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Cour d’appel : Coco Deane nie toujours le harcèlement sexuel et moral

Condamné en novembre 2019 à 12 mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, pour harcèlement sexuel et moral, l’ex premier adjoint au maire d’Arue, Jacques dit « Coco » Deane, avait fait appel de la décision. L’affaire a été audiencée ce jeudi, et le délibéré sera rendu le 12 novembre.

Coco Deane, 59 ans, qui exerçait comme premier adjoint à la marie d’Arue, à l’époque sous la magistrature de Phillip Schyle, s’était épris de la directrice des ressources humaine de la mairie de Arue, Hinarai Leboucher. C’est par l’entremise de l’envoi de 68 SMS à connotation sexuelle qu’il lui déclarait sa flamme et cela à n’importe quelle heure de la nuit.  « Je t’aime », « bonne nuit ma petite chatte », « j’ai envie de te faire l’amour », « tu ferais une bonne maîtresse ». La destinataire, elle, tentait de le remettre à sa place. « Faut que t’arrêtes ça », « va dormir, ne dis pas n’importe quoi », « penses à ta femme » etc… C’était devenu tellement oppressant qu’elle craignait de rester tard le soir à la mairie de peur qu’il ne devienne plus entreprenant.

Si au début, il n’avait qu’à se louer du travail effectué par la DRH, ne tarissant pas d’éloges à son sujet, depuis qu’il avait été éconduit, les louanges avaient laissé place à des critiques acerbes. Le harcèlement sexuel avait laissé place au harcèlement moral et une véritable cabale avait été montée contre la jeune femme pour la faire craquer.

Condamné en première instance à 12 mois de prison avec sursis, 2 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, et au paiement de 1,2 million de Fcfp au titre du préjudice moral, Coco Deane avait fait appel de la décision.

Ce jeudi, si l’accusé reconnaît être « tombé amoureux » de la jeune femme et qu’elle l’avait « éconduit », il maintient toutefois qu’au niveau professionnel, « elle ne donnait pas satisfaction ». Une affirmation totalement à contre-courant des témoignages qui tous vantaient les mérites de la DRH. Nettement plus arrogant qu’en première instance, certains diront plus combatif, Coco Deane n’en démord pas, s’il est là aujourd’hui c’est à cause des « mensonges » que l’on a dit sur lui. Pour résumer, c’est un coup monté. Hinarai Leboucher n’est pas la vraie victime, la vraie victime, c’est lui.

 « J’ai l’impression d’avoir été brisée en mille morceaux »

Appelée à la barre, c’est une jolie jeune femme au teint diaphane, au regard triste et désabusé qui se présente. Malgré l’ancienneté des faits, de 2016 à 2017, les stigmates que lui ont laissé cette douloureuse période sont encore visibles. « J’ai l’impression d’avoir été brisée en mille morceaux. » Et de fait on la croit sur parole. Alors que Deane lui reprochait d’avoir porté plainte « un an après les faits, c’est un peu long ! », elle explique en regardant son harceleur droit dans les yeux : « Si je n’ai pas porté plainte tout de suite, c’est que pour toute personne normalement constituée, quand on leur dit non, elles comprennent. Mais lui, il est persuadé qu’il est dans son droit et qu’il a raison. » Celui-ci à un petit sourire sardonique, celui d’un homme sûr de son fait.

« Il a mis une jeune femme en situation de détresse psychologique grave. »

Pour la partie civile, « Deane prétend qu’il est coupable de rien et qu’il est accusé par une paranoïaque. Pourtant son comportement, ses agissements correspondent à la définition du harcèlement sexuel. Quant au harcèlement moral, ses mails vindicatifs et virulents et ses critiques sur son travail ont alimenté une cabale contre ma cliente. » Il assène, « il a mis une jeune femme en situation de détresse psychologique grave. » Il demande la confirmation du jugement de première instance.

 « Deane appartient à une autre époque »

« Deane appartient à une autre époque. Une époque où l’on considérait que le pouvoir politique était un pouvoir absolu. Un droit de vie et de mort sur une carrière, un droit de cuissage etc…, alors que le pouvoir devrait obliger le détenteur à imposer le respect » attaque, très remonté, le procureur. « Je ne suis pas sûr que l’accusé comprenne ce qu’on lui reproche aujourd’hui (…). Vous êtes totalement dénué d’empathie et vous éprouvez de la haine à l’égard de la victime. Vous n’avez pas le moindre regret ! » Il réclame lui aussi la même peine qu’en première instance.

« On veut terrasser mon client, l’anéantir, car c’est un politique »

Pour la défense, « on veut terrasser mon client, l’anéantir, car c’est un politique. » Et d’argumenter, « je n’ai pas le sentiment qu’il soit un prédateur sexuel (…) sa seule erreur c’est d’avoir déclaré sa flamme à une collègue, et du coup tout le reste du dossier a été étudié sous ce prisme. » Quant au harcèlement moral, les critiques sur le travail de la DRH, « ce n’est pas une vengeance parce qu’il a été éconduit, il ne faisait que son boulot de premier adjoint. » L’avocat demande la relaxe de son client car, « 12 mois avec sursis, c’est le comparer à un prédateur sexuel et l’inéligibilité c’est pour détruire la bête politique. » Le délibéré sera rendu le 12 novembre.

 

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