ACTUS LOCALESJUSTICE La Casa Bianca veut voir plus loin à la marina Taina Charlie Réné 2025-03-05 05 Mar 2025 Charlie Réné ©D.R. La Casa Bianca demandait ce mardi matin au tribunal administratif d’obliger le Port autonome à prolonger la convention qui lui permet d’occuper son site de la marina de Punaauia. Une convention signée pour 9 ans, contre 15 à 18 pour ses concurrents directs, et qui arrive à échéance fin 2027. Le gérant du restaurant, qui « a beaucoup de projets », regrette de ne pas pouvoir investir avec si peu de visibilité. Et lie cette situation aux échecs répétés du Port autonome à attribuer au long terme la délégation de service public pour la gestion de ses marinas. Le rapporteur public n’est pas allé dans son sens, estimant qu’il était impossible pour les juges d’intervenir dans un tel contrat. La décision sera rendue le 18 mars. « Les dès sont pipés ». C’est le sentiment du gérant de la Casa Bianca, restaurant bien connu de la Marina Taina, à Punaauia, qui portait ce matin un recours devant le tribunal administratif. En cause : la dernière convention d’occupation du domaine public accordée au restaurant par le port autonome en 2016, et qui prendra fin le 31 décembre 2027. Un horizon court, « trop court pour investir », comme le souligne le gérant de l’établissement. « On a des tas de projets au moyen et au long terme, mais on ne peut pas les mener, s’agace Patrick Bonduel. On est obligé de s’en tenir au très court terme ». Cette convention, l’entrepreneur a bien essayé de la faire prolonger auprès du directeur du port autonome, mais il a reçu, en juin dernier, une réponse négative. Pas de précision sur la suite, et pas de garantie du maintien de l’établissement – et de sa trentaine d’employés – à partir de 2028. La Casa Bianca demande donc aux juges d’annuler cette décision, et d’enjoindre le port de renouveler la convention pour une période de 15 ans. Un « traitement identique » à la concurrence Pour justifier cette demande, le gérant et son avocat mettent en avant ce qu’ils considèrent comme une double injustice. Ils pointent d’abord que la Casa Bianca n’est pas le seul restaurant de la marina. À quelques pas, l’Instant présent, qui a récemment intégré le groupe Trinity, bénéficie d’après Me François Mestre d’une convention de 15 ans signée en 2016. Encore plus proche, le YellowFin a obtenu une autorisation d’occupation du domaine public de 18 ans en 2021. Certes la Casa Bianca n’en est pas à sa première convention avec le port. « Mais ça n’est pas la même chose que d’avoir une convention de 18 ans ou deux conventions sur la même période, où on a seulement 9 ans pour amortir les investissements », relève l’avocat. Le conseiller précise que les contrats signés par la concurrence prévoient, comme c’est souvent le cas des premières conventions, des remises graduelles sur la redevance d’occupation du domaine public pour permettre à l’établissement de se faire connaitre et d’équilibrer peu à peu ses comptes. La Casa Bianca n’a pas bénéficié de ces « avantages financiers » dans son contrat de 2016. « On peut appeler ça de la concurrence déloyale », lance l’avocat devant les juges, demandant « simplement un régime identique » à la concurrence pour son client. En attendant la DSP des marinas Patrick Bonduel estime en outre que le manque de visibilité dont souffre son restaurant est dû aux difficultés du Port autonome à trouver le « fermier » de ses marinas. Par deux fois, en 2023 et 2024, l’établissement public du Pays a lancé des appels publics à la concurrence pour la gestion de l’ensemble des marinas de la circonscription portuaire : Papeete, Uturoa, Vaiare et, bien sûr, la marina Taina. Deux procédures, et deux échecs, qui ont abouti, du côté de Punaauia, à deux renouvellements de l’actuel délégataire de service public, Marina Services, qui est donc officiellement aux manettes jusqu’au 31 décembre 2025. « Le port nous renvoie vers son fermier concernant notre convention, mais lui ne peut pas prendre des engagements sur 15 ans alors que sa mission s’arrête à la fin de l’année », reprend le gérant de la Casa Bianca. L’espoir pourrait venir d’un nouvel appel public à la concurrence annoncé par le port en début d’année dans les pages de Tahiti Infos. Du côté du tribunal administratif, c’est mal parti : le rapporteur public estime la juridiction incompétente pour obliger l’établissement public à modifier un contrat qui le lie à un privé. Et préconise donc aux juges de rejeter le recours. Ces derniers donneront leur décision le 18 mars.