ACTUS LOCALESPOLITIQUE Dialogue de décolonisation : le Tavini déposera son recours le 21 mai Charlie Réné 2025-04-07 07 Avr 2025 Charlie Réné Le président de l’assemblée Tony Géros a écrit il y a quelques semaines à Emmanuel Macron pour lui demander officiellement l’ouverture du dialogue de décolonisation « conforme aux résolutions de l’ONU ». Sans réponse, il compte bien déposer, le 21 mai, un recours au tribunal administratif, les élus de Tarahoi lui ayant accordé en décembre le droit d’attaquer l’État en justice sur ce sujet. Et qu’importe, pour le Tavini, si cette délibération de l’assemblée, déférée par le Haut-commissariat, a toutes les chances d’être annulée par le Conseil d’État. Des élus bleu ciel ont fait la même démarche auprès du chef de l’État « en leur nom propre », et lanceront quoiqu’il arrive la procédure, surtout destinée à épuiser les voix de recours nationales. Municipales, vie chère, ressources minérales, avant projet de constitution… Les sujets de discussion – et parfois, de désaccords – ont été riches au congrès du Tavini samedi, mais l’évènement annuel a surtout été l’occasion pour le parti de faire le point sur sa stratégie pour l’accession à la pleine souveraineté. Une stratégie, qui, bientôt douze ans après la réinscription du fenua sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU, et deux ans après la conquête de Tarahoi et du gouvernement, ne semble pas porter de fruits. L’État a certes délaissé la politique de la chaise vide et pris la parole sur le dossier polynésien à l’ONU, mais seulement pour refuser de façon plus audible l’ouverture d’un « dialogue de décolonisation » sous l’égide des Nations-Unies, tel que le demandent les résolutions adoptées tous les ans à New York. De plus en plus impatient, Tony Géros, qui avait déjà créé sa commission de décolonisation aux travaux gardés secrets à l’assemblée, avait annoncé vouloir aller plus loin dans l’utilisation de l’institution qu’il préside pour faire bouger les lignes sur ce dossier. Un recours peut en cacher un autre Le 12 décembre, les élus Tavini de Tarahoi avaient donc voté une résolution demandant officiellement l’ouverture de ce dialogue par l’État ainsi qu’une délibération autorisant le président de l’assemblée à ester en justice pour l’obtenir. C’est sur la base de cette délibération que Tony Géros a écrit à Emmanuel Macron il y a quelques semaines, toujours pour demander, de façon formelle cette fois, l’ouverture de ces discussions qui doivent aboutir à un processus d’auto-détermination. Et d’après Richard Tuheiava, la prochaine étape est déjà prête : le 21 mai, à l’expiration du délai de réponse de l’Élysée, la demande du président de l’assemblée sera considérée comme implicitement rejetée. Et un recours sera donc déposé au tribunal administratif pour contester cette décision tacite. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/RICHARD-RECOURS-1.wav Le Tavini ne l’ignore pas : la délibération du 12 décembre a été déferée par le Haut-commissariat devant le Conseil d’Etat, dont la décision est d’ailleurs attendue pour vendredi 11 avril. Et le texte a toutes les chances d’être annulé par les juges : comme l’a lui-même reconnu Tony Géros, cette habilitation à ester en justice dépasse les compétences du président de l’assemblée. Mais qu’importe chez les bleu ciel, qui cherchent surtout, dans ces procédures auprès des juridictions nationales, ou, plus tard, européennes, à prouver à la communauté internationale que toutes les voix de recours ont été épuisées. Pour s’assurer de pouvoir déposer un recours au tribunal administratif, cinq élus indépendantistes, dont Tony Géros lui-même, ont aussi écrit au chef de l’État « en leur nom propre ». Sans réponse, tous devraient déposer leur recours le 21 mai prochain, avec l’aide de l’avocat choisi pour suivre le dossier, Me Thibault Millet. Offensive régionale Hasard ou pas, la date correspond à l’ouverture du séminaire régional du « comité spéciale des 24 » de l’ONU. « Ça se passe cette année à Dili, capitale du Timor oriental, et on sera présents pour pétitionner, en fonction de la position de l’État », précise Richard Tuheiava, spécialiste des questions juridiques pour le Tavini et directeur de cabinet de Tony Géros à l’assemblée. Le parti mise plus que jamais sur la pression régionale, alors que le Pacifique est courtisé pour sa position stratégique dans les tensions américano-chinoises, pour appuyer son action. Au sein de l’ONU, mais aussi au sein d’une nouvelle entité qui doit être créée en août à Fidji. La Pipa – pour Pacifique Island Parliament Association, sorte de pendant parlementaire au Forum des îles du Pacifique plus formel que le « groupe » déjà existant, doit permettre, pour le Tavini, un soutien régional plus direct à la cause indépendantiste. « On s’aperçoit depuis deux ans qu’il y a un changement dans les modes de gouvernance et que les exécutifs ne sont plus en solo au travers le forum, explique-t-il. Les différents états du Pacifique aiment voir à travers leurs assemblées législatives, la voix directe de leur population se refléter dans les décisions régionales, mais sans aller au forum : plutôt en créant le leur. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/RICHARD-RECOURS-2.wav