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Assises : de quatre à quinze ans de réclusion pour les coups mortels à Mataiea

Le 24 septembre 2023, le corps de Stanley M., était retrouvé sur un terrain vague à Mataiea. Il portait des traces de coups et avait les mains et les pieds liés. Une mort dont l’origine est un deal de méthamphétamines qui a mal tourné, la victime s’emparant de la drogue et s’enfuyant sans avoir payé. Rattrapé par les revendeurs, une bagarre s’en suivra et la victime décédera des suites d’une strangulation. Près de trois ans après les faits et après cinq journées d’audiences, les cinq accusés qui comparaissaient devant la cour d’assises pour violences en réunion ayant entrainé la mort sans intention de la donner ont été condamnés à des peines allant de quatre à 15 ans de réclusion.

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Cette dernière journée a débuté par le réquisitoire de Jacques Louvier, l’avocat général qui a estimé qu’il y avait une volonté de tuer et que la qualification aurait pu être très différente. De fait il assure qu’il y a eu « des coups portés et des étranglements. Des étranglements guillotine qui sont fait pour tuer et non pour immobiliser » Pour l’accusation, « ils sont tous coupables mais encore faut-il en déterminer les responsabilités. » Estimant que Anthony M. et Manahau R., sont les principaux responsables, « les organisateurs, c’est eux qui avaient la drogue », il requiert une peine de 16 ans de prison assortie d’une période de sûreté des deux tiers à l’encontre de Anthony M, « c’est pour moi le plus impliqué » et une peine de 15 ans pour Manahau R. avec une peine de sûreté des deux tiers. Quant à Ariivaitau  C.,  « dépassé par les évènements », une peine de 12 ans. Concernant ceux qui étaient mineurs à l’époque des faits à savoir HJ et TM, ce sont des peines de 4 ans de prison dont 3 ans avec sursis, qui ont été requises, l’avocat général reconnaissant « qu’ils étaient là par hasard, par malchance, et qu’ils se sont soumis à l’autorité. »

« Ce sont des réquisitions excessives, il n’y a pas eu d’exécution, pas d’intention homicide »

Pour la défense de TM, Me Christiane Chaine, assure que son client n’a pas participé aux violences qui ont conduit au décès de Stanley M., elle l’assure « quand il est arrivé les violences avaient cessé, on ne peut pas le condamner. Je demande de le déclarer non coupable et donc de l’acquitter. »

Du côté de Me Isabelle Nougaro, qui s’occupe de la défense de HJ, c’est plus ou moins le même argument. « Il est arrivé, la victime était déjà au sol. Il n’est pas à l’origine de cet évènement, il s’est soumis aux adultes et à la loi du plus fort. » À contrario de sa consœur elle ne réclame pas l’acquittement de son client mais « une mesure d’éducation judiciaire*

« Ce sont des réquisitions excessives, il n’y a pas eu d’exécution, pas d’intention homicide. C’est une situation qui a dégénéré ! » assure avec véhémence Me Smain Bennouar qui s’occupe des intérêts de de Ariivaitau C. Pour l’avocat, son client « a été dépassé par les évènements. » Affirmant « qu’il n’a pas été le plus violent », s’il reconnait que son client a porté des coups, « ceux-ci n’ont pas été létaux a déclaré le légiste, c’est la strangulation qui a causé la mort de la victime, et Ariivaitau ne l’a pas tenu par le cou du début à la fin. »

Évoquant le jeune âge de l’accusé, 20 ans au moment des faits, il assure que celui-ci « est influençable, et c’est la dernière roue du carrosse » Il estime que les 12 ans requis sont « lourds, ce n’est pas une peine juste, mais une peine d’une sévérité grave pour quelqu’un qui n’a pas de casier judiciaire. » Il demande une peine « plus appropriée, bien en deçà des 12 ans. »

« Rendez la justice à ce garçon ! »

Me Eyrignoux, qui défend les intérêts de Manahau R. s’attache à rappeler l’enfance de son client « qui s’est élevé tout seul, délaissé par ses parents. » Elle le décrit comme quelqu’un qui, le jour des faits, « a 20 ans et deux plombs dans la cervelle, un petit dealer de quartier qui ne voulait que gratter sa consommation personnelle en faisant l’intermédiaire dans le deal. » Elle explique que Manahau a « cherché à immobiliser Stanley (…) ils avaient peur de lui, peur des possibles représailles. » Si elle « ne plaide pas l’acquittement, je plaide qu’il reconnaît les faits depuis le début et je plaide pour une peine juste. 15 ans avec une peine de sûreté ce n’est pas une peine juste. » Elle estime qu’un suivi socio-judiciaire serait plus adéquat. « Rendez la justice à ce garçon ! »

À Me Stanley Cross incombe la tâche de défendre Anthony M. celui que tous considèrent comme le boss, avocat général en tête. Pour cet habitué des salles d’audiences qui a décortiqué toutes les dépositions des accusés, « un travail de détective », il en est arrivé à la conclusion que son client « n’a pas participé au décès de Stanley. » Selon lui, il avait déjà quitté les lieux alors que la victime était encore vivante. Il affirme aux jurés, « vous ne pouvez pas le déclarer coupable de la mort de Stanley. » Quant à la réputation d’Anthony M. comme étant le boss du trafic d’ice à Mataiea, il la balaie d’un revers de manche : « Il est de Faa’a et Mataiea ce n’est pas son territoire, c’est celui de Manahau. C’est lui le boss. »

À l’issue des plaidoiries les accusés ont pris la parole, tous ont exprimé des regrets et de la honte et ont demandé le pardon des proches de la victime.

Après quelques heures de concertation, la cour d’assises a condamné Anthony M. et Manahau R. à 15 ans de réclusion, Ariivaitau C. à 12 ans. Quant à TM et HJ ils ont tous deux été condamnés à quatre ans dont trois avec sursis probatoire.

 

*La Mesure éducative judiciaire, d’une durée de 5 ans maximum, est constituée d’un accompagnement en milieu ouvert qui consiste en un accompagnement socio-éducatif par un éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse en journée.

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