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Des peines de un à huit ans de prison pour un réseau d’importateurs d’ice

Des peines allant de un à huit ans de prison ont été prononcées à l’égard de huit prévenus, reconnus coupables d’avoir importé en août 2021 neuf kilos d’ice. Une affaire qui met en évidence que les lourdes peines de prison et les amendes prononcées à l’encontre des trafiquants n’ont pas véritablement d’effet sur eux, tant l’appât du gain est fort. En l’occurrence, la drogue saisie représentait une valeur marchande de 900 millions Fcfp sur le marché local.

Huit personnes soupçonnées d’avoir importé 9 kilos d’ice en un seul voyage, en août 2021, étaient jugées ce mardi au tribunal de Papeete. Prévu sur deux jours, ce procès n’aura finalement monopolisé les instances judiciaires qu’une seule journée. Il faut dire que l’ice et ses pourvoyeurs ont été arrêtés dès leur arrivée à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. La marchandise n’a pas eu le temps de passer entre les mains des petits revendeurs et d’être écoulée sur le marché tahitien.

Le « cerveau » de l’affaire, surnommé « Escroc », pilotait l’affaire depuis Tahiti. Il avait eu l’idée, pas si lumineuse que cela, de dénoncer deux de ses complices à un douanier à l’arrivée de l’avion. L’un, car il savait qu’il avait refusé au dernier moment de convoyer la drogue, et l’autre qui avait participé à l’achat et au conditionnement de la méthamphétamine en sachant qu’il allait servir de leurre. “Escroc” espérait ainsi que les douanes allaient être occupées à fouiller les deux hommes, et que pendant ce temps-là les mules allaient tranquillement passer les neuf kilos de drogue. Mais les douaniers ne sont pas tombés dans le panneau : tout le monde a été arrêté et les deux sacs saisis.

Le but officiel de ce voyage était de promouvoir une plateforme de voyage américaine appelée Travorium, fonctionnant sur un système pyramidal dont Escroc faisait partie. Les mules, qui pour la plupart nient avoir été au courant qu’elles devaient transporter de l’ice, devaient prendre des photos de leur voyage pour promouvoir la plateforme. Un faible alibi, car selon le juge, dans les smartphones saisis, les enquêteurs ont retrouvé peu de photos de Los Angeles, dont la plupart étaient ratées.

Cloisonner les équipes pour éviter les fuites

L’équipe était scindée en trois. D’un côté, à Tahiti, le surnommé Escroc, le commanditaire, et celui qui lui avait donné les contacts des grossistes mexicains aux USA. C’est ce dernier que la justice soupçonne d’être véritablement le cerveau de l’opération. De l’autre les conditionneurs chargés de l’achat et du camouflage de la méthamphétamine,  et les mules qui devaient la convoyer. Les acheteurs-conditionneurs partaient en premier aux États-Unis, rejoints une semaine plus tard par les mules. Celles-ci devaient attendre un coup de téléphone leur indiquant où et quand récupérer l’ice. L’idée étant de cloisonner les différents intervenants pour éviter les contacts entre eux. Tous ont cependant repris le même vol pour rentrer sur Tahiti.

À Los Angeles, l’ice était conditionnée et dissimulée par la première équipe dans un home cinéma et dans des boîtes de chocolats. Puis la marchandise était récupérée dans un hôtel par les passeurs à qui on avait promis entre 5 et 10 millions chacun. Un des trois passeurs a refusé au dernier moment de prendre le sac contenant une partie de la marchandise, malgré les menaces téléphoniques d’Escroc contre lui et sa famille.

À la barre, seuls deux des trois passeurs ont reconnu les faits : celui qui a pris peur au dernier moment et un autre qui a déclaré avoir connaissance des méfaits de l’ice sur la jeunesse mais pour qui le besoin d’argent était plus fort. Quant au dernier, il a nié. Il maintient avoir fait le voyage pour le compte de Travorium, explique qu’il a effectivement récupéré un sac pour Escroc mais que celui-ci contenait un home cinema et des enceintes et qu’en aucun cas il ne savait qu’il contenait de l’ice. Un sac qu’il a laissé sur le tapis roulant à l’aéroport de Tahiti-Faa’a sur instruction d’Escroc.

Sur les trois acheteurs et conditionneurs, l’un a avoué les faits. Il faut dire que les gendarmes avaient  retrouvé chez lui 19 millions en liquide. Pas d’autre choix que d’avouer. Quant aux deux autres, ils ont nié leur implication dans ce trafic. L’un explique être parti à Los Angeles pour acheter des pièces de Rolex et en aucun cas de l’ice ; quant à l’autre, s’il a tout déballé devant les gendarmes, devant le juge il nie. Son explication sur ce revirement : « j’ai inventé tout ça car je voulais sortir de ma garde à vue ». « Ce n’est pas en s’accusant de trafic d’ice que l’on va sortir de garde à vue » réplique le juge qui poursuit, « ce n’est pas de veine pour vous de vous retrouver dans le même vol que des mules …» « Mauvais moment, mauvais endroit », rétorque laconiquement l’accusé.

Un « Escroc » haut en couleurs

Si la plupart des accusés a fait profil bas à la barre,  cela n’a pas été le cas du fameux Escroc, qui pour la justice est l’un des commanditaires de l’affaire. La quarantaine bedonnante et rigolarde, à peine à la barre et sans attendre les questions du juge, c’est d’une voix tonitruante qu’ il clame : « je suis coupable, j’ai monté tout ca, j’ai manipulé tout le monde. Je fumais beaucoup d’ice et à Tahiti c’est cher et là-bas ce n’est pas cher. » Le juge : « pourquoi ne pas y aller vous-même ? » « J’ai peur de l’avion et c’est loin. » Avec un casier judiciaire qui est un véritable inventaire de la délinquance, Escroc conclut sourire aux lèvres, presque fier de lui : « J’ai essayé voleur, ça marche pas. Escroqueur, ça marche pas. Ice, ça marche pas. J’ai compris, je vais aller travailler. » Dans la salle les rires fusent. Sur l’estrade, ça rigole moins.

Quant à celui que la justice considère comme le deuxième cerveau de l’affaire, il admet juste avoir conseillé Escroc et lui avoir donné le contact des Mexicains. À sa charge il a un lourd passé dans le trafic d’ice, mais dans cette affaire il semblerait qu’il n’ait joué qu’un rôle de consultant. « Je suis indirectement impliqué » assure-t-il. Pour le procureur, qui a la fibre musicale, « cette affaire est un concert de contradictions et de cacophonie avec pas mal de fausses notes. » Relevant que l’ice écoulée sur le marché aurait rapporté « 900 millions de Fcfp » il réclame à l’encontre des accusés des peines allant d’un à sept ans de prison ferme ainsi qu’une amende solidaire de 900 millions.

Après en avoir délibéré le tribunal a condamné les trois mules à des peines allant de un an de prison avec sursis à cinq ans dont deux de sursis. Les trois acheteurs et conditionneurs écopent de peines allant de trois ans à quatre ans ferme et les deux cerveaux à de peines de sept à huit ans ferme. Quatre d’entre eux devront s’acquitter d’une amende solidaire de 900 millions de Fcfp.

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