ACTUS LOCALESJUSTICE Déni et théorie du complot au procès d’un oncle agresseur sexuel Pascal Bastianaggi 2026-04-28 28 Avr 2026 Pascal Bastianaggi « C’est la parole de l’un contre la parole de l’autre .» C’est ainsi qu’a résumé l’avocat des parties civiles, un dossier dans lequel une enfant accuse son oncle de lui avoir fait subir des attouchements. Un oncle qui tout au long de la tenue de son procès a farouchement nié les faits sans pour autant déclarer ouvertement que l’enfant mentait. Évoquant dans un premier temps une vague théorie du complot dans laquelle sa belle-sœur tiendrait le rôle de l’instigatrice, il a aussi mis en cause le père de l’enfant laissant entendre que ce serait lui l’auteur de ces actes. Il a été condamné à une peine de deux ans de prison avec sursis et il sera inscrit au fichier des délinquants sexuels. En envoyant sa fille de sept ans chercher de la sauce huître chez son oncle qui vit juste en face, cette mère de famille ne s’attendait sûrement pas à sa réaction. La fillette, âgée de sept ans, se met à pleurer à chaudes larmes. La mère décontenancée l’interroge et tombe des nues en entendant sa réponse. « Tonton a sorti son engin et il m’a embrassé sur la bouche et m’a dit de ne rien dire. Il a fait ca plusieurs fois. » La prévention indique que ces faits se seraient déroulés plusieurs fois entre mai et juillet 2023. À la barre, le prévenu 56 ans, nie en bloc. « il ne s’est rien passé monsieur le juge. C’est faux. Avec la petite on s’entendait bien, on se voyait souvent elle venait jouer à la maison avec mes enfants. » Le juge rompu à ce type de défense lui rétorque : « pourquoi elle vous accuse alors ? » « Je ne sais pas. Je ne suis pas ce genre de personne » « C’est une enfant, je suis un adulte, qui me croira ? » Le magistrat poursuit et lit la déposition de la fillette dans laquelle elle décrit les agressions qu’elle aurait subies. « Dans sa déposition elle précise que vous avez sorti votre carotte et touché sa fleur et que vous aviez agité vos doigts. » Il relève la tête, toise l’accusé et précise « elle a ajouté aussi quelle avait honte de raconter cela…. Alors ? Elle invente ? » L’homme s’en défend : « je ne dis pas cela, mais je n’ai pas fait cela. » Il répète son mantra : « je ne suis pas ce genre de personne, je me connaît. » Le juge revient à la charge, « vous pensez quelle a inventé ce scénario ? » « C’est une enfant, je suis un adulte, qui me croira ? » Le magistrat insiste, « mais quel avantage elle a, à tirer de cette situation. » Du tac au tac l’accusé réplique « et moi ? Quel avantage j’aurais à faire cela. » Le juge poursuit en faisant la lecture de l’expertise psychologique effectuée sur l’enfant. Celle-ci fait part de traces de traumatisme sexuel. « Je n’ai rien fait » maintient le présumé coupable qui explique que lorsque sa nièce s’asseyait « à califourchon sur moi, je lui disais de descendre. J’aimais pas quand elle faisait cela. » Une attitude que confirmera son épouse devant les gendarmes. L’homme poursuit, « j’ai refusé de la garder comme sa mère me le demandait car je me doutais de quelque chose. La preuve, je suis ici. » Il ajoute, » la sœur de ma femme ne m’aime pas. Ce n’est pas l’enfant qui m’accuse, mais c’est sa mère. » « Quand ma belle-sœur engueule son tane, elle le traite de pédophile » Le juge rebondit, « vous pensez que la mère a invité sa fille à mentir devant les gendarmes ? » La fameuse théorie du complot, défense inhérente à la plupart des auteurs d’agressions sexuelles sur des enfants. L’accusé se défausse, « je sais pas. » Le juge insiste, « les faits sont détaillés et circonstanciés et elle aurait pu dire pire que cela si elle voulait vous enfoncer. Vous la pensez capable de cela ? » De guerre lasse l’homme lâche « je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que je n’ai rien fait. » Puis il se reprend, « elle devrait voir du côté de son père. » L’étonnement se lit sur le visage du juge et l’accusé devance sa question « quand ma belle-sœur engueule son tane, elle le traite de pédophile. » « Donc vous dites que c’est son père qui l’a touchée . » « J’ai jamais dit ca, mais moi je ne l’ai pas touchée. » « Mais pourquoi votre belle-sœur porte plainte ? Quel intérêt elle a à faire cela ? » insiste le magistrat. Explication : « ma femme et sa sœur ne s’entendent pas, elle est jalouse de ma femme et elles en sont déjà venues aux mains. » Le juge fait venir la fillette et sa mère à la barre. Il s’adresse à la victime. « Tu as entendu ce qu’il a dit ? Que c’est faux ? » La petite acquiesce et insiste, » ca c’est vraiment passé. » Puis elle raconte que les attouchements ont commencé alors quelle était en CP et qu’ils se passaient quand elle allait jouer avec ses cousins au domicile de l’accusé « parfois dans le cagibi et parfois dans le salon. » Quant à sa mère, interrogée sur son inimitié avec sa sœur, elle assure qu’il n’y a pas « de jalousie entre nous. » « Il va falloir s’appuyer sur un faisceau d’indices » Pour la partie civile, « c’est la parole de l’un contre celle de l’autre » Il assure que l’accusé est dans le déni et que la question est : « dit-elle la vérité ? A-t-elle inventé cette histoire ? » Il répond niant cette hypothèse « elle a dit la même chose aux gendarmes et aux psychologues qui ont assuré que l’agression est avérée. » En outre, « comment une enfant immature sexuellement peut raconter ce type d’histoire ? » Pour lui l’enfant dit la vérité. Il réclame 800 000 francs au titre des dommages-intérêts. L’accusation lui emboîte le pas et reconnaît « qu’il va falloir s’appuyer sur un faisceau d’indices. Il n’y a pas de preuve et ce sont des dossiers très difficiles. » Pour autant des arguments qui vont dans le sens de la culpabilité de l’accusé, la procureure en a et les jette pêle-mêle : « vous avez une petite fille sexuellement immature qui décrit des gestes et des agressions sexuelles, en outre les expertises psychologiques confortent ses paroles : il y a un traumatisme sexuel constaté. » Elle relève aussi que « l’accusé nie mais ne dit pas que c’est une menteuse. » Sa conviction ? « il est coupable et il ne veut pas reconnaître les faits » S’adressant au juge et ses assesseurs elle demande qu’ils écartent l’hypothèse « du complot et le déni de monsieur » et qu’ils prononcent à son encontre une peine de deux ans de prison avec sursis. Quant à la défense, elle déclare qu’elle n’est pas « devin et qu’on ne peut savoir ce qu’il s’est passé ». Pour l’avocat, il y a eu « peut-être pas affabulation, mais exagération. » Mettant le tribunal face à ses devoirs il déclare, « vous avez les déclarations de la victime et celles du prévenu et vous devrez arbitrer, mais pour ma part je demande la relaxe ou une peine en cohérence avec la prévention. » Après en avoir délibéré le tribunal l’a condamné à deux ans de prison avec sursis avec interdiction de rentrer en contact avec la victime. Il devra s’acquitter de 800 000 francs au titre des dommages-intérêts. Il sera inscrit au Fijaisv, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.