ACTUS LOCALESJUSTICE Une adolescente mutilée suite à une balade en jet ski à Moorea Pascal Bastianaggi 2025-05-20 20 Mai 2025 Pascal Bastianaggi Comment une simple virée en jet ski a pu se terminer d’une manière aussi dramatique ? C’était la question posée au tribunal de Papeete, qui étudiait ce mardi le cas d’une jeune fille de 17 ans, mutilée par la turbine de l’engin de 250 chevaux, à l’arrière duquel elle était installée. Sa chute, en 2022, lui a valu neuf opérations et des conséquences irréversibles. Ce mardi, les juges ont condamné le conducteur du jet ski à une peine 18 mois avec sursis. Ce 4 janvier 2022 avait commencé de manière festive. Manava, jeune fille de 17 ans était invitée à un anniversaire à Moorea. L’occasion pour elle de faire des rencontres, dont Donald et son épouse, tous deux invités à la fête. L’homme de 53 ans s’est occupé du barbecue et il se détend dans l’eau en compagnie de Manava et d’une autre jeune fille, sa nièce. Manava aperçoit le jet ski avec lequel Donald est arrivé et lui demande s’il ne va pas faire un tour avec. Il est d’accord et embarque alors les deux jeunes filles en demandant à Manava, la plus grande, de s’asseoir au milieu du jet ski afin qu’il soit équilibré. Elle refuse, préférant s’asseoir derrière. Neuf opérations et des dégâts irréversibles Seul Donald possède un gilet, sa nièce derrière lui s’accroche aux poignées du gilet et dis à Manava de s’accrocher à elle. Le quinquagénaire démarre et file tranquillement sur l’eau, quand il dit aux jeunes filles de s’accrocher car il va accélérer. Il s’exécute et les 250 chevaux du jet ski délivrent toute leur puissance. Mais Manava chute en arrière, jambes écartées au niveau de la turbine qui envoie une pression de 450 kilos par centimètre carré sur ses parties intimes. L’eau se teinte de rouge autour d’elle. Donald fait demi-tour et récupère la jeune fille visiblement mal en point. Il la porte jusqu’à un bateau où elle perd connaissance. L’ambulance arrive et emmène Manava toujours sans connaissance. Arrivée à l’hôpital de ‘Afareaitu elle tombe dans le coma et son pronostic vital est engagé. Les dégâts sont considérables. L’eau propulsée par la turbine a pénétré son vagin, son rectum, et a tout détruit. Elle subit neuf opérations. Sa vie de femme à peine commencée est terminée. Elle ne pourra pas avoir d’enfant et devra vivre toute sa vie avec une sonde et une poche de colostomie « C’est vous le capitaine, vous auriez du voir si elle s’était agrippée » À la barre Donald estime ne pas avoir à endosser de responsabilité dans ce terrible accident. Il maintient avoir prévenu les jeunes filles qu’elles allaient devoir s’accrocher car il allait accélérer. « D’ailleurs ma nièce, elle s’est accrochée à moi. » Ce qui est confirmé par sa nièce qui déclarait aux gendarmes, « Je lui ai dis de s’accrocher a moi et elle n’a pas voulu. Et quand tonton a accéléré, elle est tombée à l’eau ». Le juge lui fait remarquer qu’après l’accident, au lieu d’aller prendre des nouvelles de Manava il a préféré continuer à faire la bringue. Donald se défend, « Oui tout le monde me disait que ce n’était rien, qu’elle avait ses règles. » Le magistrat lui demande ce qu’il pense de l’accident, Donald assure : « Je ne vois pas où j’ai mal conduit, j’ai toujours conduit comme cela et je n’ai jamais eu de problème. » Le juge insiste, « Vous pensez ne pas être responsable de cela ? » « Pour moi non. » La procureure intervient en montrant une photo du jet ski, « je vois que la place du conducteur est aussi grande que celle des deux passagers ». Me Quinquis, l’avocat de Donald, l’interrompt « j’ai les spécificités techniques et il y a bien trois places de prévues. » La procureure poursuit à l’adresse de l’accusé, « vous êtes sûr que la victime vous a entendu quand vous avez dit que vous alliez accélérer ? » « Oui, ma nièce a entendu et elle s’est retournée pour la prévenir, mais elle ne s’est pas accrochée. » « C’est vous le capitaine, vous auriez du voir si elle s’était agrippée. Vous avez vérifié ? » « Non. » La procureure insiste : « Je répète, c’est vous le capitaine et je réitère la question du juge, vous vous sentez responsable ? » « Non. » La magistrate ne lâche pas, « êtes-vous certain que les passagères étaient en sécurité et que vous n’êtes pas responsable ? » « Oui. » « Cette jeune fille est détruite » Pour Me Bourion, avocat de la partie civile, l’attitude de l’accusé ne passe pas. « C’est un dossier dramatique, cette jeune fille est détruite, elle a failli mourir (…) Il est responsable et il n’a aucune considération pour sa victime. Il n’est jamais venu à l’hôpital, même s’il a envoyé quelques SMS. » Il hausse le ton, « il l’a vu perdre connaissance et son reflexe ça a été ‘hop on fait la fête’ et pendant ce temps là, le pronostic vital de Manava était engagé. » Il relate le calvaire quotidien de l’adolescence. « Au lycée tous les quarts d’heures, elle sort vider sa poche. Elle a fait deux tentatives de suicide. » Regardant l’accusé, il déplore « ça me dépasse qu’il ne se sente pas responsable. Il n’éprouve aucune compassion. Il y a une vie de détruite et ce n’est que le début de son calvaire. Elle ne pourra pas avoir d’enfant. Elle survit. C’est ce qu’elle m’a dit. » La procureure marche dans les pas de Me Bourion. « Il est venu mettre en cause le comportement de la victime, sans se remettre en cause. » Elle martèle, « Il est responsable. Il lui a demandé de se mettre au milieu et elle n’a pas voulu. Il n’aurait pas dû la prendre (…) il est le seul à avoir un gilet et n’a pas jugé bon de le donner à un passager. » Elle poursuit, « elle a subi 450 kilos de pression d’eau et d’air dans ses parties intimes, aujourd’hui elle a 18 ans et une vie de femme ruinée. Elle est touchée dans sa dignité, elle doit vivre avec une poche. » Elle fixe Donald. « il y a une forme de déni qui me pose question. Je ne vois pas la faute de la victime. Il est fautif. » Elle réclame 18 mois de prison avec un sursis probatoire de trois ans. « Juridiquement vous ne pouvez pas le condamner pour blessures involontaires » Me Quinquis s’avance, conscient de la délicatesse du dossier et de la gravité des dommages subis par la jeune fille. « Cet accident a choqué tout le monde, mais pour autant mon client n’est pas pénalement responsable. L’enquête a dit qu’il n’y avait pas de faute du pilote. On n’a pas quelqu’un qui a percuté un baigneur avec un jet ski. » Il questionne : « Peut-on reprocher une faute caractérisée à mon client ? On en est loin. » Il argumente : « Le port du gilet n’aurait rien changé. Il y avait des points d’arrimages auxquels la victime aurait pu s’accrocher, voilà la documentation technique, c’est un trois places et il est fait pour. De plus la victime avait l’habitude de faire du jet ski, il n’y avait de raison particulière pour que cela se passe mal (…) quant à l’accélération, l’argument est faible. » Il rappelle les témoignages qui font état de la faible vitesse du jet ski, « on n’allait pas vite quand on a fait demi-tour pour la récupérer on était à même pas dix mètres d’elle. » Pour la défense, « juridiquement vous ne pouvez pas le condamner pour blessures involontaires. Je demande la relaxe ou un partage des responsabilités. » Donald a été condamné à 18 mois de prison avec sursis. L’audience pour les intérêts civils a été renvoyée au 15 septembre.