ACTUS LOCALESJUSTICE Un planteur de paka de Raivavae caillasse un gendarme et son véhicule : 9 mois ferme Pascal Bastianaggi 2025-03-14 14 Mar 2025 Pascal Bastianaggi Si on avait vanté aux gendarmes la quiétude des îles polynésiennes, l’accueil et la gentillesse de la population, il en est un qui est vite revenu de cette image d’Épinal. Un planteur de paka de Raivavae l’a caillassé et a détruit son véhicule. Il a été condamné à 18 mois de prison dont 9 avec sursis. En février 2025 alors qu’en métropole les « opérations place nette », pour lutter contre les points de deal se multiplient, il en est de même en Polynésie et notamment à Raivavae. Là-bas, en temps normal, nul besoin de s’affubler de casques, de gilets pare-balles et d’armes lourdes comme pour monter à l’assaut des quartiers Nord de Marseille. C’est donc tranquillement que deux gendarmes se rendent sur un terrain, en demandant à la propriétaire si ils peuvent traverser par chez elle pour inspecter les lieux. Elle est d’accord. Les gendarmes garent leur véhicule et se séparent pour inspecter les environs. L’un d’eux tombe sur une plantation de paka, 137 pieds. Mais entretemps le propriétaire de la plantation aperçoit la voiture des gendarmes garée prés de son faa’a’apu et, pris de colère, la détruit à coups de pierre. Vitres, pare-brise, tout y passe, même le gyrophare. Le gendarme dans la plantation entend bien du bruit mais pense que quelqu’un est en train de bricoler et n’y porte guère attention. Quand soudain un bruit derrière lui l’alerte. Il se retourne et « je vois un homme qui me jette une pierre. Elle me touche. Je sors mon arme et je lui fait les sommations d’usage, mais il recommence mais cette fois il me rate. » Le gendarme fait preuve de sang-froid et décide de se replier, mais l’homme ne le lâche pas. « Je voulais me mettre à l’abri dans la voiture mais quand je suis arrivé elle était détruite. Je lui ai refait les sommations et cette fois il s’est enfui. » « Je suis devenu fou et quand je pique ma crise je casse tout. » Dans le box, l’accusé âgé de 31 ans s’explique. « Ça m’a énervé quand j’ai vu les gendarmes. J’ai entendu des voix et j’ai jeté des pierres sur la voiture et après sur le gendarme. » Les voix qu’il a entendues, cela fait longtemps qu’il vit avec. Il est « cotorep », sous traitement médicamenteux et une fois par mois reçoit une injection. « Pourquoi vous avez jeté des pierres? Et pas des petites hein ! Entre 700 grammes et un kilo » interroge le juge. « Je suis devenu fou et quand je pique ma crise je casse tout. Je voulais faire mal au gendarme mais il a sorti son arme et je suis allé me cacher. » Il faudra envoyer le GIGN pour l’interpeller et le maîtriser car entretemps, il s’en est également pris à la maison de sa cousine, celle qui a autorisé les gendarmes à pénétrer sur le terrain. L’homme reconnaît les faits et avoue tranquillement dealer du paka. « Je me promène dans mon île et les gens me demandent du paka. » « Il est le dealer officiel de son île et au lieu d’assumer ses responsabilités il s’en prend aux forces de l’ordre. » Au niveau de la casse l’addition est plutôt salée. Pas loin de 750 000 Fcfp pour le véhicule, sans compter « les frais annexes » comme dira un gendarme : « mobiliser le GIGN, et un avion ça revient cher. » Pour le procureur, « il est le dealer officiel de son île et au lieu d’assumer ses responsabilités il s’en prend aux forces de l’ordre. » S’adressant au prévenu, il reconnaît, « certes votre état de santé explique beaucoup de choses mais on doit vous punir. » Il réclame 24 mois de prison dont 11 mois avec sursis avec une amende de 30 000 Fcfp. Pour la défense qui admet volontiers que les cailloux ressemblaient plus à des parpaings, il faut noter que « sa colère à pris le dessus sur le traitement qui le stabilisait. Il est malade et il est pris en charge par la communauté à Raivavae. » Si l’avocat estime que la peine proposée par le procureur lui semble juste, « je trouve le quantum un peu fort. Il n’a pas de casier et il faut qu’il retourne sur Raivavae car là-bas ils arrivent à le gérer. » Il a été condamné à 18 mois de prison dont 9 mois avec sursis, il devra indemniser la victime et payer 59 500 Fcfp au titre du préjudice.