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Première journée du Fifo : entre traditions et coups de gueule

©Céline Hervé-Bazin

Le Fifo a ouvert ses portes aujourd’hui et dévoile les 48 films et 12 court-métrages projetés cette année. Après la cérémonie d’inauguration, le jury s’est cloitré dans les salles obscures et les professionnels de la télévision ont échangé sur les défis de leur métier à l’heure des plateformes numériques.

Mardi 4 février. Sous le soleil matinal, Miriama Bono, déléguée générale du Fifo, accueille la centaine d’invités présents. Elle affiche les chiffres du festival : 15 000 scolaires, 30 000 visiteurs en 2019, 27 partenaires, 48 films et 12 court-métrages. Pour elle, « chaque année est un nouveau challenge car justement, il faut perdurer ». Tradition oblige, la cérémonie débute avec le chant des employés de la Maison de la culture.

Le Fifo, le lanceur d’alerte

Dans l’assemblée, sont présents le vice-président Teva Rohfritsch, la députée Maina Sage, la ministre de la Modernisation de l’administration Tea Frogier, ainsi que les membres du comité de sélection des films et les délégations venues d’Océanie. Heremoana Maamaatuaiahutapu, le ministre de la Culture et de l’Environnement, rappelle que le Fifo est le deuxième événement culturel polynésien après le Heiva. Pour le ministre, le Fifo est un « lanceur d’alerte. Le Fifo est un lieu d’échanges, de dialogues et parfois de coups de gueule. »

Sonneur d’alertes, le premier Fifo avait récompensé un film sur le genre, puis des sujets comme la bombe nucléaire, la surexploitation des ressources, la disparition des pratiques culturelles et la montée des eaux. Prônant l’action, le ministre réitère l’importance de la collaboration entre les états insulaires pour préserver la biodiversité culturelle et s’adapter aux changements climatiques. L’impact des documentaires fera l’objet de la table ronde de mercredi 5 février. Le Fifo est bel et bien le reflet des réalités locales et un cri du cœur pour réveiller la communauté océanienne… Et parmi les défis du jour, celui du numérique.

©Céline Hervé-Bazin

La transition numérique au cœur des débats

Cette année, le 14e colloque des télévisions océaniennes réunit près de 30 professionnels. Premier sujet brûlant : les plateformes de streaming gratuit et payant. Avec 167 millions d’abonnés à Netflix et des nouveaux arrivants comme Apple +, le monde du petit écran change. Droits d’auteur, modèle économique, réseaux de distribution… La télévision doit se réinventer. Pour Gonzague de la Bourdonnaye, « c’est peut-être l’occasion de proposer un nouveau contenu et une nouvelle offre face à cette montée des GAFAN. » Les GAFAN (Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix) bouleversent particulièrement le paysage audiovisuel européen et français qui paraît en retard face aux géants nord-américains. Cette révolution numérique incite à développer des « contenus enracinés » qui puissent s’exporter à l’international.

Pour Pascal Lechevallier, consultant nouveaux médias, le débat est sans détour : les chaînes de télévision doivent s’adapter ou mourir. Netflix, Amazon Prime, Disney+, Apple TV+, HBOMax, Hulu, FilmoTV, le contenu diffusé sur Internet remplace peu à peu les programmes télévisés. En France, Netflix est désormais la cinquième chaîne la plus regardée. Les plateformes numériques totalisent plus de 2h30 de visionnage, au coude-à-coude avec la télévision qui dépasse 3h20 d’heures visionnées. « La courbe de croissance de Netflix augmente en Australie et la stratégie de Netflix est de se développer en local. Cela va bouleverser les contenus. »

« Le public est le maître du jeu aujourd’hui »

Les professionnels des chaînes venus des îles Cook, Wallis-et-Futuna, de Nouvelle Calédonie ou de France affichent un visage inquiet en écoutant ce discours proche d’un de ces « coups de gueule » qui ont fait l’histoire du festival. Un membre du public estime que le constat est « funeste. » Pour l’expert, Netflix génère un phénomène d’adhésion qui appelle à revoir les programmes et à mieux s’adapter aux demandes du public, en particulier des jeunes générations ultra connectées. « Il va y avoir un véritable combat qualitatif car le public est le maître du jeu aujourd’hui. »

Cette révolution favorise également la production en ligne et voit la multiplication de Youtubeurs, véritables réalisateurs amateurs qui se professionnalisent et génèrent des millions de vues pour les plus talentueux d’entre eux.

Devenir réalisateur à l’heure numérique

Chaque année, le Fifo propose des ateliers gratuits pour s’initier au secret de la réalisation audio-visuelle. Écriture, scénario, reportage TV, doublage radio… Are Raimbault, réalisateur et espoir de l’audiovisuel au Festival Rochefort Pacifique 2017, anime l’atelier de reportage. Il inclut dans sa formation les récents développements numériques qui ouvrent un champ des possibles pour qui veut développer un programme audiovisuel novateur. Pendant 4 heures, l’atelier articule enseignements théoriques et conseils de professionnel. « Si j’avais un conseil aux réalisateurs en herbe, ce serait de s’adapter. »

Fidèle du Fifo, Are Raimbault a fait partie du comité de présélection des films cette année. « Je suis le plus jeune sélectionneur de l’histoire du Fifo » commente-t-il fièrement, lui qui apprécie particulièrement l’ouverture apportée par le festival : « J’incite vraiment le public à venir au Fifo, tout simplement parce que nous pouvons découvrir les réalités des autres îles. Nous nous ouvrons à d’autres cultures et apprenons davantage sur la nôtre. »

Quelques places sont encore disponibles aux ateliers de jeudi après-midi (13h-17h) et vendredi matin (8h-12h). Inscription : [email protected] / +687 87 70 70 16

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1 Commentaire

  1. simone grand
    5 février 2020 à 7h55 — Répondre

    Et dire qu’en 1992-93, je fus démise de mes fonctions de chef de service pour avoir osé utiliser des données numériques. Comme quoi tout arrive. Ce fut qualifié avec dédain de joujou pour scientifiques, nintendo intellectuel. Alors que les outils mis en place ont fontionné et fonctionnent encore.

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