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Faut-il faire payer l’entrée du marae de Taputapuatea ?

©Commune de Taputapuatea/FB

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2017, le site de Taputapuatea à Raiatea devrait bientôt avoir un nouveau plan de gestion. Une étude va également être lancée en octobre pour créer une structure dédiée à la gestion du site. Il s’agit de trouver le bon statut pour que celle-ci puisse engranger des revenus, notamment d’éventuels droits d’entrée. Rien n’est encore acté mais pour Anatauarii Tamarii, responsable de la cellule patrimoine culturel de la DCP, « la culture ne peut pas rester un investissement à perte ».

Les Marquises fêtent leur un an d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco et le site de Taputapuatea ses huit ans. Un comité de gestion doit se réunir en septembre pour les Marquises, ce sera sa première réunion. Pour Raiatea, le premier plan de gestion courait sur les années 2017 à 2023 et depuis, un deuxième plan de gestion est en préparation pour les années 2025-2030. Entretemps, « les territoriales de 2023, la restructuration de l’équipe sur place et la signature de conventions » ont ralenti le processus. Une réflexion porte aussi sur la mise en place d’une nouvelle structure pour gérer le site.

Aujourd’hui, c’est une antenne de la Direction de la culture et du patrimoine qui s’en occupe mais celle-ci ne peut pas percevoir d’argent. C’est là que le bât blesse. « L’idée c’est d’élargir un peu le spectre de gestion, explique Anatauarii Tamarii, responsable de la cellule patrimoine culturel de la DCP, et pourquoi pas d’étudier l’opportunité de création d’une entité capable de percevoir des revenus pour assurer le financement de l’activité de gestion du site. En tout cas réfléchir sur la forme juridique et économique que pourrait avoir cette structure-là pour justement commencer à essayer, d’une certaine manière, de rentabiliser les investissements qui ont été lancés depuis 2017. »

Des investissements destinés, en grande partie, à assurer la pérennité et la valorisation de l’ensemble culturel : lutte contre les espèces envahissantes, aménagement de sentiers, rédaction et pose de panneaux explicatifs – d’ailleurs actualisés il y a un an -, création d’une visite virtuelle qui est aujourd’hui disponible sur la page de Tahiti Tourisme. S’ajoute bien sûr toute la partie recherches et fouilles qui a déjà permis de confirmer la datation du site – XIIIe siècle – et qui doit faire l’objet de publications prochaines pour le grand public.

Remplacer ou non l’antenne de la DCP

Des dépenses, qui ne sont pas globalement chiffrées par la DCP, mais qui justifient la réflexion sur de nouvelles sources de financements. Par exemple la mise en place d’une entrée payante sur le site. Une idée déjà évoquée au moment de l’inscription, mais qui avait été écartée, et qui revient aujourd’hui sur le tapis. « Rien n’est acté », précise Anatauarii Tamarii mais « la culture ne peut pas rester un investissement à perte ». Pour l’archéologue, il n’y a rien de scandaleux à imaginer devoir sortir sur porte-monnaie pour accéder à un site classé à l’Unesco, comme c’est déjà le cas dans beaucoup de pays. En tout cas, la mise en place d’une structure capable de percevoir des revenus, toutes sortes de revenus d’ailleurs comme ceux issus du mécénat ou d’appels à projets, serait une première étape. Une étude va être lancée sur le sujet à partir du mois d’octobre et doit durer un an. Ce sera ensuite aux décideurs de trancher sur le remplacement ou non de l’antenne de la DCP par une nouvelle structure et le statut adéquat de celle-ci.

De 9 000 à 50 000 visiteurs par an

Le défi de Taputapuatea est également de maintenir ce délicat équilibre entre préservation d’un côté et développement économique de l’autre. De 9 000 visiteurs par an en 2017, le complexe de marae en comptait environ 50 000 l’année dernière. « Les points forts identifiés par l’inscription, c’est la fréquentation, ce sont des paquebots de plus en plus nombreux avec un point d’ancrage à Uturoa. C’est un effet positif sur l’impact économique touristique, reprend le responsable de la cellule patrimoine culturel. Oui, il y a bien entendu un impact réel et une attente forte aussi vis-à-vis du projet d’aménagement engagé par le Pays. Parce que justement, c’est ce projet d’aménagement qui va contribuer à augmenter certes encore le nombre de visiteurs sur le site, mais également à cadrer. Parce que l’objectif du classement à l’Unesco, c’est pas non plus d’arriver à un surtourisme, mais bien de préserver finalement l’intégrité et de trouver une certaine sorte de balance entre la préservation du patrimoine et le développement économique du lieu. »

Ce projet d’aménagement comprend de nouvelles installations comme un parking plus grand, un nouvel espace d’accueil… « L’idée est de rendre le site plus attrayant et plus accessible. » Et des études ont déjà commencé.

Marquises : première réunion du comité de gestion en septembre

Autre site Unesco, mais même challenge aux Marquises : maintenir l’équilibre entre préservation et développement touristique, même si l’accessibilité est encore différente. Un an que l’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. La première réunion du comité de gestion doit avoir lieu en septembre. « On peut nous reprocher le fait que ça ait pris du temps, mais c’est également comme ça qu’on avance sereinement, c’est-à-dire en concertation avec les populations locales. Il faut comprendre que le classement des îles Marquises, c’est quand même six îles habitées qui sont concernées, donc ça prend un peu de temps pour organiser tout ça. Mais c’est en cours. »

Des prospections archéologiques ont déjà été menées, des études sur la faune et la flore commencées, le projet d’installation de corps-morts écologiques étudié, et un bilan sanitaire des sites classés doit être réalisé par la Direction de la culture et du patrimoine afin de déterminer un calendrier d’interventions, notamment des opérations de restauration si besoin.

Et il faut impérativement réussir cette mission de préservation, que ce soit pour Taputapuatea ou les Marquises, car leur inscription au patrimoine mondial de l’Unesco permet aussi à la Polynésie de briller. « À partir du moment où on a un site qui est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, on a cette forme de reconnaissance internationale qui permet de mettre le site en question sur le même niveau d’égalité que les pyramides égyptiennes, que le Machu Picchu, que l’ensemble des sites finalement emblématiques, caractéristiques de notre humanité. Et donc bien évidemment il y a une visibilité accrue du pays dans lequel se trouvent ces sites exceptionnels. »

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