ACTUS LOCALESJUSTICE

Sextape, drogue et racolage

Une jeune femme d’une trentaine d’années a été condamnée, jeudi en comparution immédiate, à trois ans de prison dont un an de sursis pour avoir exercé du chantage à la sextape, des violences et du harcèlement envers son concubin sexagénaire.

Vaihere* et Gérard* ne forment pas un couple comme les autres. D’abord à cause de leur différence d’âge : elle a trente ans, il en a le double, et dans le couple c’est elle qui a la main lourde. Cela fait quatre ans qu’ils se fréquentent et ils ont eu récemment un enfant. Les disputes et les coups sont monnaie courante dans le ménage. Gérard encaisse tant bien que mal, se rebiffant parfois, mais la plupart du temps il subit. Dernièrement, il craque. Au cours d’une énième dispute, elle lui donne un coup de sac à main à la figure. Le problème ce n’est pas tant le sac mais la bouteille en verre qu’il contenait.  Gérard se retrouve le visage ensanglanté. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il se rend à la gendarmerie pour déposer plainte.

À la gendarmerie, alors qu’il expose les motifs de sa venue, son vini n’arrête pas de vibrer. C’est Vaihere qui lui envoie des messages, le menaçant de publier des vidéos de leurs ébats s’il ne regagnait pas leur domicile immédiatement. Tardant à lui répondre vu qu’il était occupé avec les gendarmes, ceux-ci assistent avec stupéfaction à la diffusion des sextapes du couple sur le smartphone de Gérard. Vaihere a mis ses menaces à exécution et envoyé à tous les contacts du couple leurs vidéos d’art et d’essai.

« Quand je ramène de l’ice à la maison, il le jette dans les toilettes »

« C’est ma façon de faire, le seul truc que j’ai trouvé » explique-t-elle à la barre, se dandinant comme une gamine effrontée, devant le juge visiblement agaçé. Quant à ses explications sur son comportement et les violences qu’elle inflige régulièrement à Gérard, elle déballe tout. « Quand je ramène de l’ice à la maison, il le jette dans les toilettes et je sais qu’il a une maîtresse. D’ailleurs je l’ai eu au téléphone, celle-là, et je lui ai dit, tu l’as la journée mais je veux le récupérer le soir. » Le juge l’interroge alors sur sa consommation d’ice. Elle reconnaît sans problème en prendre, « mais j’arrête quand je veux ».  Sans qu’on le lui demande, déclare en vendre environ 2 grammes par mois.

Le juge note que sur son téléphone, outre les sextapes, on trouve pas mal de messages sans équivoque. « Vous vous livrez à la prostitution ? » l’interroge le magistrat. « Moi je ne dirais pas ça comme cela, je dirais que je m’éclate, mais parfois cela m’arrive. J’ai environ 20 rapports par semaine » avoue-t-elle avec un grand sourire, « après si mon mec ne revient pas à la maison, voilà quoi ! »

« C’est quelqu’un de bien à la base, monsieur le juge »

Gérard s’avance à la barre. Il fait largement plus que son âge. Être à la colle avec une jeunette comme Vaihere, visiblement, ça use. Mais il est amoureux, alors tout va bien. « C’est quelqu’un de bien à la base, monsieur le juge, c’est l’ice qui la rend comme cela. On avait tout pour être bien ensemble, mais à chaque fois elle retombe dedans. » S’il reconnaît éprouver encore de l’amour pour elle, il avoue toutefois ne pas avoir pour l’instant l’intention de se remettre en couple.

Le procureur prend la parole et énumère les condamnations consignées sur le casier judiciaire de la jeune femme : « Violences conjugales, violence envers personnes dépositaires de l’autorité, conduite sans permis et sous stupéfiants, délit de fuite (elle ne s’était pas arrêtée à un contrôle de la gendarmerie car elle transportait une personne recherchée pour trafic d’ice), la victime lui sert de défouloir quand elle n’a pas d’ice… » Il réclame une peine de 24 mois de prison dont 10 de sursis.

Pour la défense, « la relation de ce couple est polluée par l’ice. Si elle agit comme cela ce n’est pas par stupidité, c’est juste l’ice. Et pour arrêter l’ice, il faut de l’aide. » Il demande l’indulgence du tribunal. Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Vaihere à trois ans de prison dont un an de sursis avec obligation de soins, le retrait de l’exercice de l’autorité parentale et son maintien en détention.

*Prénoms d’emprunt

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