ACTUS LOCALESÉCONOMIE Un tifaifai revient au pays… et paye 129% de taxes Caroline Perdrix 2025-04-13 13 Avr 2025 Caroline Perdrix ©Tahiti Tourisme Il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de faire revenir en Polynésie un souvenir de famille, même si c’est un produit de l’artisanat local. Un résident de Tahiti en a fait les frais, en devant payer le plus fort taux de TDL en vigueur sur un tifaifai familial réalisé à Rurutu il y a plusieurs années. Résultat : 17 511 francs de taxes, soit 129% de sa valeur déclarée. C’est la mésaventure un peu ubuesque qu’a vécue un résident polynésien, dont le père retraité en métropole est récemment décédé. La maison paternelle vendue, son fils a voulu ramener quelques objets en souvenir, dont un tifaifai de Rurutu que le père avait reçu en cadeau il y a de longues années. L’exonération totale de droits d’importation pour les marchandises reçues dans le cadre d’un héritage a été supprimée en 2022. Elles sont donc soumises au régime commun, sur la base de la valeur déclarée par le particulier qui les importe. La famille, qui a également vu des tiki en bois lourdement taxés, a bien tenté de plaider sa cause auprès de la douane, attestations à l’appui, en demandant que soit prise en compte l’origine polynésienne des objets artisanaux, leur état « d’occasion » et le fait qu’ils ne soient pas destinés à la vente. En vain. Dans les documents douaniers, la « valeur transactionnelle » CAF (fret et assurance compris) du tifaifai, qui sert de base au calcul, est fixée à 13 584 francs. La calculette douanière se met en marche : droits de douane à 1 785 francs, droit de péage pour le Port autonome à 169 francs, taxe informatique de la douane à 85 francs, taxe pour l’environnement, l’agriculture et la pêche à 271 francs, taxe statistique à 50 francs, TVA à 2 585 francs et enfin le bouquet final, la taxe de développement local (TDL) à 82%, le plus fort taux en vigueur, soit 12 586 francs. Au final, le rapatriement de ce tifaifai aura donc coûté, outre l’expédition proprement dite, 17 511 francs, soit 129% de sa valeur déclarée. Et c’est ainsi que le développement local passe par la taxation d’objets… polynésiens.