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ATN, FRPH… À Tarahoi, les aides anti-crise ne font pas l’unanimité


Le gouvernement espérait une unanimité de crise à Tarahoi ce mercredi, pour son collectif budgétaire taillé en réaction à la guerre au Moyen-Orient. Il a plutôt eu, du côté de l’opposition, des accusations de « mise en scène », le Tapura notant un apaisement des cours du baril ces derniers jours. « Je préfère agir maintenant plutôt que d’être cantonné à traduire les mesures prises par l’État quand les choses iront vraiment mal », a rétorqué Moetai Brotherson. Côté Ahip, on reconnait la nécessité du texte, mais on estime que cette crise met en exergue le manque de réforme de fonds menée pendant la mandature sur la production énergétique, le FRPH ou du côté d’Air Tahiti Nui.

Passées les amabilités politiques sur les résultats des municipales ou la division du Tavini, la session extraordinaire de ce mercredi a été entièrement consacrée à l’étude du premier collectif budgétaire de l’année. Un collectif déjà défendu publiquement par le gouvernement, qui appuyait sur la gravité des conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et de la nécessité de préparer le Pays face aux bonds dans les prix des hydrocarbures. Sur les plus de 13 milliards de francs ajoutés au budget 2026, 3,5 milliards sont ainsi affectés au fond de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH), 1,5 milliard au fonds de lutte contre la cherté de la vie, un autre milliard au « soutien à l’emploi et aux entreprises individuelles », et 2,4 milliards de francs de subvention à Air Tahiti nui. S’ajoutent une rallonge de deux milliards de francs pour le CHPF, une consolidation des crédits d’investissement pour les jeux, notamment, pour les très débattues piscines repositionnables de Mamao, et des dépenses techniques obligatoires.

« Je n’ai pas l’intention de me transformer en traducteur du Haut-commissaire quand les problèmes seront là »

Et là encore, c’est Édouard Fritch qui est, le premier monté au créneau, estimant que ce collectif aux montants estimés « au doigt mouillé », plutôt que d’être étudié « dans la précipitation », aurait pu attendre la session administrative dans une quinzaine de jours. Le président du Tapura parle même d’une « mise en scène », « un coup de com » pour cacher la gestion hasardeuse du Pays et de ses satellites. « Même les subventions au CHPF sont inscrites au titre de la crise au Moyen-Orient. J’ai demandé : est ce que des blessés de la guerre vont aller au Taaone ?, raille-t-il, en précisant que les dernières nouvelles – aperçues sur BFM le matin même, montraient plutôt une baisse du prix du baril. C’est de l’improvisation, je suis musicien, je sais ce que ça veut dire. Quand on part comme ça, on ne sait pas quand on retombe en fin de compte ».

Un discours incompréhensible pour Moetai Brotherson, qui rappelle que le prix d’achat CAF du carburant livré au fenua « a doublé depuis le début du mois de mars », et que les prix . « Votre sénatrice a résumé les choses brillamment : ‘gouverner, c’est prévoir’. Et je n’ai pas l’intention, moi, de me transformer en traducteur du Haut-commissaire quand les problèmes seront là. Je préfère agir maintenant plutôt que d’être cantonné à traduire les mesures prises par l’État quand les choses iront vraiment mal ».

« Si demain on supprime le FRPH, toute la Polynésie d’en bas va souffrir »

Au delà des invectives, et de la gestion de la crise  le débat a remis en avant certaines nécessité de réformes de fonds dans l’aérien et le secteur de l’énergie. Du côté des non-inscrits, le vice-présdient de A here ia porinetia Nuihau Laurey a voté le collectif, « pas par conviction mais par nécessité ». D’abord parce que sans subvention, ATN « sera en faillite dans l’année », a expliqué le membre du conseil d’administration de la compagnie. Le gouvernement, interrogé sur l’objet réel de la subvention à la compagnie et sur l’engagement qui avait été pris par Philippe Marie fin 2024, au moment du vote de plus de 3 milliards d’aide, de ne plus revenir devant les élus, a reconnu qu’il s’agissait aussi de couvrir les pertes de l’exercice 2025. Du côté de l’opposition autonomiste, on a, encore une fois, posé la question sur la « transformation » de la compagnie Pays ou l’arrivée de nouvel actionnaire au capital, promis de longue date. Moetai Brotherson a expliqué que le nouveau directeur général Lionel Guérin avait « déjà des résultats » aux commandes de la compagnie.

Quant au FRPH, Nuihau Laurey rêve, plutôt que de l’abonder à nouveau, de le supprimer pour arrêter de subventionner des énergies fossiles et importées en contradiction directe avec le plan climat du Pays où son ambition de réduire sa dépendance énergétique. Pour l’ancien vice-président, la situation est aussi la conséquence d’une absence d’action de fond vers la transition énergétique – mis à part le programme de ferme solaire, qui était déjà programmé sous l’ancienne mandature – ces dernières années : Warren Dexter « je le dis sans hostilité, a été un ministre des Finances mais pas un ministre de l’Énergie », note-t-il regrettant plus largement que le gouvernement avait raté certaines chances de réformes dans les deux premières années de la mandature, quand la situation politique était « moins compliquée ».

En réponse, Warren Dexter a rappelé s’être lui aussi prononcé pour la disparition, à terme, du FRPH, mais à deux conditions : que Tahiti soit déjà doté d’un système de transport public efficace, et que des aides ciblées – comme des chèques énergies – soient prévues pour les familles modestes ne pouvant se passer d’un véhicule personnel. « Car si demain on supprime le FRPH, qu’est ce que ça donne : avec un baril autour de 100 dollars, l’essence serait à 243 francs et le diesel à 238 francs à la pompe. Je peux vous dire que toute la Polynésie d’en bas va souffrir à ce niveau là ».

Le collectif budgétaire a été adopté par 39 voix, le groupe Tapura s’étant abstenu.

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