ACTUS LOCALES

Décharge de Faa’a : Oscar Temaru convoqué devant le juge d’instruction

Le tavana doit être entendu dans le cadre de l’information judiciaire ouverte fin 2014 pour des faits de « pollution d’exploitation non autorisée d’une installation classée et de dégradation du bien d’autrui » autour de la décharge municipale de Mumuvai. Une audition pour laquelle le leader indépendantiste fait venir des avocats parisiens, et qui pourrait aboutir à une mise en examen.

Lire aussi : Oscar Temaru appelle les autres tavana à « s’inspirer » de Mumuvai

Retour au palais de justice pour Oscar Temaru. Le président du Tavini, définitivement relaxé dans l’affaire Radio Tefana, et qui a bénéficié d’une restitution des fonds saisis et d’un non-lieu dans l’enquête sur ses frais de défense, avait été entendu en octobre par le juge d’instruction Thierry Fragnoli. Il s’agissait alors de savoir si les propos de l’élu indépendantiste sur les « invasions » métropolitaines et sa « peur du changement démographique » pouvaient constituer une incitation à la haine ou la discrimination raciale. Contrairement à Mitema Tapati et Ronny Teriipaia, mis en examen dans les semaines précédentes pour des sorties sur le « blanchissement » de la population, le leader bleu ciel était reparti avec le statut de « témoin assisté ». Mais c’est cette fois dans le cadre d’un dossier plus ancien qu’il est convoqué, en juin, pour une nouvelle audition : le dossier de la décharge municipale de Mumuvai.

Une instruction pour « pollution, d’exploitation non autorisée d’une installation classée, et dégradation du bien d’autrui » avait été ouverte dès 2014 autour de ce dépotoir de 60 000 mètres carrés installé dès les années 70 sur les hauteurs de Saint-Hilaire. Un site d’enfouissement qui voit passer chaque année quelques 25 000 tonnes de déchets et pour lequel la mairie n’a jamais demandé les autorisations ni respecté les normes exigées par le Code de l’Environnement.

Déjà plusieurs fois devant les magistrats

Mumuvai est déjà bien connu des magistrats et pas seulement du côté pénal. D’abord par ce que la décharge est exploitée depuis ses débuts sur des terrains privés, et que les propriétaires ont mené une longue procédure de reconnaissance et d’indemnisation foncière contre la mairie. Une procédure toujours pas terminée. Ensuite par ce que le dépotoir a attiré l’attention de la Chambre territoriale des comptes. Dans un rapport de 2018, les magistrats financiers recommandaient, en interpellant autant sur les coûts de gestion du site que sur ses conséquences pour le voisinage, les agents et le milieu naturel, la fermeture pure et simple de la décharge. Oscar Temaru leur avait longuement répondu, balayant leurs critiques et conseillant à la CTC de  plutôt de s’intéresser aux conséquences environnementales et sanitaires des essais nucléaires. Faa’a reste aujourd’hui la seule commune des îles du Vent à refuser d’adhérer au syndicat Fenua Ma et donc à utiliser le CET de Paihoro.

Plus récemment, c’est l’association La Planète Brûle qui avait saisi le tribunal, administratif cette fois, pour faire fermer le site. La mairie de Faa’a ne s’était pas réellement défendue mais elle avait réagi dans les médias, d’abord en accusant l’association d’être « téléguidée », ensuite en assurant que son site était « bien géré » et « bien surveillé ». Ce qui n’avait pas empêché les juges d’ordonner, en juin 2024, non pas la cessation de l’exploitation – le tribunal s’est déclaré incompétent en la matière – mais la « régularisation » sous six mois. Une demande d’autorisation, qui a peu de chances d’aboutir vu les normes imposés aux CET de ce type, a bien été déposé dans les délais par la mairie auprès de la Diren. Qui a depuis « échangé » avec la municipalité d’Oscar Temaru, sans pour autant rejeter la demande.

Oscar Temaru défend son modèle, et veut l’exporter

Le dossier pénal, lui, n’a que peu fait parler ces onze dernières années. En 2022, Tahiti Infos s’était tout de même fait écho des première conclusions d’une expertise commandée par le juge d’instruction. Le rapport évaluait à 700 000 tonnes la quantité de déchets non-triés déversés au fil des ans sur le terrain, et démontrait la présence de « lixiviats » s’écoulant vers la rivière Piafau. Il décrivait aussi une pollution des sols, de même que des impacts sur l’air, notamment lors d’incendies déclarés une quinzaine de fois sur le site entre 2007 et 2019. Une expertise dont la mairie assure depuis avoir pris compte pour « moderniser » ses installations, qui n’ont d’ailleurs plus été touchées par les flammes ces dernières années.

Car Oscar Temaru n’a jamais cessé de défendre la « décharge contrôlée » créée par son prédécesseur Francis Sanford. Tout récemment, et à la suite d’un incendie au CET de Paihoro, le chef de file indépendantiste avait même appelé les autres tavana du pays à s’inspirer de sa « méthode » de prise en charge des déchets, « moins coûteuse » et plus adaptée au pays, selon lui, que des grands centres d’enfouissement communs et normés. Un discours qu’il pourrait donc répéter au mois de juin devant le juge d’instruction, qui devra décider, à la suite de l’audition, de mettre en examen ou non le tavana. Preuve que le président du Tavini prend l’affaire au sérieux : il devrait être accompagné de l’avocat parisien qui l’avait déjà défendu dans l’affaire Radio Tefana, Me David Koubbi.

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Jt Vert 28/03/2025

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