ACTUS LOCALESJUSTICE Assises : 15 ans de prison ferme pour le tonton violeur Pascal Bastianaggi 2025-10-22 22 Oct 2025 Pascal Bastianaggi Le procès du quinquagénaire accusé de viols et d’atteintes sexuelles sur trois mineurs, âgés entre 12 et 16 ans, s’est conclu ce mercredi. Une journée consacrée aux plaidoiries des avocats et au réquisitoire de l’accusation. L’avocat général, pas convaincu par la sincérité des regrets de l’accusé, a requis 15 années de prison. Le verdict est tombé en fin de journée et c’est effectivement une peine de 15 ans de prison ferme qui a été prononcée par le jury, sans aucun sursis, avec suivi socio-judiciaire, interdiction d’entrer en contact avec les victimes et d’exercer une profession en rapport avec des mineurs, et inscription au fichier des délinquants sexuels. À lire aussi: Cour d’assises : Trois adolescents victimes de leur « tonton » Cour d’assises : l’accusé reconnaît les faits et ses tendances pédophiles C’est une dernière journée d’un procès de trois jours, où avocats des parties civiles et de la défense doivent convaincre un jury composé de trois magistrates, quatre femmes et deux hommes tous issues de la société civile. Un moment de solitude pour l’avocat de la défense qui se doit d’utiliser des termes simples, accessibles à tous et surtout capter le regard et l’attention des jurés. Ne pas les perdre dans des digressions ou effets de manches. Faire court et percutant. Enfin une dernière journée où les victimes n’attendent qu’une seule chose : savoir si elles vont être reconnues en tant que telles. Seul le verdict répondra à cette interrogation. C’est Me Temanava Bambridge-Babin qui se lance la première dans l’arène. Elle est chargée des intérêts des victimes. Elle se place à une certaine distance des jurés, les observe et se lance d’une voix claire. « Mes clients sont victimes de leur tonton Tihoti*. Il a abusé de leur confiance et de leur innocence. » Respiration, elle reprend : « un fait très important pour eux, l’accusé a reconnu les faits, et ils ne sentent plus coupables. » « Le fait qu’il soit reconnu coupable va soulager le poids qu’ils portent » Elle revient sur les antécédents judiciaires de l’accusé, notamment sur sa condamnation à trois ans de prison pour avoir violé sa belle-fille âgée de 12 ans et l’avoir mise enceinte. « À l’époque il s’était déresponsabilisé en expliquant qu’il croyait que c’était sa femme. » Cet épisode du passé de Tihoti, et la condamnation légère de l’époque, risque de peser dans la balance même si les jurés ne sont pas censés en tenir compte. « Il a purgé sa peine » poursuit l’avocate, comme pour leur signifier qu’il ne faut pas revenir dessus. Elle rappelle les faits reprochés à l’accusé et explique que ses trois victimes étaient « sidérées, un phénomène d’emprise. Il avait une image de bon père de famille, il transmettait son art aux enfants et son savoir en tant qu’artisan était reconnu dans le quartier. » Pour elle, cela explique « avec quelle facilité il a pu agresser les enfants et leur imposer ces actes. » S’appuyant sur les rapports des psychologues, elle assure que pour les victimes, « le traumatisme peut se réveiller bien des années plus tard. » Et de citer le cas d’un des trois adolescents, celui qui a subi une tentative d’agression sexuelle, qui a voulu mettre fin à ses jours et qui, depuis son agression, « a peur des raerae, fait des cauchemars et est en colère contre lui. » Elle répète, « le fait que Tihoti reconnaisse ses actes leur a fait un bien fou. » Elle conclut, « le fait qu’il soit reconnu coupable va soulager le poids qu’ils portent. Le sac de pierres va se transformer en sac de coton. » « Les assises, c’est la Rolls. La correctionnelle, c’est la deux-chevaux » C’est le moment des réquisitions. L’avocat général Jacques Louvier descend de l’estrade et se place au plus près des jurés. « L’accusé dit tout et son contraire. Il a une personnalité atypique, un problème d’identité sexuelle et un comportement inquiétant. » Il poursuit arpentant de long en large l’espace entre la barre et le pupitre des juges. « Il a un comportement de bon élève, il répond correctement car il sait ce que l’on attend de lui. Il sait qu’il va être noté sur 20 – la peine qu’il encourt – et moins il aura, mieux ce sera pour lui. » Il rappelle les conséquences d’un viol sur les victimes, « honte, peur de ne pas être cru » et cite l’avocate Gisèle Halimi, grande figure du féminisme, « la honte doit changer de camp. » Rappelant lui aussi le viol commis par l’accusé en 2013, « il a pris trois ans, parfois la justice ne fonctionne pas bien, il y a des trous dans la raquette ». Il estime que « s’il avait été condamné à plus il n’aurait peut-être pas réitéré les faits. » Et il le reconnaît, « la justice a failli en correctionnalisant l’affaire. » Il marque un temps, fixe les jurés et lance : « les assises, c’est la Rolls. La correctionnelle, c’est la deux-chevaux, et malheureusement, on ne peut pas toujours prendre la Rolls. Aujourd’hui, on a une vraie justice. » Il reprend, « je ne suis pas convaincu de sa sincérité, il a compris que pour avoir une réduction de peine, il faut avouer, reconnaître les faits. » Il s’empare d’un volume du code pénal, le brandit, « c’est le livre le plus lu en prison. » Il réclame 15 années de prison assorties d’un suivi socio judiciaire de cinq ans. Il avance qu’il pourra purger sa peine en métropole où « il recevra un accompagnement indispensable pour éviter qu’il recommence. Mais il faut qu’il y mette du sien. Aide-toi, le ciel t’aidera. » « La peine que vous allez rendre doit tenir compte de ce qu’il est, de ce qu’il a été » Durant les réquisitions, Me Diana Kintzler, avocate de l’accusé, a pris des notes, stabilotant certains documents éparpillés devant elle. Elle se lève, s’avance vers les jurés et se lance. « C’est un procès atypique avec un sentiment d’apaisement qui règne dans la salle d’audience et cela est lié à l’authenticité de personnes qui sont intervenues, notamment l’accusé. » Remarquant que dans cette affaire, « il n’y a pas de preuves, pas de traces physiques, ni de photos. Seuls les rapports des experts permettent de matérialiser les blessures psychiques des victimes », elle constate : « c’est la parole des plaignants contre celle de l’accusé. » Après être revenu sur les actes perpétrés par son client sur chacune de ses victimes, elle rappelle aux jurés : « on juge quelqu’un pour les faits, mais aussi sur sa personnalité. » Une personnalité qu’elle décrit en revenant sur l’enfance de Tihoti. « Il a été violé plusieurs fois, il s’est prostitué, il s’habillait avec des linges de sa mère. » Elle l’assure, « les viols plus la prostitution modifient le rapport à la sexualité. Au fond de lui, c’est une femme. » Elle ralentit le débit, marque un temps, histoire que les jurés assimilent bien « la peine que vous allez rendre doit tenir compte de ce qu’il est, de ce qu’il a été. » S’attaquant à la peine réclamée par l’avocat général, 15 ans, « on n’a pas un monstre dans le box, ni un animal. C’est un être humain qui a beaucoup évolué », elle affirme, « Il a 52 ans et ses capacités de réinsertion vont le ramener dans le droit chemin. » Pour conclure elle demande aux jurés de « moduler la peine avec des obligations de soins, d’indemnisation des victimes, avec interdiction de rentrer en contact avec eux. Je vous demande de veiller à ce qu’il maintienne un lien avec la société. » Enfin, son client s’est exprimé à la barre avant que le jury se retire pour délibérer : « Mon souhait c’est de regretter ce que j’ai fait et de demander pardon à mes trois victimes et à la metite famille. » Après en avoir délibéré, Tihoti a été condamné à 15 ans de prison ferme, sans aucun sursis, avec suivi socio-judiciaire, interdiction d’entrer en contact avec les victimes et d’exercer une profession en rapport avec des mineurs, et inscription au fichier des délinquants sexuels. Il a déjà effectué 20 mois de détention provisoire. *prénom d’emprunt