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Retour à Sydney, étude de flotte, « hub » américain… ATN à la croisée des chemins


Des décisions qui tombent, et d’autres qui se préparent chez Air Tahiti Nui. Le dernier conseil d’administration, en plus de la fermeture de la ligne de Seattle, a acté le « principe » d’une réouverture de Sydney, qui devrait tout de même attendre au moins la fin 2026, pour être au mieux préparée. Dans le même temps, la compagnie au tiare a lancé sa réflexion sur l’adaptation de la flotte, pour laquelle des « décisions rapides » doivent être prises. Et doit aussi « démêler » d’autres « hypothèses » de routes, vers l’Océanie ou les États-Unis, en partie issus de l’étude Arthur D. Little, qui « ne s’impose en rien à la compagnie ». Le point sur cette période charnière avec le directeur général Philippe Marie. 

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Une « matière à réflexion » plus qu’une feuille de route. C’est ainsi qu’ATN considère l’étude du cabinet international Arthur D. Little présenté au Conseil d’administration début juillet. Certaines de ses recommandations, révélées fin août par Radio 1, avaient beaucoup étonné, et pas seulement au fenua : les experts proposaient, entre autres, la fermeture rapide de deux lignes – Seattle et Tokyo – et l’ouverture d’une ligne vers Sydney, pourquoi pas une autre vers Honolulu, et l’identification d’un nouveau hub américain, par exemple à Dallas ou San Francisco.

Un rapport qui « ne s’impose en rien à la compagnie, qui a aussi ses propres identifiants sur ces sujets », assure aujourd’hui son directeur général Philippe Marie. Il explique que le conseil d’administration avait besoin, pour avancer dans les travaux déjà lancés de rationalisation du réseau, d’une « vision objective et indépendante », d’une évaluation de la « cohérence du maillage » et des « leviers d’optimisation possibles ». En clair : Arthur D. Little ne fixe pas le cap d’ATN, mais nourrit la réflexion… Et conforte dans certains choix, puisqu’une partie des orientations du rapport ont été retrouvées dans les décisions prises lors d’un nouveau conseil d’administration le 18 septembre.

Sydney acté dans le « principe »…

« Une synthèse (de l’étude de routes, ndr) a été faite, et c’est cette synthèse qui a été présentée lors du dernier conseil d’administration, lors duquel a été décidé l’arrêt, en tout cas en propre par ATN, de la ligne vers Seattle, de remettre des vols supplémentaires dès que c’est possible sur l’ensemble des lignes, d’aller chercher de la recette, c’est-à-dire de ne pas attendre de la demande, mais de la stimuler ou de la créer, et essayer de vendre de façon plus complémentaire les charters long courrier, qui sont des recettes non négligeables pour la compagnie, détaille le dirigeant. Et surtout préparer cette ouverture de Sydney de façon à ce qu’elle soit, je dirais, réussie et surtout qu’elle aide au retour de l’équilibre des comptes d’Air Tahiti Nui ».

Le « principe » de l’ouverture de la ligne de Sydney – ou plutôt la réouverture, puisque ATN avait desservi l’Australie entre 2005 et 2009 – a donc bien été acté. « On nous a demandé néanmoins de présenter un business plan affiné avant la fin de l’année », ce qui devrait être fait entre fin novembre et début décembre, précise Philippe Marie.

… Mais pas ouvert avant fin 2026 ou début 2027

La destination australienne a bien sûr été évoquée la semaine dernière à Hong Kong, où une délégation d’ATN, malgré le typhon et l’annulation du déplacement de Moetai Brotherson, a bien participé à Routes World, évènement annuel qui permet aux compagnies et gestionnaires d’aéroports de renégocier leurs « contrats de toucher ». Les dirigeants polynésiens s’étaient assurés d’une rencontre avec les exploitants de l’aéroport Sydney. « Ça nous a permis de leur expliquer notre planning, nos attentes et nos besoins et de négocier des prises en charge de la promotion future de cette ouverture », précise-t-il. Des discussions « en bonne voie », mais qui n’aboutiront pas à une ouverture rapide. « Une route, ça ne se décrète pas, ça se travaille, il faut la pré-vendre… Donc avoir envisagé de l’ouvrir fin 2026-2027, c’est tout à fait cohérent : ça va nous permettre de pouvoir la commercialiser déjà dans les systèmes, de faire de la promotion avec les tours opérateurs, les agences de voyage et donc les aéroports concernés pour donner le plus de chances d’avoir des résultats le plus rapidement à l’équilibre, reprend Philippe Marie. Maintenant, toute ouverture de route sur les deux trois premières années, néanmoins, demeure déficitaire. Le travail que nous devons opérer, c’est réduire au maximum ces déficits et l’amener à l’équilibre le plus rapidement possible ».

L’idée de la ligne vers Sydney n’est pas seulement de capter le marché touristique australien, mais aussi de profiter des « connexions venant des cinq villes principales de Chine » qui converge dans la capitale économique australienne. Un « double marché » qui implique encore d’autres discussions : à Hong-Kong, la direction d’ATN a pu échanger avec plusieurs compagnies asiatiques, dont Hong Kong Airlines, pour étudier des partenariats futurs, mais aussi pour « renforcer les accords sur la jonction sur la route Narita » pour « diminuer les déficits de la route vers le Japon ».

D’autres « hypothèses » à démêler d’ici la mi-2026

Tokyo ne serait donc pas menacée de fermeture ? Pas dans l’immédiat. « L‘Asie, c’est grand, pointe le directeur général qui explique que la pertinence de la ligne ne sera réétudiée que « dans un second temps », en fonction des « résultats d’exploitation sur chacune des lignes ». ATN fait donc effectivement le tri dans les recommandations sur rapport Arthur D. Little. Quid des autres recommandations d’ouverture, comme la création d’un nouveau « hub » de rayonnement vers les grandes villes américaines, à Dallas ou même à San Francisco, route déjà très concurrentielle, comme Honolulu, elle aussi préconisée dans le rapport ? Des « hypothèses », répond le dirigeant, qui devront être revues « sous l’angle d’Air Tahiti Nui ». « On doit présenter pour milieu 2026 nos analyses sur l’ouverture d’un deuxième point aux États-Unis, propre à ATN, continue-t-il. Tout sera regardé et nous présenterons celles qui nous semblent les plus pertinentes à travers les différentes hypothèses, ou d’autres, d’ailleurs, puisqu’on est en droit de ne pas se limiter à ce qu’a évoqué le cabinet Arthur D. Little ».

L’ouverture d’un deuxième « hub » aux Etats-Unis semble tout de même un passage obligé après l’abandon de Seattle. « La réalité du fonctionnement d’ATN, c’est que notre premier marché est le marché américain et c’est le marché le plus profitable, et pour la compagnie et pour les hôteliers. Donc il est nécessaire qu’on s’assure une présence reconnue sur ce marché. Mais par contre il faut qu’on équilibre le risque, c’est pour ça qu’on regarde aussi les continents océaniens et asiatiques ».

Des « décisions rapides » sur la flotte

Il y a quelques jours, Moetai Brotherson expliquait au micro de Radio 1 que la réflexion sur Sydney n’avait du sens que dans une « stratégie générale » englobant un travail sur la flotte, d’ailleurs évoquée, sans aucune recommandation tranchée, dans le rapport Arthur D. Little. Pas que les quatre Dreamliners, des avions de dernière génération livrés neufs entre 2015 et 2019, ne soient plus adaptés. Mais certains estiment que la compagnie aurait à gagner à se doter d’avions de moindre capacité pour certaines dessertes. « Ce chantier va s’ouvrir dès à présent au sein d’ATN pour regarder l’adéquation de sa flotte avec les décisions de réseau qui ont été prises au conseil d’administration » confirme Philippe Marie. La direction en est pour l’instant au stade des « pré-discussions », et à la réunion d’un maximum « d’éléments » pour permettre au CA et au « comité stratégique flotte » qui a été formé de pouvoir prendre des « décisions rapides ».

Car les constructeurs affichent aujourd’hui des listes d’attente de plusieurs années – jusqu’à « 8 ou 9 ans » précise le dirigeant -, notamment Airbus dont le A321XLR, un monocouloir qui affiche une portée et des performance proche des gros porteurs longs courrier, pourrait intéresser la compagnie. « Plus on tarde, plus les livraisons seront tardives », insiste Philippe Marie, qui ne s’avance tout de même pas sur un calendrier : « Un choix d’appareil, c’est trois choses : une cellule, des équipements, c’est-à-dire les classes et les chaises qu’on choisit, mais c’est également les moteurs. Donc, c’est trois interlocuteurs différents qu’il faut réunir sur le bon timing pour pouvoir avoir la livraison complète de son appareil ».

ATN n’a « pas vocation à rester sous perfusion du Pays », mais pourrait revenir vers lui

Reste aussi à rendre ces ouvertures et ces potentiels achats cohérents avec les moyens de la compagnie, qui a accumulé 22 milliards de francs de déficit en 5 ans, dont 2,8 en 2024. Peut-elle toujours compter sur le Pays, qui a réinjecté 3,2 milliards l’année dernière dans sa Société d’économie mixte ? ATN n’a « pas vocation à rester sous perfusion du Pays », toujours actionnaire à 85% de la société, répond Philippe Marie, qui ne « doute pas » pourtant que la collectivité répondra présent si « des besoins sont exprimés » et que ATN fait preuve « d’une gestion rigoureuse de ses finances ».

« Nous devons gérer cette compagnie de façon responsable, mais sur les gros investissements à venir, nous aurons certainement besoin d’un accompagnement du pays sous différentes formes, ce qui sera discuté le moment venu », résume le directeur, qui a déjà en main des projections de résultats pour 2025. « La trajectoire reste sur une diminution des déficits, mais pas aussi vite qu’on le souhaiterait », explique-t-il, les fréquences supplémentaires accordées à la concurrence – Air France et Delta – étant passées par là. Delta ne reviendra pas, mais United veut de son côté passer à un vol quotidien à la haute saison. La conséquence, selon le dirigeant, de l’ébruitement du rapport Arthur D. Little, et de potentielles ambitions sur San Francisco, grande base de la major américaine. United, qui avait annoncé l’ouverture de sa ligne vers Tahiti en réaction à l’arrivée de French Bee sur sa plateforme, veut de nouveau passer un « message ». D’où l’insistance du directeur : les propositions du cabinet privé n’ont pas vocation à toutes être appliquées. 

Des charters pour faire gonfler le chiffre d’affaires

La fermeture de la ligne, qui ne sera donc pas compensée immédiatement par une ouverture, libère plusieurs centaines d’heures de vol pour les Dreamliners. Et donc fait risquer à la compagnie une sous-utilisation de ses avions, et de ses équipages, toujours néfaste du point de vue financier. « C’est un sujet qui a été bien sûr anticipé », assure Philippe Marie, qui annonce un « renforcement » des lignes existantes « ayant un peu de potentiel de chiffre d’affaires », et une « réaffectation des capacités machine » sur l’activité de charter, quasiment éteinte avec le Covid, mais qui rapportait jusqu’à 800 millions de francs par an par le passé. Le vol vers Shanghai au prochain nouvel an chinois pourrait donc ne pas rester isolé. « Nous sommes en train de prospecter, complète le dirigeant. Un charter, ça répond à une demande d’un organisme. Mais il ne faut pas attendre ces demandes, mais un peu les générer, les stimuler, montrer sa présence, montrer son produit et la pertinence d’organiser ces charters ».

 

Seattle ? « On est arrivé trop tôt »

Si « toute ouverture de route demeure déficitaire » sur les premières années, pourquoi ne pas avoir laissé sa chance à Seattle, ouverte seulement en octobre 2022 ? « Les déficits étaient trop importants », répond Philippe Marie, et pas tenables, vu la situation financière de la compagnie. Ce qui ne veut pas dire que la destination est définitivement oubliée. « À Seattle, malheureusement, je vais dire qu’on est arrivé trop tôt parce que c’est un aéroport où beaucoup de choses se passent, continue le dirigeant. Donc on verra en 2028, le Seattle repassera, j’allais dire, dans le spectre d’analyse et on verra la pertinence avec toutes les autres hypothèses et le conseil d’administration prendra sa décision ». Le départ d’ATN n’a d’ailleurs pas laissé la concurrence indifférente : le PDG de Fiji Airways a cité Seattle parmi les futures liaisons possibles de la compagnie, qui a déjà atterri en décembre dernier à Dallas, et qui vient d’annoncer un renforcement de ses fréquences vers les États-Unis.

 

La Premium monte en gamme

« Nous avons la chance d’avoir un personnel très impliqué », note le directeur, interrogé sur la réaction des équipes à ces changements annoncés. La preuve, : l’obtention, pour la huitième année consécutive, du statut « Grande compagnie 5 étoiles » attribué, sur la base du vote des passagers et des prestations en cabine, par la « Airline Passenger Experience Association ». Ce classement Apex 2026 a aussi maintenu les 5-étoiles globales à Air France, Air New Zealand, United, et Delta. ATN assure vouloir continuer à développer ses prestations, avec la « montée en gamme » de sa classe Premium Economy, « rebrandée » depuis le 1er octobre Manava Premium, avec une boisson d’accueil, une offre repas retravaillée, ainsi que des nouveaux coussins, nouveaux casques… Les passagers de la Moana Economy avait déjà eu accès à un nouveau kit confort en mai, et ce sera à la fin du mois ceux de la Poerava Business qui auront le droit à une trousse de voyage plus élégante et mieux garnie.

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Jt Vert 03/10/2025

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