parcelle en question, sur les hauteurs de Tiapa, avait été achetée par l’équipe précédente pour une extension du cimetière, finalement installée sur un autre site pour des raisons de coût. Le tavana cherchait donc à revendre ce terrain qui fait l’objet d’un prêt toujours en remboursement, et a été approché par cette entreprise, qui n’est pas nommée et à qui il dit avoir rappelé que les terrassements et la construction d’une usine devront quoiqu’il arrive faire l’objet d’enquêtes publiques et d’autorisations du Pays. L’idée de voir s’installer sur la commune une usine de valorisation qui se servirait de déchets ménagers comme combustible pour produire de l’énergie semble en tout cas plaire au maire sortant. « Le moteur de notre économie c’est le tourisme, et aujourd’hui qu’est ce qu’on a fait : Paihoro, de l’enfouissement, rappelle-t-il, pointant aussi le coût « important » du service de fenua ma pour la municipalité. On peut pas continuer, il faut traiter ces déchets ».

Absence de la commune : « On se calme et on ne dit pas n’importe quoi »

Une autre question risque d’animer cette campagne : Tony Géros, également président de l’assemblée et vice-président du Tavini, a-t-il réellement du temps pour sa commune ? Ses adversaires ne cessent de l’attaquer sur son « absence » ou sa « déconnection » du terrain communal« Ça c’est du n’importe quoi, répond-il. Le lundi, le mercredi, le vendredi, je suis dans ma commune. Je tiens d’ailleurs un carnet de tous ceux qui viennent me voir. Toute la journée, je suis là. Le samedi, le dimanche, on vient chez moi pour me demander d’aller régler des problèmes du quotidien dans les familles. J’y suis. J’ai fait 38 conseils municipaux. Et je n’ai jamais, comme à l’assemblée, demandé de me faire remplacer. Par contre, je n’en dirai pas autant de l’opposition. Mon adversaire, 16 séances, elle n’était pas présente (il parle de Tepuaraurii Teriitahi, ndlr). C’est pour ça que je dis : on se calme et on ne dit pas n’importe quoi. »

Face à Tony Géros, on trouvera, en plus de A poihere ia Paea, la liste de son ancien premier adjoint Mike Chong Ayou, qui a officiellement lancé sa candidature lundi soir. La liste d’union du tavana présentée en 2020 s’était rapidement fracturée mais Antony Géros assure qu’il a trouvé de nouveaux partenaires, notamment des personnes qui n’ont pas suivi le « dissident » Mike Chong Ayou et également la fille de Jacquie Graffe qui l’a rejoint « en tout début de mandature », et qui sera bien sur sa liste le 15 mars.

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