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Cour d’assises : accusé de viols incestueux, il crie au complot

Un quinquagénaire comparait devant la cour d’assises depuis ce lundi pour viols incestueux sur sa fille. Des atteintes sexuelles qui ont commencé alors qu’elle avait huit ans et qui se sont aggravées, perdurant jusqu’à ses treize ans. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Dans le box des accusés René*, 51 ans, est peu disposé à être spectateur de son procès, à se laisser juger en faisant profil bas. Fait surprenant, il demande à avoir la liste et un droit de regard sur les jurés, pour pouvoir en récuser certains avec le concours de son avocat. Une fois les jurés choisis, sans qu’il intervienne, c’est d’une voix forte qu’il interpelle sa fille Corinne*, sa victime. « C’est le moment de dire la vérité. » Rappelé à l’ordre par la présidente de la cour d’assises, René se tait, mais fait pression du regard sur sa fille et ses deux frères venus pour témoigner.  Il faut dire que l’enjeu est lourd : vingt ans de prison.

Ce père de six enfants, veuf, est accusé d’avoir abusé sexuellement de sa fille. Et on le soupçonne fortement d’avoir agi de même sur sa belle-fille, la fille d’un premier lit  de sa femme. Une affaire qui à l’époque avait été classée sans suite.

« Je ne suis pas ta femme, trouve-toi une femme »

Pour Corinne, âgée de maintenant seize ans, cela a commencé par des attouchements alors qu’elle avait huit ans. Plus tard, alors quelle atteint sa dizaine d’années, il la pénètre. Un calvaire que l’adolescente va endurer quotidiennement jusqu’à ses treize ans. Jusqu’à un soir où elle se rebiffe et dit : « je ne suis pas ta femme, trouve-toi une femme. » Il la frappe. C’est comme cela qu’il avait pris l’habitude de la faire taire.

La famille et notamment les enfants, au nombre de six, sont suivis depuis 2008 par les services sociaux à la suite d’un repérage de « carences éducatives, et manquements d’hygiène » et un climat de violences. Cela au grand dam de René qui s’est présenté plusieurs fois devant les éducateurs en proférant des menaces. En semaine les enfants vivent dans une structure spécialisée et les week-ends ils reviennent chez leurs parents. La mère décèdera en 2019.

C’est Corinne, interrogée par une éducatrice sur les scarifications qui sillonnent ses bras, qui avouera ce qu’elle a enduré. On est en 2022. « Elle avait besoin de parler, de dire des choses, puis elle m’a avoué que son père lui faisait des attouchements. »

Les faits signalés aux gendarmes seront corroborés par un examen gynécologique : lésions traumatiques compatibles avec pénétration pénienne vaginale. Les services de la protection de l’enfance mis au courant suspendront les droits de visite du père et les hébergements du week-end.

« C’est à elle de prouver que je l’ai pénétrée, il n’y a pas de trace de mon sperme »

En garde à vue l’accusé nie les faits, « de façon très vindicative », assure le directeur d’enquête. Il accuse Corinne d’avoir tout inventé.  Interrogé sur la perte de virginité de la victime, il avance que sa fille a un copain, puis passe à l’offensive. « Elle veut me faire chanter. C’est à elle de prouver que je l’ai pénétrée, il n’y a pas de trace de mon sperme.» Certes, mais Corinne avait signalé au juge d’instruction que son père éjaculait dans un trou à côté du lit. Des prélèvements à l’endroit indiqué révèlent que c’est bien le sperme du père. En outre, deux des petits frères de Corinne assureront avoir vu leur père commettre des actes sexuels sur leur grande sœur.

« J’ai voulu me suicider. Tous les jours on me fait du mal »

Dans le box, René clame son innocence. Appelée à la barre sa fille maintient ses déclarations. « Ce que j’ai dit c’est vrai ! » René la fusille du regard. Invité à s’exprimer sur son passé, René se plaint, joue les victimes, est à deux doigts de se proclamer martyr. C’est en larmoyant qu’il assure vivre un calvaire en prison. Il y est depuis 32 mois. « On veut me violer, me taper, ils n’aiment pas les violeurs d’enfants. Les trafiquants de drogue sont tous après moi. C’est l’enfer. » Il s’apitoie sur son sort : « J’ai voulu me suicider. Tous les jours on me fait du mal. » Il se prend la tête dans les bras et se lamente. Du banc des parties civiles, le regard de Corinne traduit la haine et le mépris qu’elle éprouve.

C’est le moment que la présidente choisit pour rappeler à l’accusé qu’il est loin de faire profil bas à Nuutania. Elle lit le rapport de l’administration pénitentiaire : « insulte des surveillants, dégradation de caméras de surveillance, trafic de cannabis, récupération de projections (des colis jetés par-dessus l’enceinte de la prison). On trouvera dans votre cellule un vini et un chalumeau. » René ne pipe mot, prend sa tête entre ses mains et marmonne. Sur son passé on apprendra qu’il a eu une enfance sans souci. Qu’il a rencontré sa femme en 2002, qu’elle avait deux enfants d’un premier lit et qu’elle était décédée en 2019. Ils auront ensemble six enfants.

« Tous ces enfants ont des troubles à cause de l’environnement familial »

L’éducatrice à qui la victime s’est confiée expliquera à la barre que les frères et sœurs de Corinne sont marqués par cette affaire. Les enfants sont partagés entre la loyauté qu’ils croient devoir au père et les faits qui lui sont reprochés, et parfois des conflits éclatent. Une des petites sœurs de Corinne, « joue avec des poupées à des scènes à caractère sexuel et simule des fellations. » Lire entre les lignes : soit elle est aussi une victime des agissements du père, soit elle a assisté à certaines scènes.

Elle résume la situation : « tous ces enfants ont des troubles à cause de l’environnement familial. » L’éducatrice se déclare inquiète pour eux et aimerait que l’on retire l’autorité parentale à l’accusé, « quand il sortira. » Un accusé qui n’a cessé de l’observer d’un sale œil lors de sa déposition. La séance est suspendue et René, encadré par trois gendarmes, sort en maugréant.

L’après-midi démarre par la vidéo de l’audition de Corinne à la gendarmerie. La jeune fille apparaît de dos à l’écran. Elle ne voulait pas qu’on la voie. « J’ai pu avoir le courage de dire que j’ai subi des violences sexuelles. Ce n’est pas une vie que j’ai vécue, explique t-elle à la gendarme qui l’écoute, j’ai été maltraitée, quand je ne voulais pas, il me battait. Je pleurais tout le temps, ça me faisait mal. »

Elle assure qu’il la touchait partout, « quand je dis partout, c’est partout. » Et qu’elle a peur pour ses frères et sœurs, « qu’ils subissent ça. » Revenant sur les actes de son père : « il l’a fait dans mon propre lit. C’est vers 10 ans qu’il m’a piqué la première fois et j’ai crié, j’avais mal. Du sang a coulé (…)  il me faisait ça tous les soirs. » Une déposition claire, intelligible, entrecoupée de sanglots et des commentaires fait à mi-voix par l’accusé dans son box.

La magistrate rappelle Corinne à la barre, la jeune fille confirme ce qu’elle a dit lors de l’audition, précisant « il m’embrassait avec la langue. » Son avocate lui demande ses impressions quand placée en foyer, elle devait retrouver son père les week-ends. « J’avais peur toute la semaine. Après quand il y a eu des visites médiatisées je me sentais mieux, il y avait quelqu’un avec moi. » Soulagée, « maintenant je n’ai plus de honte à parler de cela. Ça me fait du bien d’être là devant les jurés. »

Elle n’en sort pas indemne, mais combative : « j’avais de la haine dans la tête et je m’en prenais à tout le monde (…) J’attends du procès qu’à la fin son crime soit bien puni par la loi et que ça lui serve de leçon. C’est un adulte responsable, plus un enfant. Il a fait le choix de se retrouver dans cet endroit. » René veut intervenir mais la juge le fait taire. Tout d’abord elle veut entendre le gynécologue qui a examiné Corinne. Celui-ci assure que son examen confirme bien les faits dénoncés par la victime.

« C’est par vengeance parce que je l’ai tapée »

La parole est enfin donnée à René qui passe à l’offensive sans attendre qu’on lui pose des questions.« C’est pas bien, c’est malhonnête pour moi. C’est pas bien, elle m’a envoyé en prison. C’est bien pour elle. J’ai honte de ce qu’elle a dit. » Il revient encore sur ce qu’il enduré en prison, s’apitoie sur son sort. La magistrate le coupe sèchement. « On a bien compris. Ce qui nous intéresse, ce sont les faits. Vous les reconnaissez ? » « Pour moi c’est faux, elle dit cela parce qu’elle est en colère après moi. » Et il revient sur sa vie en prison. La présidente de la cour s’énerve, « ta fille t’accuse, …. » René ne la laisse pas finir : « c’est par vengeance parce que je l’ai tapée. » « Tu as entendu le gynécologue ? Il a dit que ta fille n’était plus vierge. Comment tu l’expliques ? », « Elle a un copain. » « Mais ta fille maintient ses déclarations », « Moi aussi je maintiens. » Les débats se poursuivront demain avec l’audition de témoins et de psychologues.

 *prénoms d’emprunt

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