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Assises : « Je suis le loup parmi les moutons, je suis un violeur et un meurtrier »

Ce lundi s’est ouvert le procès d’un gendarme accusé d’avoir, le 24 mars 2022 à Faa’a, tenté de faire avaler de force à son fils de 20 ans quarante cachets de valium dilués dans un verre de whisky, puis de l’étrangler. Mis en examen pour tentative d’assassinat, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Dans le box des accusés, Richard, la quarantaine, de taille moyenne, cheveux poivre et sel, coiffé en brosse, semble perdu dans ses pensées ou sous l’effet d’anxiolytique. Lui, l’ex-représentant des forces de l’ordre, dont la mission est de protéger les citoyens, se retrouve de l’autre côté. Celui des accusés. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tenté d’assassiner son fils âgé de 20 ans. Un fils qui s’est donné la mort début avril 2025 à Raiatea. Il avait 23 ans.

Les faits se sont déroulés dans l’appartement qu’occupaient l’accusé, alors en arrêt maladie, et son fils, Heremoana, à la caserne de Faa’a. Le 24 mars 2022, Richard pénètre dans la chambre d’Heremoana. Il est 5h30 du matin, il est en short, torse nu et tient à la main une bouteille de whisky et deux tasses dans chacune desquelles il a préalablement écrasé quarante cachets de Valium. « On va mourir ensemble, ma vie est un échec » dit-il. Heremoana tente de discuter et enregistre la conversation dont il envoie une partie à son oncle, lui aussi gendarme, mais en métropole. Celui-ci appelle aussitôt Richard qui lui répond « C’est la vie, c’est comme ça » et il raccroche. Furieux, il revient vers son fils et essaie de lui faire ingurgiter de force le breuvage. Une bagarre s’ensuit, les tasses sont renversées, Richard l’immobilise en s’asseyant sur son torse et tente de l’étrangler. Heremoana s’extrait de son étreinte et sort en courant de l’appartement.

« Il avait peur et me disait qu’on voulait le tuer »

Il escalade la grille de la caserne et se refugie une première fois à la station Mobil où il est pris en charge par un employé. « Il avait peur et me disait qu’on voulait le tuer, il était torse nu et avait des marques au niveau du cou. » Mais Richard arrive et Heremoana prend la fuite de nouveau. « J’ai vu Richard arriver torse nu et il titubait. Il était bizarre » relate à la barre une employée de la station qui connaissait l’accusé et sa qualité de gendarme. « C’est un client qui me dira l’avoir vu un peu plus loin dans une servitude, allongé sur le sol. Je m’y suis alors rendue et j’ai vu qu’il respirait encore. » Les secours sont appelés et Richard est amené inconscient aux urgences. Heremoana sera pris en charge par les gendarmes à la suite du coup de téléphone d’une employée de Happy Market où il s’était réfugié.

« Il me disait laisse-toi faire, mais moi je ne voulais pas mourir. »

Entendu par les gendarmes, Heremoana explique que son père, au moment des faits, « n’avait pas l’air triste. Il me disait laisse-toi faire, mais moi je ne voulais pas mourir. » Il relate que « ces derniers mois, on ne se parlait quasiment plus », et que son père l’avait fait interner de force en le « faisant passer pour un fou qui entendait des voix. » De fait, il avait effectivement été interné le 12 mars 2022 et en était ressorti le 21 mars par décision du juge. Soit trois jours avant les faits.

Il explique aussi que son père lui a dit qu’il était un enfant non désiré et qu’il ne voulait pas le reconnaître, sous-entendant qu’il était né d’un viol : « J’ai forcé ta mère ». Quant à sa belle-mère, « elle me détestait et ne m’avait jamais accepté. » Sa mère, elle, est en métropole et ils n’ont aucun contact. Au sujet de son père qu’il nomme son « géniteur », il pense qu’il lui reprochait sa séparation avec sa femme. Il les soupçonne aussi d’avoir tenté de l’empoisonner en pulvérisant sa chambre et sa nourriture de produits chimiques, « ça sentait l’eau de javel. »

« Je suis le loup parmi les moutons, je suis un violeur et un meurtrier »

Encore plus inquiétant, les écrits de Richard retrouvés lors de la perquisition à son domicile. Sur des Post-it et des feuilles soigneusement agrafées et adressées à des tiers, les gendarmes ont retrouvé des messages à la limite de l’ésotérisme. « Je suis le loup parmi les moutons, je suis un violeur et un meurtrier. J’ai eu le cerveau lavé par l’église mormone. Notre vie est illusion. » « Je suis surement bipolaire et schizophrène.» « Ce matin les masques tombent. Je ne peux plus me cacher. Je vous ai tous manipulés parce que je suis gendarme. L’habit ne fait pas le moine. » « La vie est un jeu de rôle dans cette société et ce système. »

Interrogé sur ces écrits par le président de la cour d’assises, Karim Sekkaki, Richard reconnaît en être l’auteur mais ne sait plus quand ni pourquoi il les a rédigés. L’avocat général, Jacques Louvier, le questionne. « Vous avez fait des recherches sur le valium ? » « Oui » « vous saviez donc ce que cela provoquait l’ingestion d’une plaquette ? » « Non, mais je savais que l’on pouvait partir. » L’avocat général lui rétorque, mettant en doute son envie de mettre fin à ses jours, « si vous êtes sorti derrière votre fils, c’est parce que vous saviez qu’on allait vous retrouver » « non. »

Le président de la cour revient à la charge, un peu plus tard. « Pourquoi vous poursuiviez votre fils dehors ? » « Je ne me souviens pas. J’ai perdu connaissance. » Quant au suicide de son fils, il l’a appris le jour même de son passage à l’acte. « J’étais effondré. » Les débats se poursuivront demain avec l’audition de témoins et les expertises des psychiatres et psychologues.

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