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Rentabilité d’ATN : « La marche est haute, mais on va la franchir en trois ans »

Nommé directeur général d’ATN mercredi soir, Lionel Guérin a tenu ce jeudi son premier comité de direction, avant un comité d’entreprise ce vendredi. Au micro de Radio 1, le dirigeant rassure sur son tandem avec Hiro Arbelot, PCA avec qui il est « complémentaire », sur son implication « à 150% » dans la compagnie en plus de la présidence d’Air Moana, ou sur les relations avec Air Tahiti, qu’il ne gèrera pas et qui « continueront à se développer comme auparavant ». Le DG parle surtout de ses objectifs : réorganiser et remotiver les équipes, insuffler une nouvelle « culture économique », et accélérer la prise de décision sur les grands chantiers pour présenter aux administrateurs un plan de redressement rapidement. 

Des directeurs et chefs de service « dans l’attente », mais une discussion « ouverte » et « cordiale ». C’est ainsi que Lionel Guérin parle de son premier comité de direction à ATN, qui a eu lieu ce jeudi matin, au lendemain de sa nomination en conseil d’administration. Ce vendredi, le nouveau directeur général participera à un comité d’entreprise, dans un climat social qu’il sait tendu. Mais le dirigeant espère pouvoir rapidement apaiser les tensions et répondre aux interrogations, nombreuses. « J’ai hâte d’y être, pour rencontrer les représentants des syndicats et des salariés, dit-il. On va échanger, on va parler, j’espère que ça sera très franc, et on repartira de plus belle lundi ».

Un DG et un PCA « complémentaires »

Pas davantage de commentaires sur la lettre adressée , courant janvier, à nombre d’élus et de responsables d’institutions par plusieurs syndicalistes, notamment représentatifs du personnel au sol. Le courrier dénonçait des dysfonctionnements, ces derniers mois, au sein de la compagnie et de fortes inquiétudes pour la plupart liées à l’ancien pilote devenu président du conseil d’administration Hiro Arbelot. Le tout avait été réitérées dans une lettre appelant Moetai Brotherson à ne pas « fermer les yeux » sur le malaise au sein d’ATN début février.

Le président du Pays avait, pour expliquer le remplacement de Philippe Marie à la direction générale, pointé que son tandem avec le PCA ne « fonctionnait pas ». Ce qui devrait effectivement changer avec Lionel Guérin, qui assure bien connaître Hiro Arbelot, « s’entendre naturellement » avec lui, et le considérer comme un important « atout » du fait de sa connaissance de la compagnie « de l’intérieur ». « On est excessivement complémentaires, on a totalement confiance l’un à l’autre, ce qui est fondamental entre un PCA et un DG, et on a les mêmes motivations, de travailler pour la Polynésie, les jeunes polynésiens, et pour le futur, la souveraineté du pays, décrit le dirigeant. Donc a on le même objectif de redresser cette compagnie et on constate tous les deux qu’elle a en son sein des bons talents, qu’il y a une très belle marque. Si tout le monde travaille dans le même sens, ça va fonctionner ». Quant à la répartition des rôles, qui a beaucoup interrogé les syndicats, « zéro débat » : « Je suis là pour exécuter ce que m’a demandé le conseil d’administration, mais avec une concertation permanente sur l’objectif stratégique », pose le nouveau directeur, précisant que « la stratégie, c’est 10 ou 20%, la réalisation au moins 80% ».

« À 150% chez Air Tahiti Nui, à 150% chez Air Moana »

L’autre question soulevée par les syndicats, et qui a été au centre de longues discussions entre administrateurs mercredi soir, c’est celle de la « double casquette » du nouveau DG, qui reste, par fidélité à ses « engagements » passés, président de Natireva, la société d’exploitation de Air Moana. Comme Moetai Brotherson la veille, Lionel Guérin rappelle que la jeune compagnie domestique est « surtout » dirigée par deux directeurs généraux délégués à l’exploitation et au commercial. Disant « comprendre totalement » les craintes de Air Tahiti, qui voit le président de son premier concurrent devenir directeur de son premier partenaire, il répète en outre que des « procédures très claires » ont été prises par le conseil d’administration d’ATN, comme du côté de Natireva, pour « étanchéifier les relations », et lui retirer la gestion des dossiers qui le placeraient en situation de conflit d’intérêts.

Le nouveau directeur général assure que le redressement d’ATN aura des bienfaits « sur les deux compagnies domestiques » et sur l’économie du Pays de façon générale, et que « les relations avec Air Tahiti continueront à se développer comme auparavant, parce que c’est dans l’intérêt d’ATN ». Surtout, il met en avant son expérience qui l’a déjà conduit, au sein du groupe Air France et en dehors, à gérer plusieurs compagnies, régionales, low-cost, et internationales, au même moment. « Air Tahiti Nui, certes c’est important, mais c’est quatre avions et cinq lignes, c’est pas Air France. Air Moana c’est quatre avions en régional. Avant je faisais, 150-200 avions, c’est pas un problème de dimension, reprend le directeur. Je suis tellement impliqué dans la vie locale. À condition de bien segmenter les choses – quand je suis à Air Tahiti Nui, je m’occupe absolument pas de transport aérien domestique ou local – je vais être à 150% chez Air Tahiti Nui, à 150% de l’autre côté ».

Aucun doute pour Lionel Guérin, le débat sur la « double casquette » sera oublié dans quelques mois.

Continuité, et combativité d’équipe

Encore faudra-t-il obtenir des résultats sur l’activité de la compagnie du Pays. De ce côté là, pas question de parler de rupture avec Philippe Marie : la feuille de route de Lionel Guérin s’inscrit dans la « continuité de l’action » de son prédécesseur, qui a « bien stabilisé la compagnie » et fait un « travail de fond sur les comptes ». « La compagnie n’est pas en crise », insiste-t-il. Mais « elle pourrait le devenir si on continuait sur ce trend là ». « Ma feuille de route elle est simple : c’est en trois ans rendre rentable Air Tahiti Nui. ATN perd à peu près 7% de son chiffre d’affaires d’une façon continue, donc la marche est haute, mais on peut la franchir en trois ans, reprend-t-il. Pour y arriver, c’est cette culture économique qu’il faut remettre dans la compagnie (…) être beaucoup plus agile en commercial et beaucoup plus actif, reprendre des parts de marché. On est à 40%, on était à 60 donc on va repasser à 50, on va dire que c’est un bon combat. Et faire ça, ce sont les hommes et les femmes, il n’y a pas de secret. On a beaucoup de gens qui travaillent bien individuellement, il faut les remettre en équipe, en formation, comme une équipe de foot ou de rugby, c’est vraiment ça. Donc ma feuille de route, c’est à la fois de trouver les bons talents, de les réorganiser de les motiver, de les faire monter en compétences, et de leur transmettre mon expérience ».

Flotte : sans réflexion au long terme, « vous tombez devant un mur »

Les grands chantiers ne sont pas oubliés : si le nouveau DG ne s’avance pas sur la possibilité de trouver un grand acteur de l’aérien prêt à prendre des parts d’ATN sans contrôler pleinement la société, d’autres réflexions doivent « s’accélérer ». La réflexion sur les routes, qui n’a pour l’instant abouti qu’à la fermeture de Seattle, puisque la ligne de Sydney ne sera validée qu’en mars par le conseil d’administration. Et la réflexion sur la flotte qui a provoqué beaucoup d’interrogations en interne, et de crispation à l’extérieur de la compagnie, où on craint que de gros investissements soient supportés par le Pays.

Un travail pourtant nécessaire pour Lionel Guérin qui rappelle que les commandes prennent beaucoup de temps : Airbus comme Boeing ne livrent pas aujourd’hui leurs gros ou moyens porteurs avant l’horizon « 2032 ou 2033 ». « À chaque fois que vous reculez d’un an la décision, vous reculez d’un an les slots disponibles chez les constructeurs. Donc si vous avez pas une réflexion sur l’objet fondamental d’une compagnie qui est la flotte, vous tombez devant un mur. On travaille sur le long terme : on est obligé dès le départ d’anticiper ce qui va se passer sur 5 ou 6 ans, là je suis en train de faire avec les équipes un business plan jusqu’à 2032 ou 2033 et puis on mettra en concurrence Airbus et Boeing sur le remplacement de cette flotte à cette issue là ». 

La Sem aura-t-elle de nouveau besoin de l’assistance financière du Pays après la subvention d’équilibre de 3,2 milliards fin 2024 ? « Il faut d’abord qu’on monte un vrai plan de redressement sur trois ans, qui rende ATN positive dès 2029, répond Lionel Guérin. À partir de là on regardera ensemble comment on finance ce développement : si on doit remoduler la flotte ou refaire des cabines, on sera obligé de trouver des financements. Il y a plusieurs moyens de faire ». Le nouveau directeur veut en tout cas accélérer le rythme des prises de décision. Le prochain CA, prévu pour mars après une AG extraordinaire pour lever la limite d’âge à laquelle il va bientôt être confronté, devra aborder les grandes questions stratégiques de la compagnie.

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