ACTUS LOCALESJUSTICE

Viols incestueux : un « sociopathe » et un « ado-enfant » sous l’œil des psys

Deuxième journée du procès d’assises où deux hommes sont poursuivis pour viols incestueux sur mineure et la mère de la victime, poursuivie pour non-dénonciation des faits. Les deux hommes encourent 20 ans de prison et la femme trois ans. La journée a été consacrée à l’intervention des experts psychiatres. Il en ressort que l’un des accusés est un sociopathe, pédophile, accessible à une sanction pénale. Quant à l’autre, mentalement déficient, il souffrait d’une altération du discernement au moment des faits.

La première journée s’étant conclue par l’audition de la mère de l’enfant qui, en pleurs, déclarait ne pas avoir dénoncé les faits par peur de représailles et non pour de l’argent, contrairement à ce qu’affirmait son mari à la barre. La deuxième journée a débuté par l’audition des trois accusés invités à raconter leur vie. À leur écoute, on se rend compte que les piliers que sont censés être les parents étaient bâtis sur des sables mouvants. Tous trois ont été ballotés de foyer en foyer, ont des parcours parsemés de violence intrafamiliale, de pauvreté, de manque de repères et d’instruction. La misère sociale. L’oncle Mickaël a arrêté sa scolarité à 10 ans et le grand-oncle Terii, âgé de 70 ans, a quitté l’école à 11 ans pour travailler dans le coprah.

Sous contrôle judiciaire, il agresse sexuellement une enfant

Un peu plus tard on apprendra que le septuagénaire avait comparu la semaine dernière en correctionnelle pour avoir, alors qu’il était sous contrôle judiciaire dans le cadre de l’affaire d’aujourd’hui, agressé sexuellement une enfant de 7 ans. Là aussi, il crie au complot. L’affaire a été renvoyée à l’instruction et sera probablement jugée en cour d’assises.

Le président de la cour d’assises appelle alors la psychiatre qui a examiné Mareva et sa mère Teresa en août 2021. La spécialiste explique que l’enfant était souriante, dotée d’une vive intelligence et qu’elle a relaté les faits en insistant qu’elle disait la vérité. Elle précise aussi que Mareva voulait que son grand-oncle soit puni car « il lui a fait mal et l’a accusée de mentir. » Quant à Mickaël, « elle ne lui en veut pas car il est gentil. » La psychiatre assure, « il n’y a pas de raison de mettre en doute sa parole. » Sur sa mère, « elle a une position ambivalente. Elle est partagée entre sa loyauté envers sa famille et son rôle de mère. » Elle la qualifie « d’immature ».

« C’est bien qu’elle n’accepte pas ce qui lui est arrivé. C’est comme cela que commence la reconstruction »

Concernant les conséquences post traumatique des actes qu’a subis Mareva, la spécialiste estime « qu’elle a les moyens de résister. Elle a de bons repères, néanmoins n’importe quel événement pourrait les déclencher. » Me Hellec, qui supplée pour la journée Me Da Silveira pour les intérêts de la victime, interrompt alors la psychiatre. « La représentante de l’Apaj m’a rapporté qu’hier la petite avait fondu en larmes en disant qu’elle avait l’impression d’avoir été vendue par sa mère. Qu’en pensez-vous ? » « Il faut lui dire que c’est normal qu’elle ressente cela. Il faut l’accompagner, l’aider à exprimer sa colère et en sortir. (…)  C’est bien qu’elle n’accepte pas ce qui lui est arrivé. C’est comme cela que commence la reconstruction. Elle a une forte capacité de résilience.»

Le président de la cour d’assises interpelle alors le grand-oncle : « La psychiatre dit que la petite ne mentait pas. Qu’en pensez vous ? » La traductrice relaie la question à l’accusé qui lâche, « c’est elle l’experte, c’est elle qui sait. » « Donc ce que dit Mareva est vrai alors ? » « Non. Elle ment. » Le magistrat sort alors de sa manche un rapport d’un psychiatre qui a conversé avec l’accusé en visioconférence dans le cadre de l’autre affaire le concernant. Il en commence la lecture « à l’évocation de l’affaire qui lui vaut de comparaître aux assises, (Ndlr: l’affaire pour laquelle il est jugé actuellement), le sujet assure que c’est un complot et que l’on veut ses terres. Il comprend et s’exprime parfaitement en français. Il s’irrite très vite et se met en colère à l’évocation des faits (…)  Il ne présente pas de troubles du jugement, ni psychotiques ni psychiatriques et n’avait pas d’abolition du discernement au moment des faits. »

« Il est habile dans la manipulation, c’est son instinct de survie »

Un rapport qui va dans le sens de l’expert psychiatre appelé à la barre en début d’après-midi. La jeune femme explique que Terii se « victimise, s’il a admis lors de notre entretien des pénétrations, c’est toujours la faute de la victime. Cela revient à dire que c’est lui qui a été violé, qu’il a été l’objet sexuel de la victime. » Elle précise que c’est habituel que ce type d’agresseur rejette la faute sur leurs victimes qui sont souvent vulnérables. « Il est habile dans la manipulation, c’est son instinct de survie. » Pour l’experte, Terii est un sociopathe, doublé d’un pédophile, « accessible à une sanction pénale. »

Concernant Mickaël, la spécialiste tient d’abord à préciser qu’il a « les troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale qui entrainent un comportement inadapté. Les personnes qui en sont atteintes n’apprennent pas de leur expérience vécue et ne contrôlent pas leurs pulsions. Ils sont intolérants à la frustration.»  De fait, « il a une intelligence déficiente, mais il n’est pas schizophrène. » Elle ajoute qu’il est « très immature sur un plan affectif et sexuel. » Concernant la négation de ses actes, elle l’explique par le fait qu’il a été conditionné par son père qui le battait fréquemment. « Il ment par peur de se faire rosser. » Pour la psychiatre, si Mickaël avait été élevé dans un autre milieu, il aurait eu un « comportement plus normal. » Elle conclut, « au moment des faits il présentait une altération du discernement, une injonction de soins sera bénéfique pour lui. Il a besoin d’une assistance et d’un cadre éducatif. C’est un ado-enfant. »

Les débats se poursuivront demain avec les réquisitions et les plaidoiries des avocats. Le verdict sera rendu en fin de journée.

Article précedent

Coupe du Monde de Beach Soccer : fin de parcours difficile pour les Tiki Toa

Article suivant

Suppression du 29 juin "pour contenter certains ayatollahs révisionnistes"

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Viols incestueux : un « sociopathe » et un « ado-enfant » sous l’œil des psys