ACTUS LOCALESJUSTICE Le parquet voit de la « maltraitance » mais pas « d’actes de cruauté » dans l’affaire Opape Alexandra Perrini 2026-03-06 06 Mar 2026 Alexandra Perrini L’ancienne propriétaire d’Opape, qui avait été filmée en train de battre son chien sur une plage de Paea en mai 2025, était jugée ce vendredi en correctionnelle. La jeune femme ne s’est pas présentée devant les juges, mais les quatre associations qui se sont constituées parties civiles étaient représentées. Et leurs avocats, dont un spécialiste du droit animalier dépêché de métropole, ont jugé « décevante » la position du parquet, qui a requis une amende de 50 000 francs pour « maltraitance », plutôt que de demander une condamnation pour « sévices graves et acte de cruauté ». « Banaliser ce genre d’actes, ce n’est pas rendre service à la cause animale », estiment-ils. Le délibéré sera rendu le 27 mars prochain. « C’est une affaire qui a soulevé beaucoup d’émotions », commence le président au tribunal correctionnel de Papeete. Ce vendredi, la jeune femme filmée en train de battre son chien sur la plage de Paea en mai 2025, devait répondre de ses actes face aux juges. La prévenu n’était toutefois ni présente, ni représentée. « C’est bien dommage », réagit Me Patrice Grillon, l’avocat métropolitain que trois des associations de protection des animaux a fait spécialement venir pour l’occasion. L’association métropolitaine Stéphane Lamart, le collectif local Dobhelp et la Société nationale pour la défense des animaux (SNDA) se sont toutes constituées parties civiles. De même que la SCAT, très active sur les réseaux sociaux et au cœur de la mobilisation dans cette affaire, représentée par Me Adrien Huguet. « C’est un aboiement de douleur« Le 10 mai 2025, une vidéo partagée sur les réseaux sociaux fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux polynésiens et s’exporte même jusqu’à la métropole. On y voit un chien, Opape, victime de violences de la part de sa propriétaire âgée de 22 ans au moment des faits et habitante de Paea. Les images montrent la jeune femme infligeant quatre coups de bâton et tirer l’animal dans l’eau. « On a le sentiment qu’elle avait pour objectif de noyer ce chien », réagit Me Grillon. La vidéo remonte rapidement jusqu’aux forces de l’ordre qui enquêtent alors afin d’identifier la propriétaire. Le jour-même, la présidente de l’association Dobhelp reconnait la mise en cause et les gendarmes se rendent à son domicile. Face aux militaires, « elle reconnaît avoir porté les coups, invoquant l’énervement et la fatigue », écrit l’association Stéphane Lamart dans un communiqué. « Toutefois, au regard des images, ces explications ne sauraient atténuer la gravité des faits », soutient-elle. Dans ses déclarations, la mise en cause a justifié son comportement en expliquant que le chien était désobéissant. « Elle voulait le punir du fait qu’il l’aurait suivi (à l’extérieur NDLR) sans son autorisation et ne voulait plus rentrer à la maison », indique le président. « Pourquoi tirer un animal dans l’eau alors qu’il doit rentrer à la maison ? », note de son côté Me Huguet, qui demande des dommages et intérêts à hauteur de 70 000 francs pour rembourser les coûts du vétérinaire que l’association SCA Tahiti a entièrement payés. « Les 4-5 coups de bâton avaient pour destination de lui faire du mal. C’est un aboiement de douleur », insiste Me Grillon, spécialiste en droit animal. Un chien « extrêmement paisible » La jeune femme avait aussi indiqué aux enquêteurs qu’elle avait « récupéré » Opape, qui appartenait alors à la sœur de son compagnon, car cette dernière « ne s’en occupait pas bien ». Il ressort des analyses du vétérinaire que le jeune chien, âgé de cinq ans aujourd’hui, est un « meneur » avec ses congénères mais pas avec les humains. « Il est extrêmement paisible » y compris avec la prévenue, poursuit le président qui décrit un animal sans « aucun signe d’agressivité ». De « type pitbull », il n’est toutefois pas catégorisé. Le magistrat souligne également qu’Opape n’avait aucun vaccin et qu’il n’était pas stérilisé. « C’est redondant en Polynésie, les gens prennent des animaux et n’assurent pas leur suivi sanitaire », déplore le président en faisant référence aux nombreux animaux qui effectivement, ne bénéficient pas toujours de ces soins à Tahiti. Les résultats de la vétérinaire indiquent également que le chien a reçu des « coups violents », mais qu’il n’a à ce jour, aucune séquelle neurologique et cicatrices visibles. Un fait que relève l’avocat de la partie civile en précisant que l’examen vétérinaire avait été effectué le 15 mai 2025, soit plus d’un mois après les faits. « Banaliser le genre d’actes qu’il y a eu sur Opape, ce n’est pas rendre service à la cause animale » Si le parquet avait un temps envisagé une qualification de « sévices graves ou acte de cruauté », c’est une condamnation pour « maltraitance animale » que demande le ministère public en séance. « J’ai une petite hésitation sur la qualification des faits », reconnait la procureure en séance, en précisant qu’elle n’avait toutefois pas vu la vidéo. Pour la magistrate, il n’y a « aucune trace de cruauté animale si ne c’est un manque de soins », explique-t-elle. « Je pense qu’on est plutôt sur de la maltraitance », poursuit-elle en ajoutant requérir une amende de 50 000 francs à l’encontre de la jeune femme. « Décevant » pour Me Patrice Grillon, qui rappelle que les actes de cruauté sont des délits – ça n’est quand même pas rien » – alors que la maltraitance animale relève d’une « petite contravention ». « J‘ai plaidé le fait que ce n’était pas de la maltraitance au sens juridique, mais vraiment un acte cruel. Parce que quand vous prenez un bois de purau et que vous tapez violemment sur un chien qui hurle à chaque fois qu’il prend des coups, on ne peut pas dire que c’est un petit inconfort d’un chien… non, non, reprend l’avocat, c’est un chien qui est battu, qui a été battu. Et c’est bien un délit de cruauté de sévices graves sur un animal. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/AVOCAT-OPAPE.wav « Je voudrais rappeler que banaliser le genre d’actes qu’il y a eu sur Opape, ce n’est pas rendre service à la cause animale. Parce que, comme a dit très justement notre avocat parisien, ce n’est pas simplement de la maltraitance, réagit Sylvia, la présidente de Dobhelp Tahiti. Parce que cette personne, elle a même eu le culot de ne pas être présente. Ça veut dire bien qu’elle se sent bien coupable des faits », poursuit-elle en expliquant avoir « des témoignages » indiquant que la jeune femme, « se permet de continuer, parce qu’elle a une femelle chez elle, une chienne. Elle se permet de continuer encore à la battre ». « J’espère que la justice ne va plus banaliser, comme avant, les faits de violence sur des êtres sensibles, reprend la militante associative. Les animaux, les enfants… il faut que la Polynésie et que nos gens au tribunal, nos magistrats, considèrent que des coups sur un animal, c’est cruel. Et ce n’est pas simplement de la maltraitance. » Dans cette affaire, Me Grillon demande l’interdiction de détenir des animaux à vie pour la prévenue et pour chacune des associations qu’il représente, la somme de 240 000 francs en préjudice moral et 120 000 francs de « préjudice animalier ». À noter que Opape, a retrouvé dès l’année dernière un ancien propriétaire, auprès de qui il est bien traité d’après les associations locales. Le délibéré du tribunal correctionnel sera rendu le 27 mars prochain.