ACTUS LOCALESSOCIÉTÉ Ice : « Il faut se dire que ça n’arrive pas qu’aux autres » Charlie Réné 2025-09-05 05 Sep 2025 Charlie Réné La marche contre l’ice de ce samedi a reçu d’importants soutiens religieux, politiques ou associatifs. Parmi ceux qui ont appelé à se mobiliser, Mareva Georges, fondatrice avec son mari Paul Marciano de la fondation Te Ti’aturi Nei, très active dans la protection de la jeunesse et des familles. C’est au nom de cet engagement que l’ancienne miss a pris la parole, ce vendredi sur l’antenne de Radio 1 et Tiare FM, aux côtés du Dr Charles Sophy. Le célèbre psychiatre américain a répondu aux questions des internautes et de Charles Renvoyé sur les mécanismes d’addictions à l’ice, les moyens de lutte et de sevrage expérimentés aux États-Unis. Aucun doute pour le spécialiste : la Polynésie doit se doter d’un centre de désintoxication, et pourquoi pas d’équipes mobiles pour aller au plus près des addicts. Lire aussi : Au CHPF, on s’organise contre les addictions, et on met en garde contre les « amalgames » Marche du 6 septembre contre l’ice : la rue comme « électrochoc » Derniers préparatifs pour la Fédération de lutte contre les drogues et la toxicomanie, qui sera bien dans la rue de Papeete ce samedi matin pour une grande marche contre l’ice. Une initiative qui a déjà rassemblé beaucoup de soutiens : après les associations, congrégations religieuses, fédérations sportives, les entreprises mécènes, qui mettent à disposition des moyens de communication ou de transport, ou encore le ministère et la direction de la jeunesse et des sports, le Tapura a aussi appelé à la mobilisation ce jeudi. Les organisateurs trouvent également, depuis les premiers pas du collectif en fin d’année dernière, un soutien important auprès de la Fondation Te Ti’aturi Nei, lancée en 2016 par Mareva Georges et son mari Paul Marciano pour épauler les associations et organismes qui interviennent dans la protection de la jeunesse, de la familles et des femmes. La fondation a elle aussi appelé à rejoindre le rassemblement de samedi, et sa figure de proue était en direct, ce vendredi midi sur Radio 1 et Tiare FM, pour « faire sa part » pour aider à « protéger notre fenua » et interpeller sur les danger de cette drogue. « Il faut se dire que dans la vie ça n’arrive pas qu’aux autres, insiste l’ancienne Miss France et Miss Tahiti. On doit être concernés par ce sujet, ça détruit notre jeunesse, notre population, et ça touche toutes les classes sociales. C’est ce qui m’attriste énormément et j’ai envie d’aider, j’ai envie que ça avance, j’ai envie que les familles se disent qu’il y a de l’espoir. » Lutte à « plusieurs facettes » Un message délivré à l’antenne depuis les États-Unis aux côtés du Dr Charles Sophy. Ce médiatique psychiatre américain, connu pour avoir soigné nombre de célébrités – il compte parmi ses clients passés Michael Jackson, Paris Hilton, Mel B, ou Dr. Dre, avec qui les rapports se sont tendus ces dernières années – est aussi un spécialiste des addictions. Et il est bien au fait des problématique du fenua : en 2021, il était venu à Tahiti, déjà à l’invitation de Mareva Georges et de sa fondation, et avait participé à plusieurs discussions, notamment aux côtés du Conseil des femmes de Polynésie. Ce vendredi, il a donc répondu à certaines des questions des internautes et auditeurs de Radio 1 et Tiare FM, en même temps qu’à celles de Charles Renvoyé, présent sur notre plateau. Le cofondateur de la Fédération de lutte contre les drogues observe sur le terrain un « manque de moyens », « manque de solutions » pour les addicts à l’ice qui, selon lui, sont trop souvent « laissés à eux-mêmes », aboutissant à des situations de violences, et à des « drames ». Le Dr Sophy, qui a rappelé que les États-Unis avaient malheureusement une longue expérience sur la question des méthamphétamines, a d’abord décrit les mécaniques d’addiction, particulièrement puissantes pour ce qui est de l’ice, qui jouent beaucoup sur les fragilités et traumatismes « déjà existants » des consommateurs, qui trouvent dans la drogue un « soulagement de leur douleur » et une « échappatoire ». Le spécialiste explique aussi que, devant une consommation qui se répand beaucoup par « pression des pairs », il est nécessaire d’avoir une action « à plusieurs facettes », « plusieurs niveaux ». Sur le grand public, d’abord, y compris les jeunes et ceux qui ne sont pas encore en contact avec l’ice, pour expliquer les ressorts de l’addiction, et les dangers de la consommation, très variables, et imprévisibles suivant les individus. « On peut avoir des gens qui risquent une attaque à la première prise, d’autres dont le corps ne va pas réagir pendant plusieurs mois, avant d’avoir un problème », précise le psychiatre. Sur les nouveaux consommateurs, et ceux qui croisent de l’ice dans leur environnement social proche, ensuite, en martelant que la substance a des pouvoirs addictifs qui « frappent dès la première prise » et que tout « essai » peut condamner. Sur les consommateurs déjà réguliers, enfin, avec des « protocoles médicaux adaptés » à leur usage. Centre fermé et équipes de terrain Interrogé sur les réflexions en cours sur la création d’un centre de traitement et de désintoxication, le Dr Sophy y voit une « nécessité », rappelle que des centres fermés montrent des résultats aux États-Unis, même si, système social oblige, ils sont pour beaucoup réservés à une clientèle aisée. L’idée d’un « isolement complet » des addicts pendant leur période de sevrage, développé dans la réflexion du Pays sur la création d’une structure sur un atoll, ou par des associations comme celle de Stanley Paie, qui veut emmener des groupes en désintox au Fare Hape, est bonne, explique le spécialiste. Mais à condition que les protocoles médicaux soient bien définis par avance, que cet isolement soient « bien préparé », et surtout que les addicts soient encadrés, surveillés, accompagnés en permanence. Car un sevrage trop rapide présente de grands dangers, comme l’appuie Charles Renvoyé, qui a vu « tant de jeunes » pris au piège de leur « délires et leur paranoïa », agressant leurs proches, ou arrivant, comme tout récemment, à des tentatives de suicide. Ce centre fermé n’est pourtant pas, pour Charles Sophy, la seule solution. « Il faut partir au contact des familles touchées, aller chez eux », insiste-t-il, émettant l’idée d’une équipe volante spécialisée. Une telle équipe, même si elle doit dans un premier temps être fixée au CHPF et au pôle de santé mentale, est sur le point d’être constituée, avec le projet Elsa, pour « Équipe de liaison et de soins en addictologie », en projet depuis des années, et qui doit se concrétiser en fin d’année. Car le défi de la Polynésie n’est pas seulement celui de la prise de conscience, mais celui des compétences et surtout des moyens. Le pays compte, notamment dans le secteur public, depuis le Centre de Prévention et de soin des addictions (CPSA) jusqu’au Fare Tama hau en passant par l’hôpital, de nombreux professionnels de la santé mentale et des addictions. Mais leurs missions sont nombreuses, et l’ice ne peut être leur seul sujet de préoccupation. Le Dr Sophy se dit en tout cas ouvert à l’idée de revenir en Polynésie pour partager l’expérience de la lutte contre la métamphétamine aux États-Unis. L’invitation lui a déjà été lancée par Mareva Georges et sa fondation, qui entend poursuivre son engagement sur la question.