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Décolonisation : Moetai Brotherson pourrait joindre le Pays à l’action en justice du Tavini


Lors de la réunion de la quatrième commission de l’ONU ce mardi, le président a expliqué qu’il pourrait joindre la Polynésie à l’action en justice lancée contre l’État par Tony Géros et le Tavini. Une « méthode » qu’il expliquait pourtant ne pas partager il y a quelques mois, mais qu’il reconsidère après avoir été saisi par la commission de décolonisation de Tarahoi, et avoir essuyé un nouveau refus de Paris d’entamer le dialogue sous l’égide des Nations Unies. Regrettant cette « impasse » qui pousse selon lui les indépendantistes vers des « chemins de traverse », Moetai Brotherson devrait tout de même attendre la formation d’un exécutif national pour relancer l’État et déposer d’éventuels recours. 

« Jusqu’à présent, j’ai préféré le dialogue politique à la voie judiciaire, mais un dirigeant responsable doit considérer tous les instruments pacifiques et légaux quand il est face à une impasse ». C’est ainsi que le président du Pays a évoqué, ce mardi devant la quatrième commission de l’ONU réunie à New York, la possible participation du Pays aux actions en justice contre l’État lancées par le Tavini et l’assemblée.

Changement de méthode devant « l’impasse »

Des actions entamées en fin d’année dernière, par le vote par la majorité indépendantiste à Tarahoi, d’une résolution demandant officiellement à l’État d’ouvrir un dialogue de décolonisation correspondant aux résolutions onusiennes répétées depuis la réinscription de 2013. Dans la foulée, une demande officielle avait été envoyée à Emmanuel Macron et l’absence, peu surprenante, de réponse de l’Élysée avait été attaqué devant le tribunal administratif comme un « refus implicite ». Une procédure ébranlée, là encore sans réelle surprise, par l’annulation, le 10 juin par le même tribunal de la « délibération Géros », qui l’avait autorisé, au moment du vote de la résolution en décembre, à mener cette procédure au nom de Tarahoi. Les juges, confirmant l’analyse juridiques du Haut-commissarait, avait estimé que ce n’était pas au président de l’assemblée, mais à celui du Pays que revenait cette possibilité d’ester en justice au nom de la collectivité. Interpellé sur la question par le Tavini, dont plusieurs élus se sont joints à cette procédure, toujours à l’étude devant les tribunaux, Moetai Brotherson affirmé alors qu’il ne partageait pas la « méthode » employée par son parti : « J’essaie de convaincre l’État qu’il faut y arriver sans passer par les tribunaux. Maintenant, j’attends beaucoup de mes rencontres lors de mon prochain déplacement à Paris » expliquait-il fin mai.

Changement de discours, donc, un peu plus de quatre mois plus tard, et quelques jours après une nouvelle demande d’ouverture de discussion multilatérale exprimée directement à Emmanuel Macron lors du « dîner républicain » de l’Élysée. Moetai Brotherson explique à New York avoir été saisi le 3 octobre d’une demande officielle de la commission spéciale de décolonisation de l’assemblée de Polynésie – créée par Tony Géros, à laquelle ne participent par es élus autonomistes, et dont les décisions et débats ne sont pas rendues publiques – pour que le gouvernement se joigne à la procédure lancée devant la justice administrative. Une demande à laquelle le président n’a pas encore répondu, mais qu’il pourrait honorer si la position de l’État n’évoluait pas. « Dès lors qu’on ne nous propose que l’impasse, on prend les chemins de traverse, c’est ce qu’on a constaté depuis 2023 du côté du parti. Moi j’ai voulu rester dans mon rôle de président du gouvernement, je n’ai pas voulu m’engager dans ce type de démarche, mais quand je vois au bout de trois ans que la simple demande d’un dialogue post quatrième commission n’aboutit toujours pas, on se dit, il faut peut-être inciter un peu l’État à venir à la table des discussions ».

En attendant le nouvel exécutif

L’action du Pays pourrait-elle changer quoi que ce soit à la procédure ? « Ça pourrait ouvrir le champ des possibles, répond Moetai Brotherson. Puisque la lecture statutaire qui a été faite par les services de l’État, c’est que le seul qui ait institutionnellement la capacité d’ester en justice sur cette question, c’est le président de la Polynésie ». Un président qui n’a pour l’instant pas répondu à la demande de la commission de décolonisation de l’assemblée et qui dit vouloir laisser, avant toute action, le temps à l’exécutif parisien de sortir de la crise actuelle. « De manière très concrète, je vais écrire au nouveau Premier ministre quand il y en aura un, au ministre des Outre-mer et au ministre des affaires étrangères quand il y en aura un, pour leur dire que je suis saisi de cette demande. Et pour leur dire : je vous ai donné la solution depuis 2023, si vous ne l’acceptez pas, on va faire autrement »

 

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Jt Vert 08/10/2025

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