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Le Port intervient sur le Raymi pour le sauver d’un naufrage à quai

Le chalutier espagnol intercepté au large des Australes avant Noël avec plus de 500 kilos de cocaïne à bord, menaçait depuis de longs mois de couler sur le quai du Port autonome où il était amarré. Le navire n’ayant pas été saisi par la justice, et le propriétaire étant aux abonnés absents, les regards se tournaient alors vers les services de l’État. Mais après de longues tergiversations, le Port autonome a pris les choses en main lui-même : les cales du chalutier ont été nettoyées des effluents qui le faisait gîter et des restes de poissons qui pourrissaient depuis des mois. Une procédure de déchéance de propriété pourrait être lancée.

Voilà des mois qu’il provoque des discussions inquiètes sur les quais. Le Raymi était arrivé au port de Papeete le 26 décembre dernier, trois jours après avoir été intercepté au large des Australes par les forces armées. Les informations de l’Ofast – l’office de lutte anti-stupéfiants – et des autorités australiennes étaient justes : 544 kilos de cocaïne avaient été retrouvés à bord. Quelques jours plus tard, les 14 membres d’équipage, Équatoriens et Colombiens, avaient été mis en examen et placés en détention provisoire, où ils sont toujours en l’attente de leur procès.

Mais le chalutier, lui, n’a jamais été officiellement saisi. Une décision prise par les magistrats de Papeete sur recommandation de l’office national spécialisé dans ce genre de procédures : le navire de près de 30 ans, en mauvais état et à la valeur incertaine, et qui ne présente pas d’intérêt en termes de preuve pour un futur procès, n’a rien de stratégique pour la justice. Mais alors qui a la responsabilité du Raymi ? La question se posait depuis lors, et comme l’avait souligné Polynésie la 1ère courant mars, elle se posait d’autant plus urgemment que le Raymi gitait sévèrement par tribord. Du Port autonome pas vraiment réjoui à l’idée d’avoir un nouveau Corsaire sur les bras, à la Diren, consciente que le chalutier n’a pas été dépollué, on a plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme auprès de l’État ces derniers mois : le bateau au pavillon espagnol risque de couler à quai.

Propriétaire absent, État indécis, et « action d’office » du port autonome

Le Haut-commissariat, a dans un premier temps recommandé au port de mettre en demeure le propriétaire de venir récupérer son navire. Ce qui a été fait. Sans surprise, après une saisie de cocaïne à bord, et alors que 14 marins sont derrière les barreaux, l’armateur n’a pas réagi. Des missions de « surveillance » ont aussi eu lieu, par deux fois, « mobilisant notamment l’expertise des marins-pompiers de la Base navale de Papeete » sur la sécurisation du chalutier, et un devis avait été réalisé par une société compétente en matière de dépollution, la TSP. Mais le cas du Raymi ne rentre dans aucune case, et les services de l’État n’ont jamais lancé l’opération : depuis plusieurs semaines, le devis est transmis de service en service, atterrissant momentanément sur le bureau de l’armée, sans trouver un budget assez souple pour accueillir la note. « C’est quelques millions de francs, c’est urgent et ça bloque sur de l’administratif », s’agaçait-on la semaine dernière encore du côté du Pays.

Devant ces tergiversations, c’est finalement le Port autonome qui est passé à l’action. La semaine dernière, l’établissement public du Pays a fait revenir l’équipe de la TSP qui a lancé la dépollution des cales. Une opération sensible, réalisée avec des masques à oxygène et des combinaisons : de grandes quantités de restes de poissons ont pourri à l’intérieur du chalutier de 31 mètres, et se sont mélangées à des eaux de cales, de pluies ou de glace fondue, qui, en se massant d’un côté, faisait dangereusement gîter la structure. « Cette action a été menée en deux temps grâce à l’intervention d’un prestataire privé, d’abord à son emplacement près du bâtiment des Douanes, puis dans le périmètre du Terminal des conteneurs, après avoir été accompagné par un des remorqueurs du Port autonome, précise le Haut-commissariat, qui se félicite de cette « action d’office », et qui recevra probablement la note de l’intervention plus tard. L’état du navire ne présente aujourd’hui pas d’inquiétude ».

Quant au propriétaire, il est toujours aux abonnés absents. Son absence de réaction aux mises en demeure ouvre la possibilité d’une action en déchéance de propriété, qui reste à être lancée. Ce n’est qu’ensuite que les autorités pourront disposer du bateau, et pourquoi pas le remettre en état pour le mettre en vente localement. Une procédure au long cours : comme le relève Polynésie la 1ère, il avait fallu deux ans entre la saisie et la mise aux enchères d’un voilier skippé par un Suédois sur lequel avaient été retrouvés 423 kilos de cocaïne.

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