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Violences sur un homme handicapé : un an de prison avec sursis pour deux policiers

Le 27 septembre 2024 au soir, une vidéo affole les réseaux sociaux à Tahiti. On y voit quatre policiers entourer un handicapé en fauteuil, puis l’un deux le met à terre et le frappe. Une vidéo qui aura des répercussions jusqu’en métropole. Sur les quatre policiers, deux comparaissaient ce mardi devant le tribunal de Papeete pour des faits de violences et d’altération frauduleuse de la vérité dans un écrit. Ils ont tous deux été condamnés à une peine d’un an de prison avec sursis, et à des interdictions  d’exercer, de cinq ans pour celui qui avait frappé Antonin P., et de 18 mois pour celui qui avait couvert son collègue dans son rapport.

Le 27 septembre 2024 vers 21h30, une patrouille de police est appelée pour intervenir dans le quartier Estall. Un homme en fauteuil roulant, visiblement éméché, empêche les locataires d’un immeuble d’accéder au parking. Les policiers, deux titulaires et deux adjoints, retrouvent l’homme en question, endormi sur son fauteuil, et l’interpellent. Et la situation dégénère : ce qui au début ne devait être qu’une simple intervention de routine s’est transformée en buzz viral sur internet ayant des retentissements jusqu’en métropole.

Dans la vidéo d’une quarantaine de secondes, filmée d’un balcon d’un immeuble, on voit quatre policiers qui entourent l’homme en fauteuil roulant, puis l’un des agents soulève le fauteuil et le fait tomber à terre. L’homme parvient à s’asseoir au sol, mais le même policier lui assène un puissant crochet droit au visage et il tombe à nouveau.

La vidéo est immédiatement diffusée sur Facebook et dans la foulée, la procureure de la République Solène Belaouar ordonne qu’une enquête soit diligentée. Le Haut-commissariat n’est pas en reste et ordonne la suspension administrative immédiate des quatre agents impliqués, dans l’attente des résultats de l’enquête interne. Seuls deux agents seront poursuivis. L’auteur des coups, Gabriel C., policier adjoint qui sera licencié, et Richard Z., l’agent titulaire qui a rendu un rapport de l’intervention, édulcoré de toutes formes de violence, qui se verra exclu pendant deux ans de la police nationale.

“C’était un mauvais soir, j’ai manqué de contrôle, mais ce n’est pas une excuse”

Ce mardi au tribunal de Papeete, les deux hommes font profil bas. Gabriel C. 28 ans, est considéré comme un élément prometteur par ses pairs, quant à Richard Z. 47 ans, il a 17 ans d’ancienneté. Interrogé en premier, Gabriel C. assure ne pas avoir voulu faire tomber volontairement la victime de son fauteuil. “Il était violent oralement, j’ai secoué le fauteuil et il en est tombé.” “Mais la gifle, c’est inacceptable pour un policier”, lui rétorque le juge. “C’était un mauvais soir, j’ai manqué de contrôle, mais ce n’est pas une excuse”, explique l’accusé qui jusqu’à présent selon ses collègues, était quelqu’un de calme et de posé.

Interrogé sur le rapport d’intervention rédigé par Richard Z. il explique : ” On ne s’est pas concerté, j’ai lu le PV et j’ai vu qu’il était rédigé dans le but de ne pas me nuire.” Il avoue ne pas l’avoir contesté car “j’avais peur pour ma jeune carrière et j’étais conscient d’avoir fait une grosse erreur.” Une erreur qui lui coute son poste, sa vocation. Interrogé sur son avenir, il explique passer une formation pour être éducateur sportif. D’un air dépité il souffle, “je ne suis plus autorisé à protéger et défendre.”

”Je n’ai rien gagné dans cette affaire, au contraire j’ai tout perdu”

Richard Z., l’agent titulaire aux 17 ans de carrière qui a rédigé le rapport d’intervention plutôt complaisant envers son collègue, explique avoir agi ainsi pour le préserver : ”Je n’ai rien gagné dans cette affaire, au contraire j’ai tout perdu, mais cela fait deux ans que l’on travaille ensemble et il n’a jamais fait cela.” Il explique que Gabriel est un bon policier “major de promotion et décoré par Darmanin” et qu’il avait “un grand avenir dans la police.” Il avoue, “c’est moi qui ai pris la décision de faire un faux.” “Si c’était à refaire, vous le referiez ?” demande le juge.
La réponse fuse aussitôt, “certainement pas, je le balance direct.”

La victime, Antonin P., est appelée à la barre. Handicapé depuis 2006 suite à un accident de vélo, l’homme explique qu’il fait la manche et qu’il touche une pension d’invalidité. Il reconnait que ce soir-là il avait bu pas mal et que lorsque les policiers l’avaient réveillé, il les avait insultés. “Il a fait exprès de me faire tomber, on aurait dit qu’il s’en fichait de moi. Il m’a dit en tahitien, ‘tu veux que je te gifle ?’ J’ai dit ‘vas-y’ et il m’a tapé. Je veux que les quatre puissent répondre des faits qu’ils ont commis.”

”Gabriel C. a fait un usage illégitime de la force”

Du coté du procureur, même si l’on reconnait “un grand malaise chez les policiers, allant parfois jusqu’au suicide, un métier difficile”, il n’en demeure pas moins qu’ils ont des obligations attachées à leur fonction : “exemplarité, honorabilité et un usage proportionné de la force.” Il poursuit : ”Gabriel C. a fait un usage illégitime de la force, quant à Richard Z. il a commis un faux en voulant couvrir un collègue.”

Contre Gabriel C. qui a “fait acte par deux fois de violences sur la victime et dont les images ont circulé sur l’ensemble du territoire national et nourri la méfiance envers la police”, il réclame une peine de deux ans avec sursis avec une interdiction définitive d’exercer dans la police et dans le domaine de la sécurité. Contre Richard Z. “qui a couvert un collège en qui il croyait, il a manqué aux devoirs fondamentaux qui sont ceux du policier.” Il réclame à son encontre un an avec sursis avec une interdiction d’exercer durant deux ans.

“Pour lui, la police c’est terminé”

Du coté de la défense de Gabriel C. après avoir fait un tour d’horizon du métier de policier – “ils sont confrontés à tout ce qu’il y a de plus laid dans la société (…). Ils sont frustrés, en colère, désillusionnés mais tous les jours, ils sont là!”  – on reconnait que la gifle est “inexcusable” mais que cet acte doit être condamné à sa juste hauteur. “Pour lui, la police c’est terminé.” Quant à Richard Z. la défense demande une relaxe car, “Il a pris un risque pour un gamin dont il pensait qu’il allait devenir un bon policier, et il n’a souhaité à aucun moment une impunité pour son geste. Il a juste voulu protéger son coéquipier.”

Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Gabriel C. à un an de prison avec sursis avec une interdiction d’exercer pendant cinq ans la fonction de policier ou gendarme. Richard Z. a été condamné un an de prison avec sursis avec une interdiction d’exercer pendant 18 mois. Tous deux verront leur condamnation inscrite sur le volet B2 de leur casier judiciaire.

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