ACTUS LOCALESJUSTICE

Deux ans avec sursis pour le voyeur de l’université

Un étudiant de l’université de Polynésie française a été condamné à deux ans de prison avec sursis et à être inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Il avait pénétré dans un appartement d’une résidence universitaire où se trouvait une étudiante endormie et l’avait filmée et photographiée à son insu.

En Polynésie on connaît depuis des temps immémoriaux le motoro. Celui qui observe, à travers les fenêtres des fare, les belles endormies pour éventuellement se glisser dans leur lit, le corps enduit de monoi si jamais on cherchait à l’attraper. À sa manière, Dimitri C., 26 ans a modernisé la méthode. Étudiant à l’université de Polynésie française, il s’est introduit dans la nuit du 27 au 28 avril de cette année, dans le studio d’une étudiante logée dans une résidence universitaire pour la prendre en photo et la filmer alors qu’elle dormait.

Mais il ne s’est pas arrêté là, il a aussi soulevé sa couverture pour photographier ses fesses et au passage les caresser, geste qui a réveillé la jeune fille. Celle-ci l’a identifié rapidement vu qu’il vivait au deuxième étage de la résidence. Peu de temps avant, il a fait plus ou moins le même type d’intrusion, au rez-de-chaussée de cette même résidence. Cette fois sans pénétrer dans l’appartement, mais sur le pas de la porte restée ouverte. Là aussi il a filmé une étudiante qui dormait. La jeune femme ne s’en est pas rendu compte, ce sont les gendarmes qui l’ont mise au courant après avoir retrouvé des vidéos dans le smartphone de Dimitri.

À la barre, le jeune homme, poursuivi pour atteinte sexuelle et atteinte à la vie privée par enregistrement de l’ image d’une personne présentant un caractère sexuel, n’en mène pas large. Il s’explique : « Je suis entré, la porte n’était pas fermée, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’étais attiré instinctivement par la porte ouverte. Quand j’ai vu qu’il y avait quelqu’un d’allongé, je me suis approché pour regarder. C’était du voyeurisme. J’ai soulevé la couverture pour voir ses fesses. »  S’il lui a touché les fesses, c’est juste, « en voulant soulever la couverture. » Par inadvertance. Pourtant, dans sa déposition, la victime dira que le lendemain, elle remarquait que son string avait été coupé sur le coté. Elle relatera aussi qu’elle avait déjà remarqué que Dimitri, quand elle le croisait dans la résidence, lui jetait des regards insistants et que son comportement était curieux. Lors de l’enquête, les gendarmes retrouveront, outre les vidéos et photos de ses deux victimes, des photos prises sous les portes d’autres appartements.

« Je ne faisais du mal à personne en regardant et en prenant une photo »

Interrogé par le juge sur le pourquoi de ses actes, Dimitri ne se les explique pas. Pour lui, c’est juste une pulsion, du voyeurisme. Dans son esprit, « je ne faisais du mal à personne en regardant et en prenant une photo, pour en  garder un souvenir. » Toutefois, il indiquera que le plus excitant pour lui, c’est « quand je filme.» Pour autant,« après je me sens mal, je culpabilise et je supprime les photos. » Un expert dira de Dimitri : « il souffre de troubles obsessionnels compulsifs et d’anxiété » et le déclare « responsable de ses actes. » L’étudiant, placé sous contrôle judiciaire après les faits, conscient de son problème, s’est rendu de lui-même par trois fois chez un psy pour tenter de comprendre d’où vient son obsession et d’y mettre fin. Si dans son esprit, il ne faisait de mal à personne, ce n’est pas du tout le sentiment de sa victime, présente à l’audience. Elle s’estime « plus en colère que traumatisée », mais il n’empêche que le lendemain de l’intrusion, elle a quitté la résidence universitaire pour vivre chez une amie. Elle réclame au titre de préjudice la somme de 300 000 Fcfp.

Pour la procureure, « chez cet étudiant inséré et structuré, il y a une montée en puissance. Son excitation monte progressivement. De vidéo tournées sous les pas de porte, il passe à l’intrusion dans des domiciles et cela m’inquiète. (…) heureusement on l’a interrompu car qu’elle aurait été sa prochaine étape ? » Elle s’interroge : « qu’allons-nous faire pour prévenir la réitération des faits et en même temps assurer sa réinsertion ? » Elle requiert trois années de prison avec un sursis probatoire de trois ans.

La défense de son coté demande la relaxe du chef d’accusation d’atteinte sexuelle. Elle avance qu’il n’est pas connu de la justice et les seules photos et vidéos retrouvés dans son smartphone sont celles de cette fameuse nuit. « Il n’y a pas de pornographie, ni de pédophilie. On est au niveau de quelqu’un qui regarde sous les jupes des filles, et il a pris la décision de se soigner. » Elle demande juste un sursis simple pour son client.

Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Dimitri à deux ans de prison avec sursis et à son inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais) .

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