ACTUS LOCALES

Le groupe Brasserie « n’a pas du tout une volonté d’hégémonie »


Sur le plateau de Radio 1 et Tiare FM ce mardi, Jean-Pierre Fourcade est revenu sur l’important développement qu’a connu le groupe Brasserie de Tahiti pendant les 33 ans où il l’a présidé. De 375 à plus 2 000 collaborateurs, de 6 à plus de 50 milliards de francs de chiffre d’affaires… Le groupe a beaucoup investi, et, ces dix dernières années en particulier, s’est beaucoup diversifié. Il n’a jamais été question « de tout racheter », de « tout prendre », mais le fait est que des opportunités ont été engendrées par la fin d’un « cycle de génération » dans l’économie polynésienne. Le dirigeant, en retrait progressif du groupe, précise que ce plan de développement et d’investissements arrive lui aussi en fin de cycle : « On a beaucoup à faire, on va peut-être faire une petite pause. »

Voilà une dizaine de jours, Jean-Pierre Fourcade avait fait ses adieux à plus de 400 employés de la Brasserie, au sein même de l’usine de Punaruu, exprimant le « grand plaisir » qu’il avait eu à « travailler ensemble » dans un « respect mutuel ». Même les grèves, les débats montés haut dans les tours et les départs de certains cadres restent des « moments forts » et donc de « bons souvenirs », avait-il assuré, visiblement ému. Le discours avait surtout été l’occasion d’encourager les équipes à « continuer le travail » avec son successeur à la présidence de la Brasserie, Tutehau Martin, et de revenir sur le développement du groupe pendant ces trois dernières décennies.

« Donner un emploi à un Polynésien, c’est lui apporter une dignité »

« En 1992, le groupe, c’était trois entreprises, La Brasserie de Tahiti, Plastiserd et SDA, a-t-il détaillé sur le plateau de l’Invité de la rédaction ce mardi. Il y avait 375 personnes au total et on faisait un chiffre d’affaires raisonnable qui était aux alentours de 6 milliards de francs. Je me suis dit qu’est-ce qu’on peut faire ? Comment peut-on participer au développement de l’économie du pays ? Et dans quel secteur on devrait être amené à investir ? Et donc, j’ai pensé surtout à la petite économie, si je peux m’exprimer ainsi, des îles, des atolls et des îles éloignées. Et je me suis dit, l’hôtellerie est certainement un moyen intéressant et important pour créer de l’emploi dans toutes ces îles où les gens sont demandeurs de travail. Donner un emploi à un Polynésien, aujourd’hui, c’est lui apporter une dignité. C’est lui apporter les ressources nécessaires pour créer une famille, pour s’acheter une maison, pour vivre, pour éduquer ses enfants. Pour moi, ça a été un point très important ».

Aujourd’hui, le groupe Brasserie de Tahiti rassemble plus de 2 000 employés et son chiffre d’affaires a dépassé les 50 milliards de francs en 2024. Surtout, il s’est beaucoup diversifié : en plus de son activité centrale dans l’agro-alimentaire (La Brasserie de Tahiti, Jus de fruits de Moorea, Manutea, SDA), et l’industrie (Plastiserd, Tallin PI…), il est devenu un poids lourd du fret maritime (SNP, qui vient de recevoir son Hawaikinui 2 et va faire remplacer son Nukuhau et le Marevanui) l’importation (Morgan Vernex), la distribution (Hyper U, Happy Market, la Cave de Tahiti, Tahiti Easy Drink), l’hôtellerie (Pearl Resorts of Tahiti compte quatre hôtels à Bora Bora, Taha’a, Tikehau et Nuku Hiva, où un cinq étoiles doit être construit à côté de l’hôtel existant, qui sera amené à disparaitre, et l’hôtel de la Reine est toujours en projet à Papeete), le textile (Polynesian Lifestyle, Hinano Hawaii), l’imprimerie (STP-Multipress, racheté par la SCP Emar, autre entité du groupe Martin), ou de l’immobilier.

« Nous sommes arrivés à la fin d’un cycle de génération »

Le rythme d’acquisition effréné de ces dernière années a souvent interrogé, parfois agacé dans le paysage économique du fenua. Jean-Pierre Fourcade parle lui d’une expansion « calculée », « réfléchie », mais surtout basée sur les opportunités d’achat. « En Polynésie, nous sommes arrivés à la fin d’un cycle de génération. Et donc, il y a pas mal de personnes qui, pour certaines, sont arrivés à la fin de leur cycle professionnel et qui ont mis en vente certaines entreprises. Et les opportunités ont pu se concrétiser, explique le chef d’entreprise. On ne veut pas tout racheter et on ne veut pas tout prendre. Pas du tout. On a un plan de développement. Des entreprises sont à vendre. On se présente pour les reprendre. Et certaines fois, on n’a pas réussi à les racheter puisque d’autres personnes se sont présentées et les ont rachetées à notre place. Donc voilà, il n’y a pas du tout une volonté d’hégémonie, de tout prendre ».

L’APC ? « On vit bien avec, on n’a aucun souci »

Ni de « déstabiliser le marché », pour ce qui de l’entrée, plutôt fracassante, dans la grande distribution face notamment au groupe Wane. « On n’a pas créé de nouveaux magasins. On n’est pas venu avec de nouvelles enseignes. On a simplement repris ce qui existait et on essaye de bien les faire fonctionner, de tirer des prix intéressants pour la population polynésienne qui fait ses courses dans nos trois magasins ». Le rachat de ces activités, comme des précédentes, a d’ailleurs été avalisé par l’Autorité de la concurrence, dont la création a été, pour le dirigeant en retrait progressif de la Brasserie, un « changement fondamental par rapport à la liberté d’action qui existait avant ». « Maintenant, il y a un nouveau cadre réglementaire qui existe. On se plie, bien sûr, à ce cadre qui permet d’avoir une bonne lecture de ce qui peut se faire en Polynésie ou pas et des concentrations, de plein de choses… Et on vit bien avec, on n’a aucun souci. Les dernières acquisitions qu’on a faites sans passer devant l’APC, il n’y a pas eu de problème particulier, et on va continuer de la même manière. »

« On va peut-être faire une petite pause »

Est-on arrivé au bout de ce « plan de développement » et de cette série de rachat ? « Je pense qu’aujourd’hui, on a déjà beaucoup à faire. On a parlé des investissements dans les nouveaux navires, les hôtels aussi qui vont continuer à être rénovés ou construits. On va peut-être faire une petite pause aujourd’hui, à moins que d’autres opportunités particulières se présentent. Mais on n’a pas en tête, dans notre objectif, d’autres développements particuliers dans d’autres secteurs d’activité. »

 

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