ACTUS LOCALESFAITS DIVERSJUSTICE Fillette écrasée par une cage de foot : deux ans de prison requis contre le président d’Excelsior Alexandra Perrini 2026-04-24 24 Avr 2026 Alexandra Perrini Le 9 octobre 2020, une fillette de 8 ans avait perdu la vie sur le stade d’Excelsior, à La Mission, après la chute d’une cage de football. La petite victime se balançait à la barre lorsque la structure lui est tombée dessus. Ce vendredi matin, l’association sportive Excelsior et son président, Bruno Tehaamoana, étaient jugés pour homicide involontaire. Les éléments d’enquête ont mis en avant des manquements en terme de sécurité : les cages de football, construites en 1975, n’étaient pas aux normes. En 1998 déjà, un adolescent s’était grièvement blessé dans des circonstances identiques. Le parquet a requis une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an de sursis pour Bruno Tehaamoana. « Il n’y a aucun élément qui justifie que cette jeune fille devait perdre la vie », lance le parquet. Le 9 octobre 2020, une fillette de 8 ans est morte alors qu’elle se balançait, suspendue à une cage de but sur le stade de football d’Excelsior, dans le quartier de La Mission à Papeete. La structure, régulièrement utilisée comme terrain de jeux par des enfants, est tombée sur le thorax de la jeune victime. Elle est décédée à l’arrivée des secours qui n’ont pas pu la réanimer. Ce vendredi matin, le président de l’AS Excelsior, Bruno Tehaamoana, et l’association en tant que personne morale sont jugés devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire par violation d’une obligation de sécurité. Lors de l’enquête, un expert mandaté par la justice avait déclaré que la cage, construite en 1975, était vétuste et non conforme aux lois et règlements applicables en Polynésie. Il avait estimé que l’AS Excelsior n’avait respecté ni les règlements de la Fédération tahitienne de football (FTF) ni ceux de la Fédération française de football (FFF) relatifs aux règles de sécurité, précisant que l’association n’avait plus souscrit d’assurance depuis 2017 en raison de problèmes financiers. Un adolescent déjà blessé en 1998 Appelé à la barre, le prévenu déclare « regretter sincèrement », mais pointe toutefois une « négligence » de la part des parents et de la section tennis, car les enfants qui jouaient au niveau des cages à ce moment-là ne faisaient pas partie de la section de football mais bien de celle du sport de raquette. « Depuis que je suis devenu président en 2006, étant donné que je connaissais déjà l’existence de ces buts et de tout ce qui pouvait être dégradé au complexe, j’avais toujours dit aux présidents des sections d’être vigilants à la pratique de nos activités », se défend le fonctionnaire de la Direction de la jeunesse et des sports. D’après ses dires, les cages étaient uniquement « ancrées » au sol lors des matchs officiels. Pendant les entraînements de football, pratiqués seulement par des seniors car, depuis la crise sanitaire, la section ne comptait plus d’enfants inscrits, « jamais une cage de but ne s’est renversée », souligne le président de l’AS Excelsior. « Vous ne pouviez pas les mettre à plat ? Prendre des mesures de sorte à ce que la sécurité soit assurée ? », demande alors la présidente, qui évoque un accident similaire en 1998, lorsqu’un adolescent s’était grièvement blessé dans les mêmes circonstances que la jeune victime de 2020. « Si j’avais eu connaissance de cet accident, j’aurait fais en sorte qu’il n’y ait plus d’enfants sur le terrain », assure Bruno Tehaamoana. Une subvention demandée depuis 2018 et perçue en 2022 La famille de la victime ne s’est pas constituée partie civile dans ce dossier, déclarant, d’après l’avocat du prévenu, que « s’il y avait un responsable, ce n’était pas Monsieur Tehaamoana mais les responsables politiques », lit Me Edouard Varrod, qui précise que le grand-père de la victime était l’ancien président de l’association. D’après Bruno Tehaamoana, tous avaient connaissance de l’ancienneté de la structure et de son instabilité. Interrogé à la fin de l’audience, Me Varrod est revenu sur les déclarations de son client pendant le procès. Le président de l’association a déclaré à la barre avoir effectué une demande de subvention deux ans avant le drame, sans succès. « L’association avait formulé une demande de subvention en 2018 pour changer les cages de but, qui avait été refusée par le syndicat mixte de la commune de Papeete », précise le pénaliste. « Ils ont refait une demande de subvention auprès de la Polynésie française en 2019. Cette subvention n’a été versée qu’en 2022″, note-t-il. Il précise que l’AS Excelsior s‘occupe de personnes défavorisées et n’a donc « pas les fonds pour financer 2 millions pour acheter les cages de but ». Me Varrod estime que « la dangerosité des cages de but a été prise en compte et qu’aujourd’hui, on essaie de faire supporter la totalité de cette responsabilité à quelqu’un qui, finalement, hérite d’une situation ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/MAITRE-VARROD.wav Du ferme requis par le parquet « Quand on a des engagements, on a des responsabilités. Personne n’est obligé d’être président », soutient de son côté le procureur. « Les lois du Pays font qu’il doit assumer ses responsabilités en tant que président », explique le ministère public, qui ajoute que « ça peut aller jusqu’à fermer une salle ou interdire un match ». Le parquet poursuit en rappelant que, depuis la prise de ses fonctions en 2006, Bruno Tehaamoana avait bien connaissance de cette instabilité, puisque « vous attachez les cages pendant les matchs, donc vous savez qu’il y avait un risque ». Pour le procureur, « une association n’attend pas une subvention pour fonctionner. Si on n’a pas les moyens d’acheter » du matériel sécurisé, « on ne pratique pas ». Le ministère public pointe des manquements « caractérisés d’imprudence, à la législation et des obligations de sécurité imposées qui ne sont pas respectées ». Il conclut : « L’absence des parties civiles n’empêche en rien que la justice soit rendue. » Dans l’attente du délibéré, qui sera rendu au mois de mai, le parquet a requis une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an de sursis pour Bruno Tehaamoana ainsi qu’une amende de 4 millions de francs pour l’association. Une condamnation « totalement disproportionnée » pour Me Varrod. Il souligne que le prévenu est « une personne stable, avec un métier stable », et qu’il est « inséré dans la société ».