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Grève des fonctionnaires : pourquoi la Fraap entretient le suspense


Le syndicat a une fois de plus suspendu son mouvement, en informant cette fois le Pays quelques minutes après le lancement de la grève dans la nuit de mardi à mercredi. La Fraap demande la réunion d’une commission de concertation, sous l’égide de l’inspection du travail pour « donner une dernière chance aux discussions ». Et peut-être pour prendre le temps de mobiliser : la fédération explique qu’en l’absence d’avancées, la reprise de la grève est une « question de jour » et veut organiser un grand rassemblement des agents de la fonction publique devant la présidence contre la vie chère et pour la hausse du point d’indice. 

L’information avait fuitée dès mardi soir : la grève de la Fraap, qui devait débuter ce mercredi matin a été suspendue. Ça n’est pas la première fois que la Fédération de rassemblement des agents de l’administration freine juste avant de passer à l’action : elle avait déjà suspendu sa mobilisation à la dernière minute, en janvier dernier. La tentative de réactivation de ce préavis cinq mois plus tard avait été déclarée illégale par la justice.

Une grève de quelques minutes

D’où un changement de stratégie pour cette nouvelle temporisation : la lettre officielle de suspension a été envoyée au gouvernement quelques minutes après le début de la grève, peu après à minuit. « À 00h01 on était en grève, et puis on a déposé un courrier au président pour lui dire qu’on suspendait la grève et pas le préavis de grève, en attendant cette fameuse commission dont l’inspection du travail doit être l’organisateur et qu’on puisse retourner autour de la table, explique Gérard Barff, secrétaire général délégué de la Fraap. Si elle n’arrive pas, c’est reparti, et à ce moment là, on appellera tous les fonctionnaires à se regrouper devant la présidence pour manifester sur la cherté de la vie et l’inflation ».

Un changement de stratégie qui soulève plusieurs questions. D’abord sur cette commission territoriale de conciliation, qui avait été citée par le juge des référés, le 1er juillet, comme une condition préalable à la reprise d’une grève sans préavis pour « rupture des négociations », une possibilité invoquée alors par la Fraap. Le Code du Travail prévoit effectivement une possibilité de saisine de cette commission « en cas de différent collectif intéressant un secteur d’activité dans son ensemble » et « après échec ou à défaut de procédure de conciliation » par l’inspection du travail. La Fédération de Jean-Paul Urima semble elle-même douter de « l’existence réelle » de cette commission, qui n’a, d’après ses chefs de file jamais été réunie.

Une commission fantôme, pour des négociations déjà closes

Son utilité, en l’espèce, a elle aussi de quoi interroger. Le seul point de revendication de la Fraap porte sur la revalorisations du point d’indice (entre 1200 et 1400 francs le point, soit 10 à 30% d’augmentation pour le salaire de base des fonctionnaires, quel que soit leur catégorie) et le gouvernement de Moetai Brotherson s’est montré très ferme, lors des dernières rencontres, de même que début janvier, sur son refus de négocier ces revalorisations avec un seul syndicat, renvoyant aux négociations globales désormais prévues tous les ans courant avril. Les seules propositions formulées par l’exécutif – dont celle d’une journée mensuelle de rencontre permettant de faire remonter les cas de détresse dans l’administration, qualifié par la Fraap de « mendicité institutionnalisé – ne portent pas sur ces revalorisations, mais sur l’accompagnement social des agents les moins rémunérés, et sur les aides à l’évolutions de carrière pour ceux qui effectuent un travail ne correspondant pas à leur catégorie.

Dès lors, les raisons de la suspension du mouvement restent floues. La Fraap a-t-elle un réel espoir de faire plier le gouvernement sur le point d’indice sans passer par la grève ? Temporise-t-elle pour mieux mobiliser plus tard ? Mardi soir, la Fédération expliquait à Tahiti Infos et TNTV que des échanges, indirects pour certains, avec des professionnels du tourisme et avec les chefs de groupe du Heiva, avaient pesé dans la décision. Pourtant la suspension du mouvement avait déjà été discutée mardi matin par la fédération, assure Gérard Barff. « Ça nous a conforté dans ce qu’on voulait, mais l’intention était déjà partie mardi matin de trouver des solutions pour ne pas partir en grève, reprend le numéro 2 de la Fraap et chef de file du syndicat des pompiers d’aérodrome. Je le répète : ça n’est pas de gaîté de cœur qu’on part en grève, on se fait insulter et tout… On a voulu tenter le dernier recours que nous offre la législation, suivre aussi ce que le juge des référés avait dit. Maintenant on attend la réponse de l’inspection du travail et ça va se faire ou pas ».

« On attendra pas des mois, si on repart, c’est une question de jours »

La Fraap ne précise ce mardi aucune calendrier de reprise du conflit, et le Pays, comme son administration, ne s’est pas à ce stade exprimé sur la demande de réunion de la commission territoriale de conciliation. Cette suspension peut-elle donc durer ? « On attendra pas des mois, répond Gérard Barff. Si on repart, c’est une question de jours ». Dans les faits, le syndicat peut relancer son mouvement à tout moment.

Lundi soir après l’échec des négociations à la présidence, Moetai Brotherson s’interrogeait à haute voix sur la capacité réelle de mobilisation, en dehors des pompiers d’aérodrome, de la Fraap, qui mène un conflit depuis maintenant huit mois. On sait par exemple que du côté de la Maison de la Culture, où un premier accord, partiel avait été signé la semaine dernière, tout le monde n’est pas partant pour une nouvelle grève. C’est peut-être justement pour prendre le temps de mobiliser au maximum, et pourquoi pas de laisser passer le Heiva et le weekend festif du 14 juillet, pendant lequel une grève aurait été très mal perçue dans l’opinion, que la Fédération a préféré temporiser. En attendant de décider quand elle reprendra le mouvement, Gérard Barff relance un appel à la mobilisation « le temps venu » : la Fraap dit compter 400 adhérents, elle a réuni 915 voix aux dernières élections de CAP (contre 753 pour CSTP-FO et 731 pour A tia i mua), mais elle espère convaincre plus largement parmi les 5000 agents de la fonction publique :

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