ACTUS LOCALESPOLITIQUESOCIAL Pourquoi les entrepreneurs « se sentent attaqués » par l’exécutif Charlie Réné 2025-01-27 27 Jan 2025 Charlie Réné ©CP/Radio1 En réponse aux vœux plutôt optimistes de Moetai Brotherson aux partenaires sociaux, ce lundi, Steeve Hamblin a fait lui le constat d’une inquiétude, voire d’un agacement des chefs d’entreprises. Le président du Medef estime que le président « minimise l’effort » des patrons, dans ses réformes, comme le coup de rabot sur la défiscalisation, et dans ses « éléments de langages », par exemple à propos de la « grève des Porsches ». Appelé à valoriser, dans les discours ou dans la loi, « ceux qui mouillent leur chemise », Moetai Brotherson, qui s’était plus tôt affirmé comme un « homme de gauche », « fan du syndicalisme », a aussi assuré de son « admiration » pour les entrepreneurs. Après l’administration vendredi et avant la presse en fin de semaine, c’était aux partenaires sociaux que Moetai Brotherson a officiellement présenté ses vœux ce lundi. Un exercice protocolaire, souvent cordial, qui s’est tenu devant une salle clairsemée cette année. Sur les 48 organisations invitées, seules 26 ont fait le déplacement, quelques autres ayant fait excuser leur absence. C’est le cas notamment de la Fraap, qui menace toujours de partir en grève à propos de la revalorisation des catégories B, mais qui n’a eu « aucun contact » depuis une semaine avec le gouvernement. Aucun mot sur ce conflit latent du président « homme de gauche » et « grand fan du syndicalisme », comme il le précise. Le chef du gouvernement, dont le discours improvisé est allé d’Elon Musk à la santé des récifs, en a surtout profité pour inviter les convives au dialogue sur les grandes réformes à venir, de la PSG – qui fait déjà « grincer des dents » sur le RNS – à la fiscalité, en passant par le toilettage du Code du travail et la lutte contre le « salariat déguisé ». « Beaucoup d’entrepreneurs échouent, il faut les encourager » Mais aux constats plutôt optimistes du président – « tout n’est pas rose », mais 2024 a été une année « réussie » sur le plan de l’économie – s’est opposée une remarque de Steve Hamblin. Le président du Medef a fait le constat d’une « inquiétude », si ce n’est un agacement, des chefs d’entreprise du fenua, qui sentent « chahutés », voire « ciblés » depuis l’année dernière. « On a le sentiment d’avoir été attaqués dans plusieurs domaines : l’hôtellerie, les concessionnaires, les matériaux de construction, les commerces aujourd’hui… Et puis on a des déclarations qui semblent minimiser l’effort que font les entrepreneurs, explique le chef de file patronal. J’ai demandé au président qu’il valorise la prise de risque de chaque entrepreneur. Tout le monde ne réussit pas, beaucoup d’entrepreneurs échouent, il faut les encourager. Et j’attend donc que le président soit plus encourageant pour tous ceux qui mouillent leur chemise et parfois vendent tout pour lancer leur entreprise ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/01/STEVE-HAMBLIN-1.wav Ce que reproche le Medef au chef de l’exécutif, ce sont des « signaux négatifs », dans les actes autant que des discours. Steeve Hamblin, qui a, depuis son élection en mars dernier, adopté une posture plus en retrait du débat que son prédécesseur Frédéric Dock, cite sans surprise le coup de rabot sur la défiscalisation de la fin 2023, qui aurait fait renoncer certains groupes hôteliers à leurs projets. Il souligne que les péripéties juridiques de la loi fiscale votée dans la foulée – auxquelles le Medef n’est pas complètement étranger – ont « mis en difficulté » les concessionnaires automobiles ou les importateurs de matériaux. Le président du Medef aurait pu citer le texte sur le RNS, qui a fait réagir beaucoup d’adhérents du mouvement, et même des fédérations entières, mais c’est la CPME de Christophe Plée qui porte la fronde dans le dossier. Steeve Hamblin a préféré interpeller sur la réforme annoncée des PPN et de l’encadrement des prix qui « vont avoir un impact » sur les « marges du commerce ». Président de gauche, ministre de droite Côté discours, aucun exemple n’est cité. Mais la sortie du président à propos d’une possible mobilisations des entrepreneurs – à l’initiative de la CPME – est dans toutes les têtes. « Ce sera la grève des Porsche, ça nous changera » avait dit Moetai Brotherson dans les pages de Tahiti Infos. « Ces déclarations peuvent diviser la population, et accentuer le regard qu’on peut avoir sur celui qui réussit, reprend l’ancien ministre, aujourd’hui patron, entre autres, de la Business Maker Academy. Celui qui a réussi, c’est celui qui a pris le plus de risquse. Est-ce qu’on veut une économie qui punisse le risque ou qui au contraire vient valoriser la prise de risque. Les économies dynamiques, ce sont celles là. Et puis au travers des dispositifs de loi fiscale et autres, là encore, qu’on ait pas une politique qui vise à équilibrer les comptes, mais qu’on ait une vraie politique économique qui vise à favoriser l’emploi ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/01/STEVE-HAMBLIN-2.wav Bref, les chefs d’entreprise « ont besoin de se sentir soutenus » et demandent un changement de ton et de « logiciel ». En plus des revendications classiques des organisations patronales : lancer des grands travaux pour remplir les carnets de commandes – « dans le logement en particulier » – baisser les charges sociales pour « permettre aux entrepreneurs d’embaucher », alléger de façon générale « le poids fiscal sur les entrepreneurs »… Autant de sujets qui ne sont pas directement adressés par Moetai Brotherson dans sa réponse. Le président a assuré n’avoir « aucune déconsidération » et même de « l’admiration » pour ceux qui ont « le courage d’entreprendre », a rappelé sa première vie dans le privé avant son saut en politique… Quant aux Porsches, « si ma boutade a blessé les entrepreneurs je leur présente mes plus plates excuses », dit le président, qui parle d’une « réponse ciblée sur une personne ». Christophe Plée appréciera. Quant aux réformes demandées, « l’homme de gauche » rappelle avoir choisi un ministre de l’Économie et des Finances « qui lui, est de droite ». « À nous deux, je crois qu’on s’équilibre, on se soigne mutuellement, sourit-il. Et on essaie à chaque fois de trouver les bons dispositifs ».