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Une réglementation taillée sur-mesure pour protéger le tīfaifai

Le gouvernement a publié ce vendredi un arrêté venant interdire l’utilisation commerciale du terme tīfaifai, pour des textiles qui ne sont pas produits par un artisan traditionnel agréé de Polynésie. Toutes présentations ou appellations pouvant créer de la confusion pour les acheteurs sont prohibées sous peine d’amende. Une protection demandée depuis longtemps par les artisans, qui n’étaient jusque là dotées que d’un label associatif… Mais qui souhaitent aussi une reconnaissance au delà du fenua, par exemple via l’Unesco, comme l’avait proposé l’ancienne ministre Eliane Tevahitua.

Qu’est ce qu’un tīfaifai ? Il suffit désormais de lire la réglementation polynésienne pour répondre. « Est communément appelé tīfaifai un dessus de lit constitué d’un tissu sur lequel sont cousues des appliques reproduisant des motifs issus du patrimoine naturel et culturel propre aux archipels de Polynésie française, décrit ainsi un arrêté adopté en conseil des ministres mercredi et publié ce vendredi. Les étapes de découpe, d’assemblage et de couture doivent être réalisées en Polynésie française, selon les techniques et savoir-faire relevant du patrimoine culturel polynésien ». Tīfaifai pū, tīfaifai pā’oti ou en applique… Le texte rentre dans le détail des techniques de fabrication, précise que le tīfaifai, qui désigne « à la fois la technique de fabrication et l’ouvrage confectionné », peut être « cousu à la main ou à la machine », et se décline sur « tous types de créations en tissu, telles que des nappes, chemins de table, housses de coussins, rideaux, paravents ou robes ».

Interdiction de « créer une confusion dans l’esprit de l’acheteur »

Pourquoi une telle définition légale pour cet art traditionnel qui s’est encore exposé avec succès à l’assemblée il y a quelques jours ? Pour mieux contrôler et protéger l’utilisation de la dénomination tīfaifai. Un terme désormais réservé « aux seuls produits exclusivement réalisés en Polynésie française par un artisan traditionnel de Polynésie française agréé, ou faisant partie d’une structure agréée ». Difficile d’interdire à quiconque de réaliser ses tīfaifai à la maison, mais dans le cadre commercial, aucune « indication, signe, dénomination de fantaisie, mode de présentation ou d’étiquetage », aucun « procédé de publicité, d’exposition, d’étalage ou de vente » ne devra désormais « créer une confusion dans l’esprit de l’acheteur », notamment sur les caractéristiques du produit et plus particulièrement sur le mode de fabrication, l’origine ou la provenance du produit.

Le Pays définit même les éléments de certificats d’authenticité, vendus avec le tīfaifai, et qui pourront se doter du label Fenua original créé par le service de l’artisanat traditionnel pour protéger, entre autres, les ‘ete. Surtout, l’arrêté prévoit l’application, sous trois mois, de contraventions de troisième classe pour toute infraction à cette protection, et menace d’un retrait de carte pouvant aller jusqu’à 5 ans pour les artisans agréés qui mêlerait des produits non conformes aux leurs.

Déjà un label, et des projets d’Unesco

Cette protection spécifique, qui s’ajoute aux textes existants, et plus généraux, sur les délits de tromperie ou les infractions aux règles de publicités, était demandée depuis longtemps par les associations d’artisans, et notamment Te api nui o te tifaifai. Le collectif présidé par Béatrice Legayic avait déjà créé, en 2017, avec l’aide du service de l’Artisanat traditionnel et du ministère, alors dirigé par Heremoana Maamaatuaiahutapu, un label dont le logo aide encore aujourd’hui les acheteurs à s’orienter vers la production locale et respectant la tradition.

Mais cette règlementation, si elle est la bienvenue, ne s’appliquera que dans les frontières de la Polynésie, là où les artisans ont régulièrement demandé, ces dernières années, une reconnaissance de leur production à l’international, pour faire rayonner le tīfaifai à l’étranger. L’ancienne vice-présidente en charge de l’artisanat traditionnel Eliane Tevahitua avait ainsi affirmé, en 2023, sa volonté de faire inscrire cet art traditionnel au patrimoine mondial immatériel. Un projet dont ses successeurs en charge du portefeuille, Nahema Temarii et aujourd’hui Kainuu Temauri, n’ont pas refait écho.

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