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Une famille d’accueil pour un nouveau départ : Koba et Raimoana

©D.Myszka

Depuis quatre ans, Koba, 52 ans, ouvre son foyer aux jeunes de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, « ce sont avant tout des enfants ». Parmi eux, Raimoana, 19 ans, a trouvé un nouveau départ.

C’est avec un sourire et une force de caractère difficile à ignorer que Koba raconte son « aventure » avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) en tant que famille d’accueil. Cela fait quatre ans que cette femme de 52 ans ouvre ses portes aux jeunes délinquants. « J’aime pas le mot ‘délinquant’ », coupe énergiquement Koba. « Ce sont des enfants avant tout, dit-elle. On naît enfant, mais on devient délinquant. Un enfant ne devient pas délinquant comme ça, s’il n’y a pas d’adultes : d’être pas aimé, d’être pas soutenu, de ne pas avoir confiance en leur enfants… »

 

« Une nouvelle chance »

Au début, elle a pourtant hésité à accueillir un jeune sous son toit. « Je me suis rendue au rendez-vous de recrutement de la PJJ organisé à la mairie. En plus, on venait d’avoir notre nouveau logement social. Mais autour, il y avait beaucoup d’enfants en bas âge, alors je n’étais pas sûre… », raconte-t-elle. C’est son fils, aujourd’hui âgé de 30 ans, qui a croisé la route d’un jeune en difficulté. D’abord, il lui demande quelque chose à manger, puis un endroit où dormir « pour quelques semaines ». « J’ai dit oui. Et dire que c’était un jeune de la PJJ ! », s’amuse Koba. Dès lors, elle adhère, avec son mari, à la PJJ comme famille d’accueil bénévole. Depuis, ils ont hébergé une dizaine de jeunes, principalement des garçons. « Ils restent jusqu’à leur majorité, parfois quelques semaines, parfois plusieurs mois », précise Koba.

Raimoana est resté un an. Assis face à Koba, dans un petit restaurant de Taravao, le jeune homme semble être son exact opposé. Réservé, presque timide, il s’exprime d’une voix douce, à peine audible. À 19 ans, il écoute patiemment, en vapotant, avant de livrer rapidement son propre récit. « Un accident de la vie », comme il l’appelle, l’a conduit sur le chemin de Koba. Il n’en dira pas davantage. Toujours est-il que cette « bêtise » lui a valu un suivi par la PJJ dès l’âge de 16 ans, puis un accueil chez Koba, justement. « C’était comme une nouvelle chance, un nouveau commencement », dit-il, reconnaissant envers la PJJ pour son travail.

« Il ne faut pas entrer dans leur monde, il faut les tirer vers nous »

Pourtant, les débuts dans une famille d’accueil ne sont jamais faciles. Pour Raimoana, c’était « bizarre » : « On n’a pas d’attentes. On découvre. » « On apprend à se connaître. On les laisse venir à nous », précise de son côté celle que les jeunes appellent « tatie ». La famille d’accueil ne connaît pas en détail les raisons du suivi judiciaire. « Il s’agit de ne pas leur coller d’étiquette. S’ils en ont envie, ils peuvent ensuite partager leur histoire », précise Jean-Christophe Bermond, responsable de l’unité de placement des familles d’accueil. D’ailleurs, un contrat avec une clause de confidentialité encadre strictement ces accueils. Malgré ce manque d’informations, Koba n’a jamais eu peur d’une éventuelle violence de la part des jeunes. « Il ne faut pas entrer dans leur monde. Il faut les tirer vers nous. Tu dois montrer que tu es le capitaine du bateau. » Puis, après réflexion, elle ajoute : « Il faut avoir les épaules larges. »

Un travail discret

À en croire Raimoana, Koba sait y faire. « Elle et son mari m’ont donné de l’attention. Koba est toujours en train de discuter, de s’intéresser. Elle aimait bien m’aider à réviser mes cours. » Au quotidien, Koba laisse les jeunes vivre leur vie, tout en imposant une heure de rentrée. Elle leur apprend à cuisiner. « J’aime ça », plaisante la quinquagénaire. Avant d’ajouter : « Quand tu aimes les enfants, tu veux les aider. Les aider, pas les sauver. Car c’est le jeune lui-même qui doit se sauver. » C’est un travail discret des adultes passionnés par les jeunes qui s’appuient sur eux pour grandir. Koba illustre cela avec une jolie métaphore : « Une fleur, ça s’arrose pour grandir ».

Et ça marche. « Ça m’a fait du bien d’aller chez Koba. J’ai appris à me poser, à avoir des responsabilités. Si je pouvais, je serais resté. Ça me manque un peu, il y a une certaine nostalgie. Surtout maintenant que j’entre dans le monde des adultes », confie Raimoana. De retour dans sa propre famille, il prépare son bac et rêve de devenir infirmier. « Oh ! Si un jour je le vois infirmier à l’hôpital, je vais le prendre dans mes bras ! » s’exclame Koba.

Tout n’est pas toujours rose. Accompagnée par la PJJ, ses éducateurs et un psychologue, la famille d’accueil peut être confrontée à des fugues. « On a du monde derrière nous, mais ça peut parfois être inquiétant. Ils sont quand même sous notre responsabilité », souligne-t-elle. Mais ce qui est le plus difficile pour elle, ce sont les départs. « Quand je sais que ça s’approche, je me prépare pour les laisser partir, je me protège », admet-elle. D’autant que, bien souvent, le contact se rompt après leur départ. Aujourd’hui « en vacances », elle a hâte de « reprendre le service ». « C’est une aventure. Une leçon de vie aussi pour les familles d’accueil. Je pense que je leur donne l’apaisement et en même temps la possibilité de réfléchir à leur avenir, d’avancer», glisse-t-elle.

Et elle aussi apprend d’eux : « Ça me sert de leçon. Et au niveau de caractère, ça m’a calmé ».

 

 

 

 

 

 

 

Photo légende (DM) : Pour Raimoana, son passage dans la famille d’accueil de Koba a été « une seconde chance ».

 

 

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