ACTUS LOCALESÉDUCATIONJUSTICE Rythmes scolaires : « Il y avait la possibilité d’en faire un véritable projet éducationnel » Charlie Réné 2025-03-18 18 Mar 2025 Charlie Réné Le Syndicat de la fonction publique a toutes les chances d’obtenir, le 15 avril prochain devant le tribunal administratif, l’annulation des nouveaux horaires des écoles primaires du public. Si ses représentants doutent que le gouvernement appliquera réellement la décision avant la fin de l’année scolaire, il espère que le ministère de l’Éducation en profitera pour mener une « vraie réflexion » et de « vraies consultations » sur le sujet. Et pas seulement du Comité technique paritaire oublié l’année dernière : il s’agit de réunir les communes, parents d’élèves et enseignants pour donner « un vrai sens pédagogique » à cette réforme des rythmes scolaires et éviter qu’elle pèse sur le budget des familles. Pas de sourires pour le SFP qui « aurait préféré que ça ne se passe autrement ». Le Syndicat de la fonction publique avait attaqué devant le tribunal administratif les arrêtés adoptés par le ministère de l’Éducation en juillet 2024 pour réorganiser les horaires des écoles primaires publiques à la rentrée suivante. Et comme l’avait annoncé Radio1 vendredi, le collectif a toutes les chances d’avoir gain de cause, ce 15 avril, vu les conclusions du rapporteur public détaillées ce matin. Pour une raison simple : « Il y a des textes, qui prévoient des consultations obligatoires, et ils n’ont pas été respectés », résume le secrétaire général du SFP Olivier Champion. Il rappelle que le « dossier date d’août, avant la rentrée scolaire », que le gouvernement a été saisi avant que le recours ne soit déposé pour faire évoluer sa position… « Ils n’ont pas écouté ». « Le temps judiciaire » a fait le reste. Pour une « vraie réflexion pédagogique » Dans la salle d’audience, les représentants de la Polynésie et de l’Éducation Nationale développent leur argumentaire en faveur de ces nouveaux horaires, différenciés par commune, et qui recueilleraient auprès des parents d’élèves et des enseignants une majorité d’avis « satisfaits ». Des horaires qui avaient fait l’objet début 2024 d’une « large consultation citoyenne » – mais pas formelle du point de vue réglementaire – et qui ont déjà donné, de l’avis des inspecteurs, de « très bons résultats » dans les évaluations des élèves. Mieux, ils ont engendré, d’après le gouvernement, une réduction de la congestion routière en début et de fin des classes. Autant d’affirmations mises en doute par le SFP qui pointe que cette nouvelle réglementation a été prise « en quatrième vitesse », et seulement pour répondre « à un décret français qui réduit de trois heures le temps de classe des enseignants ». La réforme nationale n’est d’ailleurs pas contestée, mais son application locale n’aurait pas été correctement préparée, dans les établissements ou les communes. Le syndicat dénonce donc, au contraire de l’administration, des effets délétères en termes d’organisation ou de pédagogie, et surtout des nouveaux horaires qui ont engendré des « surcoûts » pour beaucoup de familles, forcées de prendre en charge des activités périscolaires supplémentaires, des gardes ou de nouveaux moyens de transport. « Heureusement qu’après 7 mois, des adaptations ont été trouvées, mais ces adaptations, voilà 7 mois qu’elles auraient dû être en place, s’agace Olivier Champion. Mais ce qui est dramatique dans ce dossier là, c’est qu’il y avait la possibilité d’en faire un véritable projet éducationnel. C’est à dire de mettre autour de la table des institutions comme les communes, le gouvernement, les associations de parents d’élèves et se dire : il y a un temps supplémentaire qui est accordé aux élèves autrement que dans le cadre scolaire, qu’est ce qu’on en fait ? » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/RYTHEM-SCOALIRES-1.wav « Probablement » pas de retour aux anciens horaires cette année Christophe Psychogios, secrétaire général adjoint du SFP et spécialiste de l’éducation, rappelle au passage que les résultats des écoliers polynésiens – « 20% d’illettrés recensés lors des journées de la Défense » – constituent un argument de plus pour une « vraie réflexion pédagogique » autour ces nouveaux horaires. Et que les communes avaient elles-mêmes tiré la sonnette d’alarme avant leur mise en place, concernant le manque de préparation du périscolaire. Ce que le ministère de l’Éducation a fini par reconnaître à demi-mot en débloquant des fonds pour « accompagner la transition » à la prochaine rentrée. Même s’il précise n’avoir « jamais reçu de courrier formel des maires dans ce sens ». Si le tribunal annule bel et bien les arrêtés, les écoles de Tahiti devraient reprendre les horaires précédents, ceux de l’année 2023 – 2024. Théoriquement du moins. Dans les faits, le SFP se doute que « le gouvernement n’appliquera probablement pas la décision » avant la rentrée d’août 2025. Et espère qu’il prendra le temps de mener « de vraies discussions » d’ici là. Juridiquement, le ministère de l’Éducation pourrait se limiter aux consultations formelles qui lui ont fait défaut l’année dernière, et notamment celle du Comité technique paritaire Éducation, dont l’absence de réunion est au centre des conclusions du rapporteur.