ACTUS LOCALESPOLITIQUE Lutte contre l’ice : 250 millions d’aides d’État à l’avenir incertain Charlie Réné 2025-11-11 11 Nov 2025 Charlie Réné Un amendement déposé par Mereana Reid-Arbelot et cosigné par Nicole Sanquer a été adopté par la commission des Finances de l’Assemblée nationale pour flécher 2,09 millions d’euros vers la lutte contre l’ice en Polynésie. Soit la même somme qui avait été inscrite en mars dernier dans le budget du Pays. Renforcement de l’Ofast, soutien à un centre de désintoxication… La destination précise de cette somme reste à définir mais surtout son maintien dans la loi de Finances, dans un débat budgétaire très tendu à Paris, est loin d’être garanti. « Un petit pas en commission, mais un grand espoir pour nos territoires », écrit Mereana Reid Arbelot, qui s’est félicitée, ce mardi de l’adoption par la commission des Finances de l’Assemblée nationale, de trois des nombreux amendements qu’elle a déposé dans le cadre de l’étude du projet de loi de finances 2026 de l’État. Trois amendements « en faveur de la Polynésie et des territoires d’outre-mer », précise la députée qui met en avant la revalorisation des crédits – cinq millions d’euros, soit environ 600 millions de francs – pour consolider les enseignements dans l’ensemble des Maisons familiales rurales (MFR) ultramarines. Ou encore la création d’un fonds, abondé lui aussi de cinq millions d’euros, dédié au développement de l’alternance dans les collectivités du Pacifique, et qui pourrait profiter au dispositif de contrats d’apprentissage déjà existant en Polynésie. Répression plus stricte, renforcement de l’Ofast et centre de désintoxication Mais c’est surtout le fléchage de moyens de l’État vers la lutte contre l’ice au fenua qui devrait retenir l’attention. Cosigné par Nicole Sanquer, l’amendement dresse, dans son exposé, un tableau rapide du « phénomène d’ampleur » de la métamphétamine au fenua, parlant de 30 000 consommateurs – soit « 7 millions de personnes » en ramenant les chiffres à la population française -, de dealers qui offrent « la première bouffée gratuite à la sortie des collèges et des lycées » pour « créer des addictions précoces »... « La lutte contre l’ice doit passer par la mise en place d’une répression plus stricte des trafiquants, notamment par le renforcement des moyens de l’Ofast, le durcissement des peines mais aussi la création d’un centre de désintoxication, précise dans le texte, cosigné par une vingtaine d’autres députés, pour la plupart issus du groupe GDR, mais aussi d’élus ultramarins des groupes socialistes, Liot, France Insoumises, et Ensemble pour la République. Autant de moyens d’actions qui nécessitent des moyens financiers à la hauteur de l’urgence ». Les parlementaires ne pouvant créer de nouvelles dépenses, l’amendement propose de retirer 2,09 millions d’euros au programme national de prévention, sécurité sanitaire et offre de soin pour les affecter à un « nouveau fond de lutte contre l’ice en Polynésie française ». La somme n’est pas choisie au hasard : elle correspond aux 250 millions de francs débloqués par le Pays lors du collectif budgétaire de mars 2025. Des fonds qui d’après les associations spécialisées n’ont pas été entièrement consommés, ce qui n’empêche pas le gouvernement d’annoncer 400 millions de francs supplémentaires pour le budget 2026. Débats et calendrier tendus Mereana Reid-Arbelot ne le cache pas : « Rien n’est encore acquis » et il ne s’agit là que d’un « premier pas ». Les amendements adoptés en commissions – notamment en commission des Finances, présidée par l’opposition – sont régulièrement détricotés avant l’adoption définitive du texte. Et ce projet de loi de finances 2026, tendu par le calendrier et la situation politique après la censure du gouvernement Bayrou et la chaotique nomination du gouvernement de Sébastien Lecornu, promet d’être très débattu. Les séances plénières de l’Assemblée nationale se concentrent pour l’instant sur le très discuté budget de la Sécurité sociale – l’avenir de la réforme des retraites doit notamment être étudiée ce mercredi – et sur la partie « recettes » du PLF. Si ce premier bloc de la loi de Finances était rejeté, d’ici le début de semaine prochaine, c’est le Sénat qui reprendrait la main sur le texte et les amendements de la partie « dépenses » – qui continue à être étudié en commission, avec notamment la mission outre-mer au programme de ce mercredi – seraient remis en cause. Certains craignent déjà, en cas de rejet des propositions du gouvernement, le vote, comme fin 2024, d’une loi de finance spéciale qui ferait office de budget pour l’État. Ou, en cas de débats trop longs, l’application du projet de PLF – sans les amendements adoptés par les parlementaires – par ordonnance. La semaine dernière, le Premier ministre Sébastien Lecornu assurait n’envisager ni l’une ni l’autre de ces options. D’autres amendements en jeu, d’autres initiatives en cours D’autres amendements adoptés en commission sont en jeu, notamment celui qui avait été défendu par Moerani Frebault, pour supprimer les coups de rabots sur la défiscalisation nationale. Concernant le renforcement du soutien de l’État à la lutte contre l’ice, les parlementaires ne misent pas tout sur le PLF. Nicole Sanquer a aussi lancé le mouvement directement du côté de l’exécutif, en demandant au ministre de la Justice Gérald Darmanin l’utilisation des fonds issus des saisies judiciaires polynésiennes dans l’effort anti-drogue local. Les réponses apportées par le Garde des Sceaux la semaine dernière ont été jugées « encourageantes », et la députée autonomiste a demandé une rencontre place Vendôme pour presser la concrétisation des mécanismes évoqués par le ministre.