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Archives, indemnisation des victimes, CPS… Les annonces et les déceptions de la table ronde sur le nucléaire

À l’issue des deux journées de table ronde sur les 193 essais nucléaires menés en Polynésie française de 1966 à 1996, le gouvernement a déroulé les premières annonces à ce sujet. D’autres annonces, vraisemblablement plus importantes, devraient être faites lors du séjour d’Emmanuel Macron en Polynésie, du 25 au 28 juillet prochain. Les explications de notre partenaire Outremer 360°.

C’est à l’occasion d’un point presse que les membres du gouvernement ayant piloté cette table ronde ont déroulé les premières annonces sur ce sujet « douloureux » de l’Histoire de la Polynésie, et de ses relations à l’État. Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée à la ministre des Armées, a confirmé une ouverture des archives déjà annoncée ce jeudi, hormis celles « strictement protégées », comportant les informations dites « proliférantes ». « Les Polynésiens ont le droit de savoir » assure la ministre : « Nous n’avons rien à cacher ».

Un groupe de travail sera créé en septembre 2021 « avec l’ensemble des services concernés du Ministère des Armées » et va procéder au « repérage des fonds d’archives relatifs au fait nucléaire en Polynésie », annonce encore la ministre. Ce groupe de travail devra identifier les informations proliférantes « qui ne peuvent être communiquées ». Le reste des documents seront déclassifiés et ouverts à la communication « à l’application du nouveau cadre législatif en cours de vote par les deux assemblées », Sénat et Assemblée nationale. La ministre ajoute que la Polynésie française participera à ce groupe de travail.

« L’accès aux dossiers médicaux et relevés dosimétriques conservés au département de suivi des centres d’expérimentation nucléaire sera de nouveau expliqué afin que toutes personnes ayant bénéficié d’un suivi médical, ou ses ayants-droits, puissent en demander la reproduction » a ajouté la ministre, soulignant que « c’est un accès de droit qui existe aujourd’hui et dont nous avons ré-éxpliqué le mode opératoire ».

Geneviève Darrieussecq s’engage enfin à « favoriser le travail des historiens fondés sur l’exploitation des sources originales ». Ainsi, les documents déclassifiés seront communiqués au groupe de recherche pluridisciplinaire chargé de réaliser une étude sur l’histoire et la mémoire des essais, début 2022. « L’État apportera tout son concours à la Polynésie française pour la réalisation de ce centre » a-t-elle assuré, espérant également que l’ouverture de ces archives bénéficiera aussi à de jeunes chercheurs polynésiens. « Nous chercherons tous les moyens d’améliorer le niveau d’information (…) pour restaurer la confiance », a conclu la ministre.

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Politique « d’aller vers » les victimes des essais

De son côté, le ministre de la Santé Olivier Veran a évoqué les indemnisations des victimes des essais nucléaires. « Ce n’est pas la première fois en tant que ministre que je travaille sur les réparations sanitaires », a indiqué Olivier Veran en introduction, livrant sa fierté d’avoir participé à cette table ronde durant laquelle il assure avoir mis « la science au cœur de nos échanges ». Si le controversé critère du millisievert n’a pas été évoqué, et donc son retrait pas d’actualité, le ministre a assuré que des projets de recherches sur les conséquences sanitaires des essais sur les Polynésiens seraient menés, « notamment dans le cadre du développement des cancers de la thyroïde ».

Il a aussi assuré que l’accès à l’indemnisation serait facilité, mettant en avant une politique « d’aller vers » les populations des îles et atolls éloignés, tout en accompagnant les populations dans leurs démarches administratives. « Il y aura un renforcement de la communication autour de la procédure d’indemnisation, le déploiement d’une équipe mobile, de personnels médicaux et sociaux qui pourront aller à la rencontre des atolls les plus reculés ».

À ce sujet, l’ancien président du Comité d’indemnisation des victimes des essais (CIVEN), Alain Christnacht, avait, dès sa prise de fonction en 2017, évoqué son souhait d’ouvrir un guichet à Papeete. Celui-ci n’a toujours pas été mis en place mais le Haut-commissaire de la République en Polynésie, Dominique Sorain, a assuré que ce guichet serait ouvert « rapidement ». Outre Papeete, Dominique Sorain a évoqué une installation d’un guichet à Rikitea, île proche de Moruroa. « Il s’agit d’apporter un appui à des personnes désemparées » face à la lourdeur administrative qu’implique une demande d’indemnisation.

Une demande particulière avait été portée, lors de cette table ronde, par le Cesec, concernant la Caisse de Prévoyance Sociale, équivalent de la Sécurité sociale en Polynésie, financée par les contribuables polynésiens. Depuis 1985, celle-ci a pris en charge les dépenses des patients atteints d’une des 23 maladies radio-induites et l’organisme a chiffré le montant de ces dépenses à 80 milliards de Fcfp (670,4 millions d’euros). Un montant dont la CPS souhaite être remboursé. Si les participants à la table ronde avaient eu bon espoir d’avoir été entendu par le Président de la République, notamment Patrick Galenon dans une précédent interview, le ministre de la Santé a apporté la nuance que ce remboursement se ferait uniquement sur la base des personnes indemnisées, soit 197 depuis 2010 et la loi Morin, contre 9 000 selon la CPS.

« Parti pris et légèreté des auteurs de Toxique »

Cette table ronde sur les essais nucléaires en Polynésie et leurs conséquences fut en engagement du Président de la République, à la sortie du livre Toxique de Tomas Statius et Sébastien Philippe. L’enquête, dont la publication avait suscité une réaction en Polynésie, révélait notamment que la France avait sous-estimé, parfois volontairement, les conséquences des tests. Et si la plupart des participants polynésiens saluent sa parution qui a permis l’organisation de cette table ronde, certains participants appelés par l’État n’ont que très peu goûté aux informations apportées par l’enquête.

« Toxique a été vécu par les gens du CEA comme une mise en cause de notre intégrité scientifique », a ainsi déclaré Vicenzo Salvetti, Directeur des applications militaires du CEA, dont le rapport de 2006 est évoqué par le livre Toxique. « Il y a eu du parti pris et il y a eu une certaine légèreté des auteurs de Toxique. Un manque de profondeur scientifique qu’on a démonté et illustré sur plusieurs exemples », a-t-il poursuivi. L’enquête a semble-t-il été plusieurs fois abordé durant cette table ronde, sans toutefois que les auteurs puissent apporter un droit de réponse à de vives critiques : « On n’empêchera jamais des scientifiques malintentionnés ou qui ont une profondeur scientifique insuffisante de jeter un doute sur la vérité scientifique détenue par de vrais experts du domaine, dont la parole n’est pas lire », a ainsi ajouté Vicenzo Salvetti.

Pour rappel, les organisations associatives, religieuses et politiques, historiquement engagées contre les essais nucléaires, ont décliné l’invitation du gouvernement à Paris. Le ministre des Outre-mer a assuré qu’un compte rendu des travaux sera envoyé aux organisations ayant participé aux ateliers de préparation de cette table ronde. En parallèle, plusieurs manifestations sont organisées en Polynésie au sujet des essais nucléaires : une contre table ronde du parti indépendantiste, une commémoration du 2 juillet (date du premier essai en Polynésie) toute particulière cette année et, le 17 juillet, une manifestation dans les rues de Papeete à l’appel du parti indépendantiste, rejoint par plusieurs associations anti-nucléaires.

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