ACTUS LOCALESPOLITIQUE Raihei Ansquer, ministre de la Santé : « Les leviers existent pour renforcer la prévention » Charlie Réné 2026-05-11 11 Mai 2026 Charlie Réné Le Dr Raihei Ansquer, médecin urgentiste originaire de Tubuai et depuis un peu plus d’un an conseillère technique de Cédric Mercadal, a été nommée pour prendre sa suite en tant que ministre de la Santé. Établissements publics hospitaliers, centre de coordination de santé numérique des îles, nouveau schéma d’organisation sanitaire, qu’elle a elle-même préparé… Il s’agit avant tout pour elle de mettre en œuvre les projets déjà lancés. Quant à la réforme du RNS, la nouvelle ministre parle d’un texte « courageux » et dont elle « rejoint les valeurs »… Mais elle tend d’ores et déjà la main aux élus de l’assemblée qui devrait voter son abrogation, pour construire « collectivement » une réforme qui ferait l’unanimité. Lire aussi : Le gouvernement consent au report de la réforme du RNS, Tarahoi préfère l’abrogation La nouvelle ministre, qui a choisi de se présenter d’abord en reo Tahiti, dit « bien mesurer » la tâche qui lui est confiée, ainsi que « les attentes fortes » qui concernent la santé. Est-elle prête à faire face aux débats sociaux et politiques, particulièrement rudes dans le secteur, qui plus est en ces temps d’instabilité politique ? « On est jamais vraiment préparé » pour un poste ministériel, explique celle qui était « encore médecin de terrain voilà un an et demi » et qui ne se voyait alors « pas du tout faire ça ». « Mais il y a beaucoup de travail qui a été fait au sein du dernier ministère, dont j’ai fait partie, avec M. Mercadal, il y a énormément de travaux structurants qui vont faire, je pense, du bien à la population et la santé de la population, et ce sont des travaux que j’avais à cœur de terminer durant les prochaines années. La nouvelle ministre dit vouloir avant tout « mettre en oeuvre ce qui a été voté », dont la réforme du statut des des établissements publics de santé. Mettre en œuvre aussi le schéma d’organisation sanitaire 2026 – 2031, dont elle a été une des principales ouvrières au sein du ministère, et qui est en cours d’étude à l’assemblée. Le texte avait fait l’objet, en décembre dernier, d’un avis défavorable du Cesec, qui parlait d’un schéma « non abouti » et pas assez précis, regrettant notamment l’absence de calendrier d’application, de priorisation de certains objectifs, de budget par mission et de source de financements, comme le manque d’outil d’évaluation et de coordination de son application. Des reproches qui ont été entendues, assure Raihei Ansquer, qui avait elle-même défendu le texte au Cesec, et qui a fait de même en commission Santé de l’assemblée il y a quelques jours. « Le Cesec a eu une synthèse, et seulement une partie de ce qu’il contenait. On était en travaux sur des chiffrages, un calendrier, et nous avons pu intégrer tout ça au niveau du schéma final », explique la ministre qui se confiante sur l’étude du projet en plénière à Tarahoi. Le projet a pourtant déjà fait hausser des sourcils en commission. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/SANTE-RAIHEI-schema.wav « Il faut donner du temps aux soignants pour la prévention » Raihei Ansquer s’inscrit plus généralement dans la continuité de son prédécesseur, très critiqué au sein de l’assemblée, mais dont elle a tenu à saluer l’action à plusieurs reprises ce lundi matin. Ses priorités sont d’ailleurs les mêmes : les maladies chroniques, les cancers, la santé mentale… Et le développement de la prévention, un discours qui, s’il a été développé par tous les élus, ministres et autres responsables sanitaires ces dernières décennies, peine à trouver une traduction concrète sur le terrain, en tout cas une traduction à hauteur des enjeux sanitaires du fenua. Car les soignants et les fonds sont déjà accaparés par le curatif, note la médecin urgentiste. « L’explosion des maladies est demandeuse de soins. Il faudrait donner du temps aux soignants pour la prévention, et pour ça il y a beaucoup de leviers, estime-t-elle. On voit qu’en France, on a donné une majoration aux soignants qui font de la prévention. Il faudra également pouvoir s’aider du numérique, et là dessus, nous comptons sur un déploiement dans les deux prochaines années de nouveaux outils… Et puis nous avons ce schéma qui doit être validé, on l’espère, et qui doit nous permettre d’avoir un visuel et un rétroplanning pour mettre en place les actions ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/SANTE-RAIHEI-1-prevention.wav Parmi les « nouveaux outils » numérique, la ministre évoque le centre de coordination de santé numérique des îles, qui doit ouvrir au sein de la Rotonde « je l’espère dans l’année ou en début d’année prochaine » et remplacer le dispensaire Tuamotu – Gambier. Raihei Ansquer évoque aussi le dossier médical numérique… Mais pas le dossier médical partagé, pourtant attendu depuis de longues années en Polynésie, mais qui sera « un autre challenge ». « Main tendue » sur la réforme du RNS La nouvelle ministre reste, comme son prédécesseur, en charge de la Protection sociale généralisée. Et continue à ce titre de porter la réforme du RNS, votée en septembre dernier, au coeur du débat ces derniers mois, et qui devrait, malgré les avertissements et proposition de report du gouvernement, être abrogé le 21 mai. Pas question pour Raihei Ansquer de faire demi-tour sur le sujet : « C’est une réforme que je juge courageuse », « positive pour les petits entrepreneurs, entre autres », et dont elle « rejoint les valeurs de solidarité et d’équité ». Mais « l’assemblée est souveraine dans sa décision d’abroger cette loi », précise-t-elle. La médecin se dit donc ouverte au dialogue sur la suite, puisque « tout le monde s’accorde à dire que la PSG doit être réformée ». « Quelles que soient les visions et les clivages actuels, tout le monde essaie de travailler pour le bien de la population, précise-t-elle. Bien sûr que la main est tendue (aux élus de l’assemblée, qui disent vouloir travailler eux-mêmes sur un texte, ndr), toutes les expertises sont bonnes pour construire une réforme sur ce sujet important. Je pense que collectivement on pourra proposer un texte de qualité ». Cédric Mercadal : « Le portefeuille est exigeant, mais elle aura ma totale disponibilité pour la transition » Si le ministre sortant n’a pas souhaité développer davantage les raisons de son départ, présentées comme « personnelles et familiales » par le président du Pays, il a adressé, en réponse à nos sollicitations, toutes ses « félicitations » et « tous ses vœux de réussite » à sa successeur et ancienne collaboratrice. « Le portefeuille est exigeant, les dossiers nombreux, mais elle aura ma totale disponibilité pour la transition ». L’ancien ministre, nommé en 2023, qualifie ses trois années de mandat de « privilège », et estime que son travail a été dans le sens « de la santé et de la protection sociale des Polynésiens ». « La PSG a retrouvé quatre années d’excédents, la réserve retraite est consolidée, les retraités ont perçu une prime puis une revalorisation de leurs pensions, liste-t-il. Du côté des familles et de la jeunesse, les prestations familiales ont été revalorisées, la cantine scolaire à 200 francs est devenue une réalité, et les Arata’i Ora s’apprêtent à accueillir leur première promotion de volontaires en juin. En cancérologie, le TEP scan est désormais opérationnel, le laboratoire d’anatomopathologie a été inauguré, les nouveaux appareils de radiothérapie ont été déployés, le mammographe des Marquises Sud rapproche le dépistage des îles, le traitement du HPV est accessible, et la chimiothérapie est ouverte en clinique comme sur les sites délocalisés depuis 2023. Le Pôle de Santé Mentale Te Ama Iho a ouvert ses portes, l’école d’infirmières Mathilde Frébault forme la relève soignante du fenua. Seize lois du pays ont été adoptées. Ce sont des avancées collectives qui doivent maintenant être poursuivies et amplifiées ».