ACTUS LOCALESJUSTICE

Douze ans de réclusion pour le grand-oncle violeur : « Voilà comment ils me remercient »

Verdict en deçà des réquisitions au terme de la troisième journée du procès d’assises pour viols incestueux sur mineure. L’un des auteurs, oncle de la victime déficient mental, qui a écopé de trois ans de prison avec sursis probatoire. La mère, accusée de non-dénonciation, et qui est condamnée à trois ans de prison avec sursis simple. Quant au grand-oncle, auteur de viols répétés et décrit par les experts comme un sociopathe manipulateur, il est condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Jusqu’au bout du procès, il aura crié au complot et affirmé être « quelqu’un de bien ».

 À lire aussi :

Le huis clôs partiel a ceci de particulier. La victime, Mareva, surmonte son angoisse et sa « honte«  pour que ce qui lui est arrivé soit médiatisé. Une décision courageuse surtout lorsqu’il s’agit d’une mineure victime de viols incestueux. On se doit d’y porter attention et de réagir. Surtout quand cette affaire résume à elle seule tous les maux de notre société. Promiscuité, pauvreté, violences intrafamiliales, manque d’instruction, d’éducation et d’encadrement de la part de parents qui confient à la rue le soin d’éduquer leurs progénitures. Mais aussi le manque de structures et de suivi pour les déficients mentaux dans les îles éloignées.

La dernière journée de ce procès éprouvant, ce mercredi, débute par l’audition d’un psychologue. Il confirme ce qui transparaissait depuis le début, à savoir un oncle déficient mental qui a besoin d’un encadrement stable où il prendra ses traitements et un grand-oncle sociopathe égocentrique qui a le sentiment de ne pas avoir fait quelque chose de mal ou d’impardonnable et qui s’estime victime.

« Une poupée désarticulée, violée et brisée par deux personnes en qui elle avait confiance »

Puis la parole est donnée à l’avocate de la victime, Me Da Silveira. Elle entame sa plaidoirie en expliquant que cela avait été « une épreuve pour Mareva* d’assister aux débats, qu’elle est fiu de tout cela. » Elle compare l’enfant à « une poupée désarticulée, violée et brisée par deux personnes en qui elle avait confiance et qu’elle aimait. Son tonton Mickaël et son grand-oncle Terii qu’elle appelait papy. »

Quant à sa mère, Térésa*, « censée la protéger, elle a vendu sa fille elle n’a rien fait. »  Elle marque un temps et assène. « La petite a entendu (pendant le procès, ndr) que sa mère a tu les faits moyennant finances, elle ne le savait pas. Elle m’a dit : ‘maman n’a rien fait pour moi, elle m’a vendue pour des courses’ . Elle est brisée. » Elle conclut, « à l’heure actuelle les seules personnes rassurantes et protectrices sont son papa d’accueil et l’éducateur de la DSFE. » Dans la salle Mareva enfouit sa tête dans ses bras et pleure. Sa mère jette un regard vers Me Da Silveira où se mêlent incompréhension et colère.

« Il n’y a pas de consentement possible quand la victime de viols est mineure »

Au tour de l’avocate générale, Mme Raffaele, de prendre la parole pour les réquisitions. Pédagogue, elle rappelle aux jurés les peines maximales encourues par les trois accusés, la jurisprudence qui dit « il n’y a pas de consentement possible quand la victime de viols est mineure », puis la chronologie des faits. Sur l’oncle Mickaël, elle assure que l’on est « sur des faits de viols ou à défaut sur une tentative. »

La magistrate rappelle que les spécialistes s’étaient accordés pour dire qu’au moment des faits, « l’accusé avait une altération du discernement compte tenu des troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale, mais aussi de sa consommation de paka et d’alcool quasiment inévitable au sein du foyer familial. » Elle précise que Mickaël n’est pas un pédophile mais, « il est incapable de contrôler ses pulsions et incapable d’envisager les répercussions sur sa victime. » L’avocate générale conclut par : « Il y a un espoir pour lui s’il y a une prise en charge éducative. »

Elle réclame à son encontre une peine de 5 ans de prison dont un an de sursis avec interdiction de rentrer en contact avec la victime et des mineurs. Elle a tenu compte de l’altération du discernement qui réduit au tiers la peine maximale encourue. Compte tenu du fait qu’il a déjà fait 30 mois de détention provisoire, si les jurés suivent les réquisitions, sa peine sera aménageable.

« Elle n’a pas su protéger sa fille »

Concernant la mère, Térésa, elle l’affirme, « elle n’a pas su protéger sa fille. Elle a tardé à dénoncer les faits et négocié un accord avec le grand-oncle, le paiement des factures et des commissions. » Elle poursuit, « il y a eu des incohérences dans ses déclarations. Un coup, elle est perdue, puis a eu pitié, et plus tard, elle a eu peur. » Elle conclut, « elle a eu une mauvaise réaction. Il faut qu’elle reconstruise un avenir avec sa fille et qu’elle lui manifeste son attachement. » La magistrate réclame trois ans de prison avec sursis.

Au sujet de Terii, le grand-oncle, elle rappelle les paroles de Mareva : « il m’a fait mal comme mon tonton ». Elle l’assure, « ces faits se sont répétés plusieurs fois et ne sont pas contestés par l’accusé. » La magistrate reprend le portrait de Terii, brossé par les experts, « il est particulièrement inquiétant, c’est un manipulateur, pédophile et incapable de remise en question. De fait, il n’a eu cesse de clamer au complot. » Elle réclame contre le grand-oncle une peine « à la mesure de l’accusé », soit 15 années de prison avec une période de sûreté des deux tiers et un suivi socio-judiciaire de trois ans.

« Elle ne mérite pas d’être condamnée, elle a peut-être péché, mais pas par méchanceté»

Le temps est venu pour les avocats de s’exprimer. Me Grattirola qui assure la défense de Teresa, mère de la victime, se lance en premier. « Je vais apporter à la cour la conviction qui est la mienne. On aime tous notre maman et on a un lien très fort avec elle. » S’adressant aux jurés, il leur demande de juger avec « prudence », puis vers la partie civile, où est assise Mareva, « ta maman t’aime profondément et fera tout pour toi. » Il replace le contexte de l’affaire : « un atoll isolé, une situation dégradante et un contexte aliénant pour ma cliente »

Il tacle au passage les gendarmes alors en poste à cette époque sur l’atoll qui pour lui n’ont pas fait preuve de beaucoup d’empressement pour faire « leur boulot » et fustige le gendarme venu déposer devant la cour : « en short de surf et en tee-shirt. C’est la première fois que je vois cela ! Et tout cela pour nous dire qu’il n’était au courant de rien. » Il poursuit haussant le ton, « qui va croire qu’elle a vendu son enfant ? Une personne seule devant un minotaure, un prédateur ! » Il baisse le ton, « je demande l’acquittement de ma cliente, tout cela est à cause de l’impuissance des pouvoirs publics et de la légèreté des gendarmes en poste. » Il termine sa plaidoirie. « Elle ne mérite pas d’être condamnée, elle a peut-être péché, mais pas par méchanceté … Par impuissance. »

« Donnez-lui un cadre qui lui permette de vivre parmi nous. C’est justice que vous lui rendrez »

Me Toudji lui succède. Elle a la charge de la défense de Mickaël. « Le sentiment qui prédomine, c’est que c’est un immense gâchis humain. Une misère sociale qui semble engluer tous les membres de cette famille et la première qui en a fait les frais, c’est Mareva. Elle aura un long parcours pour se reconstruire. » Temps mort. Elle poursuit, « mais elle n’est pas la seule à avoir fait les frais de ce fonctionnement familial. »

Elle évoque l’alcoolisation « massive » de la mère de Mickaël durant sa grossesse, qui va engendrer sa déficience mentale et ses troubles du comportement et aussi un père violent, « dénué d’amour filial pour lui. D’ailleurs ils sont absents aujourd’hui pour épauler leur fils. » Elle précise, à l’adresse des jurés, « il ne s’agit pas pour moi de plaider l’acquittement. La question est de savoir la nature exacte de ses actes. Viol ? Tentative de viol ? Agression sexuelle ? Je n’ai aucune certitude, d’autant que le rapport du gynécologue indique qu’il est assez peu vraisemblable qu’il y ait eu pénétration. »

Désignant Mickaël sur le banc, prostré la tête entre ses mains elle se demande, « est-ce qu’il écoute ? Est-ce qu’il comprend ? Bien malin celui qui peut le dire. Il n’a rien à faire dans une enceinte judiciaire. Pour moi son discernement est aboli. On ne juge pas un fou. »

Elle tente un coup de poker en prenant le contre-pied de ce que l’on attend d’un avocat: « concernant les réquisitions, le juge d’application des peines, peut ou pas aménager sa peine. Même s’il l’aménage, vous l’imaginez sous placement avec bracelet électronique ? » Elle abat ses cartes, « je vais vous demander quitte à augmenter le quantum de la peine d’augmenter son sursis probatoire, c’est essentiel pour prévenir la récidive. Il lui faut un cadre éducatif, une peine qui ait un sens. Donnez-lui un cadre qui lui permette de vivre parmi nous. C’est justice que vous lui rendrez. »

« Le condamner à 15 ans, ce n’est pas cela qui va faire que la société ira mieux. »

La séance est suspendue. Me Lavoye, dernière à plaider, fait les cent pas, les neurones poussés à leur maximum. Elle a la tâche la plus difficile, défendre l’indéfendable, le grand-oncle Terii. La sonnerie retentit, elle fait face aux jurés. « On beau avoir l’habitude de ce type d’affaires, on ne s’y fait pas. Ce sont des vies qui sont bouleversées et vous avez la suite de celle de mon client entre vos mains. (…) Tout le monde a le droit à une défense. Il a 70 ans et la peine que vous lui donnerez aura une incidence sur le reste de sa vie. »

Elle relate la vie de Terii, les blessures de son enfance et ses pleurs lorsqu’il a évoqué la mort de sa mère. « Il a de l’empathie ! Lorsque l’on entend la psychiatre s’exprimer à son sujet on a l’impression qu’elle dit ‘mettez le en prison et jetez la clé’ Ça reste un être humain ! » Elle conclut, « le condamner à 15 ans avec une peine de sureté de 10 ans, ce n’est pas cela qui va faire que la société ira mieux. »

« Je les ai aidés et voilà comment ils me remercient »

Le président de la cour d’assise demande aux accusés s’ils ont quelque chose à dire pour leur défense. Teresa s’avance, en larmes : « Je suis énormément désoléE. Je n’ai pas voulu faire cela, je ne suis pas méchante, j’admet mes erreurs. Je demande pardon à ma fille pour le mal que le lui ai fait. Pardon ma fille. J’irai prier le Seigneur pour qu’il me guide dans le droit chemin. »

Mickaël s’approche du micro : « Moi aussi je m’excuse. Que ça. » Au tour de Terii, Me Lavoye retient son souffle : « Je regrette, je suis quelqu’un de bien, de gentil. Pourquoi ils ont voulu me faire ça, je les ai aidés et voilà comment ils me remercient. Je vais être inculpé et je m’en remets à la décision même si des choses sont vraies et d’autres fausses. » Le visage de son avocate se décompose.

Après en avoir délibéré la cour a condamné le grand-oncle Terii  à 12 ans de réclusion criminelle avec obligation d’indemnisation de la victime. Un accusé qui devrait retrouver les bancs des assises pour une autre affaire d’agression sexuelle sur mineure, dont les faits ont eu lieu alors même qu’il était sous contrôle judiciaire. Mickaël écope de trois ans de sursis probatoire avec suivi et obligations de soins et de s’éloigner de la victime. Quant à Teresa,  elle est condamnée à trois ans de sursis simple. Visiblement les plaidoiries de la défense ont fait mouche.

 

Article précedent

No Deposit Reward Een Overzicht Lorrie De Casino Bonussen Zonder Storten

Article suivant

Miss Tahiti : Te Ahi Atea Parau veut « être fière de qui l’on est »

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Douze ans de réclusion pour le grand-oncle violeur : « Voilà comment ils me remercient »