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Les « missionnaires » américains qui ne voulaient pas rentrer chez eux

Un jeune couple d’Américains un peu mystiques, resté au fenua au-delà de la durée de leur visa touristique, contestait la décision du haut-commissaire qui les obligeait à quitter le territoire. Le tribunal administratif rendra sa décision le 13 mai prochain.

Arrivés en octobre 2024, Shannon et Peter avaient un billet retour pour les États-Unis et 300 dollars en poche. Mais à l’issue des trois mois de séjour que permet une admission sans visa sur le territoire français, ils ne sont pas repartis. Rattrapés par la patrouille parce qu’ils dormaient souvent sur la voie publique, ils sont depuis le 25 février dernier sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, ce qu’ils auraient du faire dans les 30 jours suivants par leurs propres moyens. Ce mardi ils contestaient cette décision devant le tribunal administratif, sans l’assistance d’un avocat.

« Je suis venue pour suivre le chemin de mes ancêtres », a déclaré la jeune femme qui a expliqué que sa mère lui parlait, dans son enfance, de son ascendance polynésienne, qui aurait été confirmée depuis par un test ADN. Avec son compagnon Peter, ils sont venus grâce au petit héritage laissé par sa mère, ils dorment « dans les parcs » ou « sur les sites sacrés sur lesquels [sa grand-mère] avait posé ses pieds. » « Je ne suis pas une criminelle, mais ma passion me pousse à être avec ma famille », a déclaré la jeune femme. Ils assurent qu’aujourd’hui des membres de cette famille qu’ils disent avoir retrouvée les laissent camper dans une cabane sur un de leurs terrains, mais aucun de ces hypothétiques fetii n’était là pour les soutenir ou produire une attestation en leur faveur.

Ils se présentent comme des « missionnaires » d’une église qui ne semble exister dans leur esprit – ce serait d’ailleurs la raison de leur brouille avec leur famille américaine – et ils disent n’avoir nulle part où aller aux États-Unis. Mais ils « sentent » qu’ils doivent rester au fenua, qu’ils sont certains que « Dieu pourvoiera » à leurs besoins, et évoquent même une demande d’asile. La représentante du Haut-commissariat a de nouveau expliqué  ce qui leur a déjà été dit : que la loi exige qu’ils repartent à l’issue d’un premier séjour de trois mois et, s’ils souhaitent s’établir ici, qu’ils demandent un visa de long séjour à l’un des consulats français aux États-Unis. Elle a également rappelé que les demandes d’asile exigeaient de prouver que leur vie, leur sécurité ou leur liberté sont menacées dans leur propre pays, même s’ils disent ne pas être partisans de Donald Trump.

Le rapporteur public, comme l’y autorise le code de justice administrative dans certains cas, comme l’éloignement des étrangers, n’a rendu aucune conclusion. Il est plus que probable que le 13 mai prochain, le tribunal rejette leur requête. Mais ils n’en démordent pas : la police et les juges ne comprennent pas leur cas spécifique et leurs arguments, valides à leurs yeux, sont « lost in translation ».

 

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